Procès des attentats du 13 novembre 2015 - Le Live Tweet - Semaine DIX-SEPT

Un article de la Grande Bibliothèque du Droit, le droit partagé.



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Retrouvez sur cette page tous les tweets du procès issus des Live tweets de @ChPiret Charlotte Piret et @sophparm Sophie Parmentier ; elles suivent ce procès pour France Inter et nous ont donné l'autorisation de compiler leurs tweets dans un objectif de consultation et archivage.


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Semaine DIX-SEPT

Jour 65 – Mardi 11 janvier – Interrogatoire de Mohamed Abrini

Semaine 17, jour 65 au procès du 13 novembre. La cour doit interroger l'accusé Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau", pour celui qu'il portait le jour des attentats de Bruxelles, poussant sa bombe à Zaventem. Il a accompagné les commandos parisiens le 12 novembre, et est reparti.

La cour doit d'abord se prononcer sur la reprise de l'audience, qui avait été suspendue avec demande de contre-expertise la semaine dernière, Salah Abdeslam étant toujours positif au Covid19. Selon les informations de France Inter, il est en état d'assister à l'audience.

L'audience reprend, en l'absence de l'accusé Osama Krayem. La cour a envoyé un huissier pour une sommation à comparaître, et l'accusé refuse toujours. Le président passe outre. Et enregistre une nouvelle constitution de partie civile pour une victime directe du Bataclan.

Puis Me Reinhart vient à la barre parler d'un père endeuillé d'une victime du Bataclan, victime morte le 13 novembre, le père, lui, atteint d'un cancer, a succombé à la maladie ces dernières semaines.

Puis un avocat général du PNAT se lève pour demander de verser au dossier des "fiches incidents" sur l'accusé Abrini, dans son box. Son avocate, Me Violleau, se lève et proteste, car cet "incident" est une retranscription de conversation entre Abrini et son avocate.

Me Violleau : "Messieurs de l'escorte n'ont pas à écouter et retranscrire, c'est couvert par le secret professionnel entre un accusé et son avocate". Et elle dit qu'elle en appellera au bâtonnier si l'incident est enregistré : "Il en va là de nos valeurs et de notre robe".

Le président : "Imaginons qu'il y ait des menaces perçues par l'un des gardiens sur l'une des personnes de la cour, est-ce que ce serait couvert par le secret professionnel ?

Me Violleau : "Je comprends pas M. le président, si vous voulez que je vous explique ce que M. Abrini a dit, ce n'était pas des menaces"...

Me Eskenazi, autre avocat de Abrini : "Je souhaite à la cour mes meilleurs vœux, ceux de bienveillance envers les accusés et leurs conseils !" Et Me Eskenazi souligne que même des présidents insultent... et il prend exemple sur de récents propos de Macron...

Président : "Tout à fait, je n'en ai même pas parlé, car j'ai considéré que c'était intime". Le président Périès salué pour autoriser des pauses "toilettes" dès qu'un accusé à ce procès 13 novembre.

Me Nogueras semble dire que les escortes de gendarmes devraient faire pareil.

Me Ronen, avocate de Salah Abdeslam se lève pour demander aussi le respect du principe du contradictoire, et de confidentialité entre les accusés et leurs avocats.

Le président clôt le débat : "Le plus important, c'est que tout se passe bien dans le box". Au fond de la salle, on entend toujours les petits bruits, presque imperceptibles mais très émouvants, que fait le bébé dans les bras de sa maman, survivante du 13 novembre.

Président : "On va avancer. Je verse aux débats le rapport d'expertise rendu le 10 janvier". Rapport qui dit que "M. Abdeslam a présenté un Covid ayant débuté le 24 décembre 2021, toux sèche le 3 janvier". Désormais "toux irritative banale, lien avec allergie".

