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Rencontre exceptionnelle avec le Dalaï Lama sur le thème "Responsabilité, droit et environnement" (fr)

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Le dossier de presse







Connu principalement comme un homme de paix, défenseur des valeurs humaines et d’une éthique laïque, le Dalaï-lama, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1989, est engagé depuis 1973 dans la défense de l’environnement. Il vient une fois encore de le prouver en co-écrivant avec Sofia Stril-Rever (biographe du Dalaï-lama) l’ouvrage « Nouvelle Réalité - L’âge de la responsabilité universelle » (éd. Les Arènes, 2016). En cette époque critique de réchauffement climatique, de migrations humaines massives et de 6ème extinction des espèces, la prise de conscience et l’engagement individuels doivent se traduire par une évolution des droits humains, environnementaux et internationaux, venant prolonger l’Accord de Paris signé en décembre 2015 à l’issue de la COP 21. C’est pourquoi, sous l’égide du Barreau de Paris et de son bâtonnier Frédéric Sicard, Maître Patricia Savin (avocate à la Cour, Présidente de la Commission Environnement et Développement durable du Barreau de Paris) et Sofia Stril-Rever ont organisé une rencontre avec le Dalaï-lama afin qu’il présente aux avocats son message essentiel au Monde et aux générations futures, fondé sur la paix intérieure, l’éthique globale et la responsabilité universelle.












Discours d’accueil de Monsieur Frédéric Sicard, Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris

Madame la ministre, Madame la première présidente de la cour d'appel de Paris, Mesdames et Messieurs les hautes personnalités, Madame la vice-Bâtonnière, Mesdames et Messieurs les anciens bâtonniers et vice bâtonniers, Mesdames et Messieurs les anciens membres du conseil de l'Ordre, Mes chères consœurs, mes chers confrères, Jamais deux sans trois. Sa Sainteté le Dalaï-Lama nous fait la grâce de revenir au barreau de Paris où il fut accueilli le 8 octobre 1982 par feu le bâtonnier du Granrut et le 8 décembre 1998 par Madame la Bâtonnière de la Garanderie qui est aujourd’hui à mes côtés. A chaque fois, nous avons constaté un progrès de notre pensée, une progression de la diffusion de son enseignement. Le 8 octobre 1982, le bâtonnier du Granrut, commentant son message et son sens, se disait convaincu qu’« il voulait rechercher l’unité de l’humanité et étendre la compassion et l’amour à tous les êtres humains ». Avec la précision que nous lui connaissions, il ajoutait « qu’au monde déchirant et suicidaire de haine, de concurrence et de violence, vous répondez que les enseignements principaux de bouddha sont compassion, amour et altruisme, pour atteindre la justice, l’harmonie et la paix ». Il avait compris ce qu’allait être la notoriété de l’enseignement de sa Sainteté le Dalaï-Lama.

Le 8 décembre 1998, Madame le Bâtonnier Dominique de la Garanderie avait une fulgurance. « L’interdépendance économique, révélée par le processus de globalisation, se double d’une interdépendance du droit, dont la principale conséquence est et sera d’imposer une éthique globale à l’économie. Même s’il ne s’agit que d’un ferment, à l’heure de la régulation par des organismes indépendants supra nationaux, telle que l’organisation mondiale de commerce à Genève, il existe un nouveau champ de réflexions et un début d’action qui intègre le respect des droits de l’homme dans la notion de libre-échange. D’une certaine façon, la mondialisation de l’économie n’a jamais autant fait prendre conscience à l’homme de son état « d’interdépendance » si cher à la tradition bouddhiste. Elle donne en effet une visibilité sans précédent des ravages d’une économie aveugle, d’une politique tyrannique ou d’une écologie cancéreuse. La mondialisation crée une nouvelle approche des responsabilités collectives, tant les effets négatifs d’une politique peuvent rapidement rétroagir, à l’échelle de la planète, sur l’avis ou l’esprit des populations. Nous pensons donc qu’il est de notre devoir de techniciens du droit - à la fois du droit économique et des droits de l’homme - de faire en sorte que la norme économique devienne indissociable de la norme éthique ».

Elle devinait ce que serait le développement de la responsabilité sociale et sociétale. C’est un des sujets transversaux de l’ouvrage qui va nous être présenté aujourd’hui. La « responsabilité universelle » pose la base d’un consensus fondé sur trois prises de conscience, elles-mêmes actées en onze engagements de vie, dont pour la non-violence, pour la dignité humaine, pour le partage, pour la démocratie, pour la justice économique, pour la promotion des femmes et bien évidemment pour une sagesse de la responsabilité universelle. Ces engagements correspondent très précisément aux missions que les avocats se sont assignées.

C’est dans cet esprit qu’a été créée la commission « développement durable » qui nous réunit aujourd’hui grâce à l’intermédiation de Madame Patricia Savin qui en est la responsable. Il n’est guère contestable que le droit de l’environnement constitue une matière essentielle et incontournable. Mais c’est aussi dans cet esprit que Madame la vice bâtonnière anime la commission éthique et responsabilité sociétale de l’avocat que vous avons créée en début d’année. Madame le bâtonnier Dominique de la Garanderie évoquait un ferment ; il y a aujourd’hui un peu plus. La pâte lève doucement. C’est une promesse que nous espérons tant pour nos enfants que peut-être pour nous-mêmes.

Le livre qui va nous être présenté, s’en veut la recette. Sans prétention aucune, il nous conforte dans cette idée que chacun d’entre nous, quelles que soient nos origines, notre place au sein de la société, dispose de cette faculté de faire évoluer le monde. J’imagine déjà le rôle stratégique que les avocats joueront auprès de leurs contemporains : professionnels bienveillants formés à travailler au bénéfice de chacun et de tous, c’est-à-dire, fidèles au serment qu’en France nous prêtons, soucieux d’amener l’humanité, pas à pas, au meilleur. Dans un monde où nous circulons de plus en plus, dans un monde où s’il existe encore quelques terres interdites, il n’existe plus de terra incognita, dans un monde où il n’y a plus de richesses insoupçonnées, dans un monde où nous savons que l’eau potable et l’énergie ne sont plus sans limite, dans un monde où il nous faut apprendre à répartir, la règle de droit trouve tout son sens. A nous d’apprendre à partager et à prévoir.

Jamais deux sans trois mais sa Sainteté le Dalaï-Lama nous reviendra. Ce sera pour l’année prochaine, ou plus tard, mais à son retour, je sais que nous aurons encore avancé. C’est dans cet esprit de quête qu’il nous faut désormais écouter, et nous l’espérons, entendre.



Propos introductifs de Madame Sofia Stril-Rever

(Biographe du Dalaï-lama, écrivain, indianiste, porte-parole de l’association Paix et Responsabilité universelle)

Votre Sainteté, c’est un bonheur, c’est un honneur de vous accueillir aujourd’hui à la Maison des Avocats à Paris. Après l’annonce de cette conférence, il a fallu deux heures seulement pour remplir cet amphithéâtre. Cela montre à quel point votre message de paix, de compassion et de responsabilité universelle résonne dans nos consciences.

Je voudrais, en quelques mots, faire le lien entre votre présence en ces lieux, Votre Sainteté, et l’histoire de France. Car les avocats et les magistrats qui sont venus vous écouter aujourd’hui sont les héritiers d’un passé prestigieux. Ils ont eu un rôle de premier plan dans la Révolution française et appartiennent à une mémoire collective qui honore la France.

Les héros de la Révolution s’appellent Danton, Robespierre, Desmoulins, Barnave ou Saint-Just. Ils étaient avocats. Nous leur devons l’Etat de droit, les principes de notre démocratie, les libertés individuelles et les droits humains dont nous jouissons aujourd’hui en France et dans le monde.

C’est l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 qui inspira, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont le principal rédacteur, René Cassin, juriste, fit prévaloir cette dimension d’humanité qui donne à la Déclaration onusienne son caractère universel, dépassant le cadre des règlementations établies entre Etats.

Et les avocats présents avec vous à cette tribune sont, eux aussi, auteurs de textes à visée universelle. C’est donc au nom d’un humanisme qui fait la grandeur de la France que je vous accueille aujourd’hui.

Nous sommes dans une période charnière de l’évolution humaine, à un point de bascule où la jeunesse, à qui vous aimez tellement vous adressez, n’a d’autre choix pour survivre que de faire évoluer l’humanité. Comme vous l’avez si bien dit dans notre entretien d’Oxford en septembre 2015, il y a un an, nous sommes entrés dans l’ère de la Nouvelle réalité. Il nous faut accepter cette nouvelle réalité et interagir avec elle. Car le réchauffement climatique, l’effondrement de la biosphère et la 6ème extinction massive des espèces font peser de graves menaces sur notre avenir.

Mais vous nous dites que ces catastrophes ne sont pas une fatalité. Elles ne sont pas irréversibles. Elles ont été provoquées par l’action humaine et l’action humaine peut les résoudre à condition d’assumer notre responsabilité universelle, dont les principes sont exposés dans Le Manifeste de la responsabilité universelle qui conclut le livre Nouvelle réalité.