Président continue la lecture du rapport d'expertise : "M. Abdeslam est parfaitement apte reprendre les audiences". A part cette toux irritative banale, et une "asthénie modérée", pas de stigmates du Covid. "Et la levée de l'isolement était possible depuis le 3 janvier"

"A fortiori le 11 janvier 2022, l'isolement de M. Salah Abdeslam n'est en aucun cas recommandé. Il était parfaitement apte sur le plan sanitaire dès le 3 janvier", insistent les experts médicaux, une pneumologue et un infectiologue.

Le président lit encore : "Aucune mesure particulière, respect des mesures barrières mais indépendamment de l'infection". Salah Abdeslam n'est plus contagieux au COVID19 Rien ne s'oppose sanitairement au procès

Président lit les conclusions : "M. Abdeslam est actuellement guéri". Le magistrat ajoute : "tant mieux". Puis "ce rapport peut rassurer tout le monde sur cette absence de contagiosité, qui était déjà évidente jeudi". L'audience du procès 13 novembre peut donc se poursuivre.

Président : "Donc, ce côté-là est réglé. Bon, Monsieur Abrini, si vous voulez bien vous lever s'il vous plaît. Alors, on va commencer par vous, par le début de cet interrogatoire pour une période jusqu'à août 2015"

Mohamed Abrini, cheveux bruns courts, petite barbe courte sous son masque chirurgical bleu, chemise à carreaux blancs et bordeaux. Il est debout dans le box. Se tourne vers le gendarme derrière lui. Il demande au président : "le gendarme, il peut rester assis non ?"

Le président dit que non, consignes de sécurité, le gendarme va rester debout. Le président qui annonce que les trois témoins qu'on devait entendre ne viendront pas. Son ex-petite amie a décliné, même en visio. Sa mère aussi refuse de venir. Ainsi qu'un homme.

Le président lit une lettre de l'ex petite amie : "Je me sens pas capable de témoigner, ça me déprime, je veux qu'on me laisse tranquille"

Samia Maktouf, avocate de victimes, demande si on ne peut pas l'obliger à venir ? Président : "Non, pas avec un pays étranger" .

Président : "Alors commençons M. Abrini, on va aborder votre vision de la religion". Et il l'interroge sur Chakib Akrouh, l'un des terroristes du 13 novembre, membre du commando des terrasses.

Accusé Abrini : "Tout ce que je peux vous dire, c'était un habitant de mon quartier. Je ne peux rien vous dire de plus. Je ne l'ai pas vu avant son départ en Syrie

Accusé Abrini sur l'accusé Lachraaoui (artificier des attentats du 13 novembre) : "Je l'ai vu à Raqqa". Mais avant, non, il habitait pas Molenbeek.

Accusé Abrini sur Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur des attentats du 13 novembre et membre du commando des terrasses : "Je le connais depuis 20 ans, je pense, je connais sa famille, son père était un commerçant"...

Accusé Abrini sur Brahim Abdeslam : "C'est un proche, un voisin, je le connais depuis pas mal d'années, j'étais en prison quand il est parti en Syrie, c'est des choses qu'on peut vérifier"

Président : "Vos dates d'incarcération ?" Abrini : "Je pourrai pas vous les donner comme ça, je suis allé tellement de fois en prison !"

Abrini qui dit avoir été proche aussi de l'accusé Dahmani, co-accusé resté incarcéré en Turquie, lui aussi était allé en Syrie

Président : "Et Bilal Hadfi ?" un des kamikazes du Stade de France. Abrini : "Je le connais pas, je l'ai vu quelques jours avant les attentats du 13 novembre"

Abrini : "Moi-même quand je suis parti (en Syrie), je l'ai dit à une ou deux personnes, même pas" Mohamed Abrini parle d'une voix calme, posée, il regarde le président, une main à la barre, une autre derrière le dos.

Le président parle à Abrini de son petit frère Souleymane, qui était parti le premier en Syrie, avec Abaaoud. Il est mort là-bas. C'est pour voir sa dépouille que Mohamed Abrini serait parti en Syrie, ce qu'il a dit durant l'enquête, il n'en a pas encore parlé ici.