La responsabilité universelle, basée sur la paix intérieure et la réalisation de nos interdépendances, implique une révolution de la conscience. Elle invite en effet chacun à passer de schémas de conscience individualistes et identitaires à des schémas de conscience altruistes, englobant toutes les formes de vie à l’échelle planétaire. La responsabilité universelle prône plutôt qu’une culture de la performance, de la concurrence et de la compétition, telle que nous la connaissons aujourd’hui, une culture du partage et des solidarités. Il s’agit là de mutations radicales au plan individuel qui doivent être couplées avec des mutations correspondantes touchant aux fondamentaux de nos sociétés. Le droit actuel présentiste, individualiste et anthropocentré doit évoluer vers un droit garantissant les intérêts des générations du futur et de la totalité du vivant, un droit qui pose les devoirs de chacun, tout en conservant les libertés inaliénables qui nous sont chères. Tel est l’objet de cette conférence inédite qui rapproche droit et conscience autour de l’urgence environnementale.

Le public auquel vous vous adressez aujourd’hui perpétue les valeurs et l’humanisme de la Révolution française. Je tiens d’ailleurs à saluer le courage de M. le Bâtonnier et du Barreau de Paris qui n’a pas transigé avec ses principes et n’a pas cédé aux pressions chinoises exigeant l’annulation de cette conférence. Et je vous remercie Votre Sainteté, de bien vouloir nous parler d’une autre révolution, une révolution de la conscience, qui permettra de faire de l’époque où nous vivons et que les savants appellent l’Anthropocène, l’époque que vous appelez l’Âge de la responsabilité universelle.


Propos introductifs de Patricia Savin, avocate à la Cour, Responsable de la Commission Droit et developpement

MESDAMES ET MESSIEURS LES BATONNIERS MESDAMES ET MESSIEURS

« Que la lumière soit à éclairer le monde et Guider nos Vies. »

La rencontre de ce jour de la Commission Développement durable de l’Ordre des avocats de Paris est placé sous le signe de la Sagesse – de la Paix intérieure – de l’Ethique laïque - de la Responsabilité universelle.

Le Dalaï-lama nous fait l’immense honneur de sa présence.

Dans l’interview exclusive que le Dalaï-lama a accordé à Sofia Stril-Rever en septembre 2015 à Oxford, il indique clairement que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, l’ère de la Nouvelle réalité. Un extrait de cette interview va être projeté dans un instant laissant le temps à sa Sainteté – et peut-être à un invité surprise de dernière minute - de nous rejoindre, et au Bâtonnier Yvon Martinet de dire quelques mots sur la politique ordinale en matière de responsabilité sociétale

A l’issue de son allocution générale, sa sainteté réagira sur les enjeux portés par trois projets de textes internationaux à vocation de responsabilisation individuelle et collective la Déclaration universelle des droits de l’Humanité (DUDH) ; le projet de Charte de statut juridique des déplacés environnementaux; le projet de Pacte international pour l’environnement. Nous aurons également le privilège de visionner deux autres interviews exclusives que le Dalaï-lama : l’une sur les enjeux du changement climatique et l’importance de la COP 21 ; l’autre sur son intimité à Dharamsala et où il revient sur son enfance et raconte sa journée, du lever au coucher : une interview d’une très grande beauté et intensité. Ces interviews seront ponctuées d’échanges avec des parties prenantes engagées, aves les interventions de Monsieur Khoa N’Guyen, Président de l’Association Paix et Responsabilité universelle ; de Messieurs les sénateurs Alain Anziani et André Gattolin.

MESDAMES ET MESSIEURS LES BATONNIERS, MESDAMES ET MESSIEURS,

Depuis quelques temps maintenant, nous vivons dans une ambiance des plus anxiogènes : attentats, grèves, climat déréglé, tensions politiques et économiques. Autant de sujets de craintes et de peurs qui peuvent interroger l’avenir. Pourtant, je demeure persuadée que nous avons le devoir - individuel et collectif - d’être porteur d’un message positif et constructif de la Société.

« Ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise. » Et, ce qui nous rassemble d’abord, c’est notre Terre et notre Humanité. Ensemble - unis, forts et convaincus qu’une autre vision économique, humaine et environnementale est possible – nous pourrons accompagner notre Société dans son indispensable mutation écologique, énergétique et humaine.

Puisse cette Rencontre exprimer dans son Principe tout ce qu’elle peut Ouvrir et Porter.

Puissions-nous – chacun à nos niveaux - « faire notre part » pour contribuer aux actions en cours, tendant à promouvoir la responsabilisation individuelle et collective, en vue d’une Responsabilité universelle partagée.

Jamais peut-être dans l’histoire du Monde la notion d’interdépendance et de Communauté de Destin n’aura été aussi évidente. Puisque nous sommes en très grande partie la cause des problèmes, nous devons et pouvons être la solution, en Conscience, en Humanité et en Responsabilité Universelle. Personne ne pourra jamais changer le monde avant de s’être lancé dans la plus grande des aventures : son aventure intérieure. Alors, tendons, avec Foi, Force, Courage et Détermination, à « être le changement que nous voulons voir dans le monde », pour ceux et celles que nous aimons et pour notre planète.


Merci aux services de l’Ordre qui ont travaillé avec un très grand professionnalisme pour rendre possible cette rencontre. Merci plus particulièrement à Delly Djavadi, Laurence Le Tixerant et Lara Baljak, Guillaume Papin et Stephanie Guesdon.

Monsieur le Bâtonnier, Madame la vice Bâtonnière, Merci d’avoir accepté de présider cette Rencontre.

Un immense Merci enfin à Khoa Nguyen et à Sofia Stril-Rever. Merci Sofia pour ta confiance et amitié. Merci d’avoir proposé et permis de rendre possible cette Rencontre Historique.

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible », disait Saint-Exupéry. Ensemble, rendons cet avenir possible.


Intervention de sa Sainteté le Dalaï-Lama

Nous naissons tous de la même façon et mourrons de la même façon, et durant notre vie, manger boire, dormir, et même nous reproduire est la façon universelle de mener sa vie humaine mais plus important encore : mentalement, émotionnellement, physiquement : nous sommes les mêmes.

Tout le monde aspire à une vie heureuse, une vie de paix et, tout le monde a ce droit à une vie heureuse. Donc dès lors que nous prenons conscience de cela il devient automatiquement hors de question de tuer, torturer, d’abuser des autres. Si vous poursuivez ce raisonnement en envisageant sérieusement le bien être des 7 milliards d’êtres humains que nous sommes, automatiquement ce sens de la responsabilité universelle à offrir le droit à mener une vie heureuse, se transposera de la même manière au respect de l’environnement.

Donc maintenant le temps est venu de travailler à la promotion de l’unité de ces 7 milliards d’êtres humains.

Nos différences sont secondaires et elles devraient être utilisées dans le but de créer un homme meilleur, un être humain plus heureux, et non le contraire.

Comme je suis bouddhiste, je dis toujours que je réfléchis à la contribution du concept bouddhiste pour servir l’Humanité. Jamais je ne pense à propager le bouddhisme. Toutes les autres religions, les autres philosophies, ont le même potentiel : aider et apporter la paix intérieure.

Donc si nous prenons conscience que nous sommes frères et sœurs en Humanité nous comprenons que le message des grandes religions, est le même.

Certes, il y a parfois des divisions au sein des religions et elles ressemblent plus alors à un parti politique qu’à une religion. Même au sein du bouddhisme il y a des différences, (qui se matérialisent par différentes coiffes notamment).

Toutes les religions doivent porter le même message d’amour.

Certaines religions, sont théistes et parle d’un dieu créateur, qui peut être très puissant, il est question solidarité et de fraternité entre les êtres humains, d’autre non théiste comme le bouddhisme ou le jaïnisme, parlent plutôt de création par nous-même, par des liens de cause à effets et nous sommes donc responsables de notre vie entièrement. Si vous faites le bien vous récolterez le bien mais si vous faites des choses négatives, si vous causez du tort à autrui vous devrez affronter les conséquences de vos actes.

Aujourd’hui on estime qu’environ 1 milliard d’êtres humains n’ont aucune croyance en aucune religion, notamment en France par exemple où il y’en a beaucoup. Ceux-ci sont aussi des frères et sœurs en humanités bien entendu et même sans aucun intérêt pour la religion cela n’empêche en rien de pratiquer l’amour altruiste. Malheureusement certains, qui se désintéressent de la religion, ne vont pas pratiquer la compassion et l’amour altruiste car ils pensent que cela fait partie de la religion alors que ce n’est absolument pas le cas. Il faut prendre conscience que c’est la base et les valeurs fondamentales des 7 milliards d’êtres humains et cela peut passer par l’éducation par exemple, l’amour altruiste et une leçon universelle, nous devons créer une unité dans l’Humanité.