Accusé Abrini sur Salah Abdeslam : "c'est mon voisin, sa maison, elle est collée à ma maison depuis plus de 20 ans, c'est quelqu'un qui a travaillé beaucoup qui était respecté avec les gens"

Interrogé sur d'autres accusés, Abrini dit sur l'accusé Chouaa : "la personne la plus clean que je connais"

Accusé Abrini : "Moi, pour moi, je suis pas radical. Après, pour d'autres, je suis radical. Je sais pas moi, y a peut-être des endroits dans le monde où on pratique l'islam, comme l'Arabie saoudite, vous allez trouver ça bizarre, pour moi c'est l'islam normal"

Abrini : "Le djihad, ça fait partie de l'islam. Pour moi, il y a toujours eu des EI, Etats islamiques. Le premier par le prophète Mohamed. Ça aurait été bien que des historiens viennent en parler".

Abrini : "Y a des gens qui veulent vivre selon la loi de Dieu, et aujourd'hui, moi je peux comprendre que des gens partent avec leurs familles pour aller vivre dans des endroits comme ça". Le président : "ça c'est la hijra" (l'émigration en terre musulmane")

Président : "Mais l'EI ?" Abrini : "C’était une guerre de conquête. Ils avaient un territoire grand comme la Grande-Bretagne. Je veux bien qu’on essaye de me tailler un costume plus grand que mes épaules, mais moi, je suis pas un cadre de l’EI".

Abrini : "Ecoutez, dans la religion, y a plein de hadiths, des récits qui disent : ne mourez pas avant de prêter allégeance à un califat".

Abrini : "Ça aurait pu être quelque chose de bien, y a eu beaucoup de choses de bien avec EI Mon petit frère il est mort là-bas mais je suis fier de lui".

Le président note que beaucoup de témoins ont dit que Mohamed Abrini avait changé après la mort de son petit frère Souleymane en Syrie, "est-ce que c'est vrai ?" Abrini : "Avant, j'étais pas pratiquant, je pratiquais ma religion, c'est tout"

Le président cite des propos de l’ex-compagne : avant, il buvait, ne priait pas, puis il est allé à la mosquée, a-t-elle dit. Après la mort du petit frère.

Abrini : "Il a été la cause de ma..." Président : "Radicalisation ?" Abrini : "Non, il m’a guidé, il a été mon repentir, moi j’étais loin de tout ça, après on se pose un tas de questions, sur le but de l’existence, qu’est-ce qu’on fout sur ce caillou perdu ?"

Le président lit des conversations entre Abrini et son ex-compagne. Abrini : "Excusez-moi M. le président, je veux bien que y ait des enquêtes, mais c’est ma vie privée entre moi et cette femme" Président : "C’est pas pour citer des conversations intimes"

Le président interroge sur des vidéos EI ; Abrini: "Faut se remettre dans le contexte, chaque jour, y avait des vidéos qui sortaient. Comme les jeunes aujourd’hui, ils regardent Netflix". Ils regardaient ces vidéos chez Chouaa : "son appartement, c’était une maison de quartier"

Abrini : "Le djihad il fait partie de l’islam. Moi le Coran, je le prends en entier. Dans le Coran y a écrit, vous pouvez vous défendre" Président : "Ah ? Et ça va jusqu’où ?" Abrini : "C’est le devoir de protéger les opprimés"

Abrini : "C’est un un devoir pour tout Musulman d’aller faire le djihad"

Président : "C'était quoi ces vidéos ?" Abrini : "Pour vous, y a que des vidéos d'exaction. Mais y avait des vidéos sur des constructions d'école..." Il cherche des exemples, peine, lâche : "Faut déconstruire votre imaginaire !"