Des scientifiques ont mené une expérience simple en plaçant deux bébés de 6 mois devant un dessin animé joyeux, mettant en scène des individus faisant preuve de bienveillance l’un envers l’autre ; en le regardant les enfants se sont mis à sourire. Ils ont ensuite menés la même expérience en diffusant un dessin animé brutal avec des scènes de disputes, les enfants ont automatiquement adopté un comportement de rejet et de recul face à ce qu’ils voyaient.

D’une manière générale, être exposé à la peur, la colère, l’anxiété, de manière prolongée, va altérer notre esprit et notre capacité à l’amour altruiste.

Notre nature humaine est d’avantage prédisposée à l’altruisme.

Si vous souhaitez un corps sain, vous devez commencer par un esprit sain.

Sur la base de cette expérience scientifique nous devons être pleinement conscients de l’importance de l’apprentissage auprès des enfants, de l’amour altruiste et la compassion.

Si nous avions la possibilité de rencontrer Jésus Christ, Mohammed ou Boudha afin de leur demander, « Qui a créé la violence ? » Ils répondraient que c’est n’est pas dieu mais l’être humain.

C’est ceux qui ont créé cette violence qui ont la responsabilité et le devoir de rétablir la paix.

Je pense que tout être humain, dès son plus jeune âge, est très ouvert, très honnêtes, c’est dans sa nature même.


Regard du Dalaï-lama sur trois projets de textes juridiques internationaux à vocation de responsabilité individuelle et collective.

Pour une « Déclaration Universelle des Droits de l’Humanité »

( Question posée par Madame Corinne Lepage, avocate à la Cour et ancienne ministre de l'environnement)


Lorsque nous sommes à la recherche de droits supplémentaires cela ne veut pas dire le droit de tuer davantage, d’abuser d’avantage, quand on parle des droits humains il faut partir du principe que la nature humaine fondamentale est naturellement bienveillante et désireuse de pratiquer l’amour altruiste, nous devrions donc ériger un droit à pouvoir mettre en œuvre cette bienveillance, à pouvoir agir de manière bienveillante et coopérative les uns envers les autres.

Le droit d’avoir cette opportunité et liberté de mettre pleinement en œuvre cette nature humaine fondamentale en tant qu’animal social. Le futur des individus dépend bien sûr de l’ensemble de la communauté. Un individu heureux fait une famille heureuse, c’est essentiel, mais il faut aller plus loin et voir le bien être de la société dans son ensemble, nous sommes des animaux sociaux, et donc notre survie même en tant qu’être humain dépend de notre société et ceux qui nous entourent.

Aujourd’hui la rareté croissante des ressources disponibles, l’augmentation de la population et le style de vie est de plus en plus complexe, font que nous devons considérer l’ensemble des habitants du monde, tous les être sensible, comme nos frères et sœurs. Penser à l’ensemble de l’Humanité.

Par exemple, autrefois, les français étaient cantonnés à leur territoire, vous faisiez juste vos affaires françaises françaises françaises, et vos voisins les allemands étaient vos ennemis mais aujourd’hui cette réalité n’a plus aucune raison d’être. Et même, il n’y a plus de raison de parler de nations, d’une manière générale les nations et même les continents sont complètements interdépendants. L’économie est évidement globale, donc pour toute ces raisons, pour notre propre intérêt, il faut prendre sérieusement en considération le bien-être de tous les êtres vivant de cette planète et cela n’a rien à voir avec la religion c’est une approche extrêmement réaliste, une manière de pensée réaliste, pour notre propre survie, pour un future heureux.

Donc il faut penser d’avantage aux autres.

Ma propre pratique, pour donner un petit exemple : j’essaie de dédier entièrement mon corps, ma parole et mon esprit, aux biens des autres.

Les bienfaits immédiats sont que, partout où je vais, je souris toujours aux autres, et de ce fait les gens me répondent toujours avec un sourire, ainsi tout le monde est content. Si je faisais trop de formalités, adoptais un visage sévère, je ne crois pas que j’aurais beaucoup d’amis (« fan »).

Je me comporte simplement comme un être humain ordinaire, je souris à tout le monde, pas besoin d’introduction : un visage humain en face de moi c’est un être humain, je n’ai pas besoin que l’on me dise qui c’est. Parfois quand je souris, il y a des gens qui ne sourient pas en retour donc dans ce cas je les chatouille un peu et cela fonctionne toujours !

Ainsi les droits et devoirs, doivent aller ensemble, il est important de prendre en considération que notre nature fondamentale se tourne vers le positif. Comme je l’ai déjà dit, si la nature humaine était plus basée sur la colère et la haine cela diminuerait automatiquement nos droits.