Abrini : "L’EI n’a pas fait que des vidéos d’exaction"

L'accusé Abrini interrogé sur un testament retrouvé après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles : "Quelques jours avant les attentats, on nous a demandé de faire un testament et moi j’ai singé, j’ai recopié ce qu’il y avait dans les PC, dans les cahiers"

Abrini : "Ça devait se faire en un jour (les testaments), moi j'ai recopié, fait copié-collé, je sais pas comment vous appelez ça" Il dit que c'est dans le dossier de Bruxelles. Aussi dans celui du 13 novembre, note le président, ça a été versé au dossier…

Abrini : "Fallait faire un seul procès pour les deux attentats, vous savez que c'est la même cellule qui a fait et donc voilà !"

Président : "Mais est-ce que vous le pensez vraiment ? (les mots dans le testament). Est-ce que c’est un héros celui qui se fait exploser pour tuer les kouffars ?" Abrini élude, puis : "Ecoutez, ceux qui se sont faits exploser, c’est une réponse aux bombardements"

Abrini : " à défaut d’avoir un soldat tué sur place, on fait des attentats". Attentats contre bombardements.

Abrini : "Moi je suis pas capable de le faire, me faire exploser pour aller tuer des gens, après ceux qui ont fait ça... Les attentats, c’est une réponse à une violence, voilà, c’est tout ce que j’ai à dire"

Abrini : "Faut reconnaître, avoir un peu de bon sens, les choses dégueulasses ne viennent pas que d’un seul camp" Le président demande si ça justifie de tuer sur une terrasse ?

Abrini : "C’est pas une question de justifier, bien avant que la France ait bombardé, y avait déjà des frappes de drones"

Président : "Mais ces personnes ne sont pas en guerre"... Abrini : "Partir en Syrie pour aller défendre des innocents, puis revenir tuer des innocents parce que c’était des innocents... Dans mon cerveau, à un moment, ça cale"

Le président parle des "choses dégueulasses de EI", les décapitations. Abrini : "Les décapitations, ça se faisait aussi en France M. le président" Président : "Ah bon ?" Abrini : "Vous avez coupé la tête de votre propre roi !" Président : "C'est pas la même période"

Le président lit les PV de l'ex petite amie qui ne viendra pas. "Monsieur Abrini, levez -vous, est-ce que vous êtes lunatique ?" Il ne comprend pas le mot. Le président explique. Abrini : "Je sais pas quoi vous répondre, je suis pas lunatique", il a du mal à le dire.

Abrini : "Votre ex dit un jour il est noir, un jour il est blanc, il est lunatique sur EI. Abrini : A ma sortie de prison, beaucoup de gens avec qui j'ai grandi sont partis là-bas, j'étais pas lunatique, j'allais partir", en Syrie

Président : "On est en novembre 2014 et vous vouliez partir ?" Abrini : "J'ai vu sur la photo le corps de mon petit frère avec une balle dans la tête. Je voulais partir pour aller le voir"

La première assesseuse l'interroge sur le départ de son frère en Syrie, pendant que Abrini est en prison. Au début, il se dit "ouais c'est bien, il va aider des gens", dit qu'à l'époque, il y avait des médecins qui allaient en Syrie !

La magistrate cherche à comprendre le basculement. Elle lit un extrait de l'ex petite amie : automne 2014, il lui impose le voile pour sortir de chez elle. Abrini : "Ben, je suis passé de quelqu'un qui pratiquait pas du tout sa religion, à quelqu'un qui pratiquait"

Abrini : "Je pense que l’islam tel qu’il a été enseigné et pratiqué par le prophète est pas compatible avec la démocratie. Pour vous, un homme qui puisse avoir trois femmes c’est chelou. Pour vous y a même des polémiques avec le halal".