Pour une « Convention internationale pour un statut juridique des déplacés environnementaux »

(Question posée par Monsieur Yvon Martinet, avocat à la Cour, ancien vice bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris, président du Club des avocats environnementalistes)

Pour ce qui est de la question de l’environnement : oui notre survie même en dépend, pour nos enfants, petits-enfants. Moi en tant que moine pas de problème, je n’ai pas d’enfants et je n’aurai pas de petits-enfants. Mais la génération actuelle doit penser et veiller à garder un monde sain pour les générations à venir pour vos enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants.

Il est vrai que le climat va changer, le réchauffement climatique a commencé, en Inde et dans de nombreuses parties du monde, les conditions climatiques changent rapidement. Il y a des millions de fermiers qui ont des difficultés considérables, pareil pour les nomades.

J’ai un rêve, pour l’instant un peu vide. Prenons le Sahara par exemple, un immense territoire, ou l’Australie, en effet à part les régions côtières, au centre également c’est un aussi désert ; pareil dans différents pays du monde. Nous avons aujourd’hui la capacité technologique de saliniser l’eau, nous savons faire.

Il y a des années déjà j’avais fait un grand voyage en voiture à travers la côté californienne et j’ai vu cette grande usine alors j’ai interrogé le conducteur et qui m’a indiqué qu’il s’agissait d’une usine de désalinisation de l’eau de mer, et je me suis dit «  oh on a déjà cette technologie » donc imaginez le Sahara ; vous utilisez l’énergie solaire pour construire des usines de désalinisation de l’eau , car il y a beaucoup d’eau de mer pas loin et nous pourrions imaginer de planifier en quelques sorte que tous les dix ans on regagne des terres cultivables et en fin de compte nous pourrions rendre la Sahara entièrement vert et pareil pour l’Australie. Si on regarde toutes les zones que l’on ne peut plus cultiver, elles sont toutes entourées par l’eau donc nous pourrions utiliser ces technologies pour créer à nouveau des terres fertiles.

Donc graduellement, nous pourrions ainsi utiliser cette eau de mer en quantité. Cette possibilité existe, nous devons nous concentrer et planifier et unir toutes nos forces. Le changement climatique et surtout dû à notre style de vie et parfois aussi aux conditions qui changent d’elle-même. Comem par exemple si le changement est lié au soleil, là ce n’est plus de notre ressort et même le bon dieu n’y pourrait rien. De la même manière les ères glacière, inter-glacières c’était au-delà de notre contrôle, et pour ceux qui croient en une religion monothéiste c’est dieu qui a créé tout cela donc il est responsable des problèmes. Mais en ce qui concerne les Hommes ils doivent aussi faire tous les efforts possibles pour ralentir ou inverser la désertification.

Quand je suis arrivée en Inde, j’ai dit, un peu en plaisantant : la population mondiale était de 6 milliards, maintenant 7 milliards, et à la fin du siècle elle sera à 10, donc il serait bien d’avoir, d’une façon non violente, le contrôle des populations et des naissances, peut-être plus de moines et de nonnes ce serait plus pratique ! Cela reste la manière la plus non violente d’opérer un contrôle des naissances ! Après, en ce qui concerne les lois pour les réfugiés climatiques vous savez mieux que moi ce qu’il faut faire.

Le but principal de la loi c’est de protéger l’Humanité, donc tous les comportements humains qui sont bénéfiques, positifs, il faut les soutenir, les encourager.


Pour un « un Pacte international pour l’environnement »

(Question posée par Monsieur Yann Aguila, avocat à la Cour, Président de la commission environnement du Club des Juristes)

Comme je l’ai dit tout à l’heure toutes les religions importantes, principales, ont pour message fondamental, initial au moins, l’amour, le pardon, la tolérance, la discipline personnelle. Ces valeurs sont communes à toutes les religions, de façon identique.

Le deuxième aspect, c’est les vues philosophiques et là, il y a une différence fondamentale entre les religions théistes et non théistes, qui envisagent ou non un créateur. Donc pour ceux qui croient en un dieu moi je suis un pécheur, puisque nous n’avons pas ce concept d’un dieu dans le bouddhisme. Il m’est arrivé d’être avec l’archevêque Desmund Tutu, on se connait très bien, nous sommes de vieux amis et on se taquine toujours entre nous. Une fois il m’a dit que j’étais un Dalaï-lama un peu farceur, et je lui ai dit « moi aussi je vous considère comme un évêque facétieux » et à l’occasion d’une de nos discussions il a dit qu’il était prêt à aller au paradis et que moi le Dalaï-lama, j’irai alors dans un endroit un peu différent, peut être voulait il m’envoyer en enfer (rit).