Abrini : "Je vous ai interrompu madame, parce que c’est des sms entre moi et Nawel. J’estime que c’était du ressort de la vie privée, des sms entre moi et mon ex-compagne, je ne répondrai plus, voilà"

La magistrate essaye de comprendre pourquoi dans le testament, censé être un copié-collé selon ce que Abrini a dit, pourquoi alors il personnalise en parlant de son petit frère Souleymane. Abrini fait mine de pas comprendre puis : "ah voilà j'ai compris où vous vouliez en venir"

Abrini qui martèle : "On peut faire un copié-collé à un moment et personnaliser ailleurs, c'était pour ma famille", ce testament.

La 2e assesseuse l'interroge sur ses frères et sœurs, qu'elle dit "radicalisés" dans le dossier. Abrini : "Mes sœurs, elles portent le voile depuis qu'elles sont toutes petites", l'une est partie en Arabie saoudite avec sa famille.

Une autre magistrate l'interroge sur le choix de EI, est-ce que en faisant allégeance il accepte tout, le viol de Yézidies, ect ? Abrini : "Dans toutes les histoires de conquête, quand les hommes étaient vaincus, les femmes mises au marché…"

Abrini : "Certains disent viols, d'autres, les historiens, de projets de natalité…" Il cite Napoléon ou Alexandre Le Grand, dit "quand c'est des histoires comme ça, ça vous fascine mais les Musulmans…"

Abrini dit qu'il prend tout ce qui était dans EI, "c'est comme l'Histoire de France avec ses pages sombres et lumineuses"

Brève suspension d'audience.

L'audience reprend avec les questions d'un avocat général du PNAT. Qui lui demande si vraiment il ne connaît pas Chakib Akrouh ? Parce qu'il a dit l'inverse durant l'enquête. Abrini secoue la tête et répète qu'il ne connaît pas Akrouh, sauf de vue.

L'avocat général : "votre frère part en Syrie le 7 janvier 2014, à quelle époque vous voyez les photos/vidéos du groupe dans lequel était votre frère ?" Abrini : "à ma sortie de prison"

L'avocat général l'interroge sur la vidéo dans laquelle Abaaoud traîne des cadavres. Abrini : "Tout le monde en parle, je l'ai jamais vue !" Avocat général : "Elle a été diffusée à l'audience !" Un jour où Abrini boudait le box. Il assure ne l'avoir jamais regardée avant.

L'avocat général lui demande à quelle date il a prêté allégeance à l'EI ? Abrini : "Monsieur, c'est un détail, je pourrais pas vous répondre." Avocat général : "Avant ou après votre sortie de prison ?" Abrini : "Après", il refuse d'être plus précis.

Me Topaloff, avocate de victimes, l'interroge sur sa colère quand son petit frère Souleymane parti en Syrie Abrini : "Je ne connaissais rien", ajoutant que s'il avait mieux connu l'islam début 2014, il aurait validé ce choix pour le djihad.

Me Topaloff lui demande ce qu'il pense de Abaaoud qui a enlevé son petit frère de 13 ans pour l'emmener en Syrie ? Abrini n'en pense rien. Me Topaloff : "Vous ne condamnez pas ?" Abrini : "Non"

Me Topaloff veut comprendre le basculement. A-t-il parlé avec ses amis à sa sortie de prison ? "Mes amis ils étaient tous en Syrie " Avocate : "Ah non, pas les frères "

Elle cherche à le faire parler de la religion, sa vision différente de celle de ses parents. Elle lui rappelle que son père était contre le départ de Souleymane en Syrie, et estimait que Mohamed fréquentait les "barbus" et s'en inquiétait. Abrini : "c'est normal"

Abrini à Me Topaloff : "vous les avez écrites vos questions ?" Avocate : "Non, regardez, pourquoi vous me dites ça ?" Et elle n'a plus de questions, et Me Maktouf se lève.

Me Samia Maktouf : "Vous dites que vous n'aviez jamais lu le Coran avant le décès de certains de vos amis et de votre frère. Vous avez dit à ma consœur que vous avez lu des livres. Pouvez-vous en citer des livres, des auteurs ?"