Plus sérieusement, cette différence de philosophie, de concept – créateur pas créateur – n’est pas de réelle importance, ce n’est pas le principal, le plus important c’est que tout commence par un message d’amour infini, dieu ou pas dieu , un message de compassion , de miséricorde, d’amour, donc si Il nous aime autant , pour ceux qui croient en dieu, ils ont la responsabilité de suivre ce message.

Cependant, ces différences de philosophies sont nécessaires et utiles, pour s’adapter en quelque sorte aux différents êtres humains qui ont des aspirations, et un mental différent. S’il y a des philosophies et des métaphysiques différentes, nous devons seulement nous demander pourquoi, tout en sachant bien qu’elles ont le même but qui est de développer la bienveillance et l’amour.

Prenons l’exemple des médicaments pour illustrer. Il existe une multitude de médicaments, qui ont des substances différentes des ingrédients différents mais tous ont pour but de soigner/soulager des maladies. Il y a différents types de maladies, donc il faut des traitements différents et cela ne sert à rien de dire « oh ces médicaments sont différents il y en a un qui est nettement meilleur que l’autre », il faut juste trouver le médicament qui soignent votre maladie.

Donc de même que tous les médicaments sont pour guérir, toutes les religions doivent être pour promouvoir l’amour, pas la peine de se disputer pour savoir si telle ou telle philosophie est meilleure qu’une autre c’est aussi vain que de dire qu’il y a un médicament meilleur qu’un autre. Cela dépend seulement du fait qu’il correspond le mieux aux attentes de la personne.

Au sein même du bouddhisme, le Bouddha lui-même a enseigné des philosophies différentes et qui semblent à première vue être contradictoires donc je le dis souvent comme exemple, et cela n’est pas parce que son esprit ne fonctionnait pas très bien, ou qu’il ne savait pas ce qu’il disait - qu’un jour il enseignait quelques chose et le lendemain autre chose - non ce n’est pas ça. Le Bouddha a fait cela délibérément, il n’a pas essayé de rendre tous ses disciples complétement confus mais au contraire c’est par compassion, qu’il a volontairement enseigné différentes philosophies car parmi ses disciples, il y avait des dispositions/aspirations mentales différentes, une vue philosophique ne pouvait pas les aider tous de la même façon.

Sept milliards d’êtres humains, et une seule religion ? Impossible de satisfaire tous les êtres humains. Le monde, l’être humain, a besoin de ces différentes philosophies. Mais le message fondamental commun à tous est celui de l’amour et du pardon.

Certaines religions mettent d’avantage l’accent sur les êtres humains alors que d’autres, comme le jaïnisme par exemple, respectent toutes les formes de vie et sont extrêmement strictes sur le fait de ne pas faire du tort à autrui.

Dès lors que l’on a un authentique souci du sort de l’Humanité, automatiquement l’environnement qui est notre maison, a aussi une place capitale. Donc dès lors, toutes les religions qui mettent l’humain au premier plan doivent aussi de fait prendre soin de la planète et des différentes espèces d’animaux y compris les insectes et les plus petits qui sont tous utiles. Il y a interdépendance.

Tous ces oiseaux ces animaux, embellissent notre monde, sans cela le monde serait très sec. Les peuples indigènes ont un très grand respect de la nature, nous avons des choses à apprendre de leur mode de vie.

Les gens modernes nous pensons trop à la technologie et nous sommes dans l’idée de contrôle de la nature et c’est un concept extrêmement erroné, et pas réaliste du tout, nous sommes en fait une des nombreuses composantes de la nature, nous faisons partie de la nature. Notre vie même, surtout après quelques siècles, regardez les évolutions que nous avons connues et dans les siècles à venir ce sera pareil : on ne sait pas de quelle manière nous allons évoluer et changer au fil du temps en raison des changements climatiques notamment. Donc nous faisons partie de la nature, nous devons la respecter et en prendre soin. En raison de la technologie, de notre style de vie, nous avons atteint un tel niveau que maintenant nous devons faire d’autant plus attention à l’impact de notre mode de vie sur l’environnement.


Questions avec la salle :

Question d’un journaliste de France 2 sur l’absence de message politique de sa Sainteté par rapport à avant et interroge sur le fait qu’aucun membre du gouvernement ne le reçoive.

J’ai quitté le Tibet, et je me suis complètement retiré de la vie politique en 2011, mon seul soucis aujourd’hui est la préservation de la culture tibétaine, de la langue tibétaine et de l’écologie tibétaine.

Question : Vous avez dit une fois, "même si vous perdez, ne perdez pas la leçon" (If you loose do not loose the lesson), pourriez-vous partager un exemple de leçon tirée d’une difficulté que vous avez rencontrée dans votre vie ? Il y a un proverbe tibétain qui dit que parfois plutôt qu’une centaine de discussions, ou une centaine de conseils, apprendre une seule chose peut s’avérer plus utile.

Au cours de la vie , il y a toujours des déceptions, des difficultés qui arrivent de façon imprévues mais nous somme des êtres humains alors nous faisons appel à notre cerveau pour le régler. Et nous sommes entourés d’amis c’est pourquoi quelques que soit les difficultés il y a toujours la possibilité de les surmonter, alors je dis souvent aux gens, « quand nous avons des problèmes, si vous l’abordez depuis un angle extrêmement étroit seulement alors vous aurez encore plus de difficultés et serez encore plus frustré ; mais si vous regardez le même problème d’un autre angle, plus large , de façon tri dimensionnelle, en quatre dimensions même cinq, six… Cet évènement difficile, voire tragique peut finalement révéler des aspects positifs. Par ailleurs, tout évènement est généralement lié à beaucoup d’autres, et est relatif par rapport à beaucoup d’autres et intervient souvent à la suite d’un enchaînement de causes. Donc lorsque vous rencontrez une difficulté, il faut penser à rechercher les causes et pas seulement se concentrer sur les effets, pour l’éliminer. Se plaindre et recourir à la force est toujours la mauvaise solution. Donc un échec peut parfois donner lieu à quelque chose de positif.

Face à l’échec il a deux possibilités : vous vous démoralisez ou vous devenez plus fort, plus sage, gagnez en résilience, et cela sera ensuite d’une grande aide, pour continuer à mener votre vie avec succès. Ce cerveau humain est fait pour cela, il n’est pas comme celui des animaux, qui est principalement lié aux expériences sensorielles. Nous, nous avons un univers mental qui nous permet d’analyser les choses de manière beaucoup plus profonde.

Surtout aujourd’hui où il est à la mode de parler de méditation, de la plein conscience. Vous devez savoir qu’en médiation il y a deux types de méditations :
- Celui qui consiste à avoir l’esprit concentré en un seul point. L’effet recherché ne s’inscrit pas dans la durée, c’est un peu comme un tranquillisant ;
- Et la méditation analytique, qui consiste à analyser encore et encore, et cela permet d’utiliser les capacités complètes de notre intelligence et de notre cerveau comme le font les scientifiques par exemple. Je pratique la méditation tous les jours, pendant 5 heures, le matin très tôt et c’est principalement de la méditation analytique et pas seulement concentrer en un seul point. Analyser grâce à notre intelligence est très important. Pour saisir la réalité, il faut considérer les choses sous tous les angles, notre esprit devient alors plus calme et cela devient alors plus facile de se livrer à une analyse. Lorsque notre esprit est trop perturbé par nos émotions on ne voit pas la réalité des choses et des situations.
Donc avant de prendre des décisions importantes il est important de calmer ses émotions et son esprit. Premièrement cela commence par la respiration , comme cela, en respirant de manière alternative par une narine puis par l’autre, cela va calmer votre esprit, l’anxiété, le stress, un désir trop fort, la colère, votre esprit devient moins distordus, il est plus ouvert et vous pouvez commencer à analyser la situation, qu’en pensez-vous ?



Propos conclusifs de Patricia Savin, avocate à la Cour, responsable de la commission Développement durable

Votre Sainteté, quel immense Bonheur d’avoir accueilli ici, à Paris, dans la Maison des avocats, l’Homme de Paix, l’Homme de Sagesse que vous êtes. Cette Rencontre est placée sous le signe d’un très grand respect et d’une immense gratitude.

Vos paroles de « sagesse ancienne » pour notre « monde moderne » si bouleversé, si chaotique, si anxiogène réconfortent et donnent espoir. Votre message d’éthique laïque transcende les religions et ne peut qu’interpeller les femmes et les hommes du droit présents ici.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais. De même, « Droit sans conscience est sans portée véritable ».

Votre Sainteté, permettez-moi de retenir de vos propos un florilège de mots porteurs d’espoir : des mots pour nous aider à nous engager dans cette démarche de Responsabilité universelle que vous prônez : « Responsabilité – Humanité - Partage ».

Merci du fond du cœur pour vos éclairages en Conscience. Puisse votre Lumière continuer d’éclairer le Monde et guider nos vies.