Abrini : "Avant de vous répondre madame Maktouf, j’ai une question à vous poser, est-ce que vous avez des pouvoirs divins, connaître le contenu des poitrines, sonder les cœurs ? Je ne vais répondre à aucune de vos questions parce que vous me dégoûtez !"

Président : "Oh, c'est pas très bien ça" Abrini à l'avocate : "Vous êtes allés dire aux hyènes, les médias, que j’étais imperméable à la douleur des victimes…

Président : "Bon, là, ça prend une autre tournure, répondez à la question factuelle !" Abrini : "Je ne répondrai à aucune question… Moi, ça m’a blessé"

Abrini : "Entendre des gens se plaindre pendant deux mois à la barre"... Sur les bancs des parties civiles, exclamation choquée. Et Abrini poursuit : "et dire ensuite pas d’empathie, je suis désolé, moi ça me casse les couilles

Abrini qui dit encore : "Moi j'étais pas le 13 novembre, j'ai tué personne"

Me Marie Violleau demande qu'on comprenne pourquoi Abrini ne veut pas répondre à Me Maktouf.

se dit "fière de dégoûter quelqu'un qui me considère comme une apostate"

A une autre question d'avocat, Abrini : "A un moment donné dans ce procès, on était aux constatations. Les émirs aussi ils en font des constatations, au lendemain des bombardements, des corps, dans les débris, des corps d'enfants. La réponse, c’est les attentats".

A une autre question encore, il dit : "Y a des vétérans du djihad, vous leur dites en 2014, de faire un attentat en Europe, ils vont pas le faire, on est pas des robots"

Me Reinhart : "Vous avez dit que vous avez entendu des parties civiles venir se plaindre" Abrini : "Ce sont des plaintes, des pleurs, vous avez entendu comme moi…" "Cette main là, elle n'a tué personne, ce cerveau-là, il n'a rien commandité", il montre son cerveau avec sa main.

Me Reinhart lui demande quels livres il lit en prison. Abrini : "Je lis le Coran, des livres de sciences, d'histoire, je lis de la poésie"

Abrini : "Moi pour moi, l’islam est la vraie direction à suivre, je vous cite un verset du Coran" Une avocate de victimes : "Pour tout le monde ?" Abrini : "Oui, le messager de Dieu il a été envoyé pour tout le monde, après on est libre de croire ou ne pas croire"

L'avocate : "Et si on ne croit pas ?" Abrini : "Ben certains iront en enfer et d’autres au paradis, tous ceux qui croiront seront sauvés"

Un avocat de victimes demande ce qu'il a à dire aux victimes ? Silence. Puis Abrini : "c'est une drôle de question, elle est difficile, j'avais pas prévu, je sais pas…"

L'avocat insiste et Abrini finit par dire : "Ce que je peux leur dire c’est que c’est vraiment triste ce qui leur est arrivé, bien entendu, je pense qu’ils ont été doublement victimes, et de la politique étrangère de la France et de la politique étrangère de l’EI"

L'avocat, Me Mathieu Riberolles : "Vous avez autre chose à leur dire ?" Abrini : "Euh, non, j’ai rien d’autre à dire"

Me Riberolles : "Est-ce que vous condamnez aujourd'hui les attentats de Paris ? Abrini : "Vous savez, c’est une vraie question de BFM TV ça ! C’est pas on condamne ou pas, c'est qu'est-ce qu'on fait pour que ça ne se reproduise plus ?"

Abrini : "Vous allez mieux dormir si je condamne ?" Et il ne condamne pas.

Abrini : "Je me serais jamais imaginé un jour me retrouvant dans un box avec Salah pour de tels faits"

Me Eskenazi, avocat d'Abrini depuis presque 6 ans, se lève : "lorsque je vous rencontre en avril 2016, j'ai l'impression que vous n'auriez pas pu tenir ces propos ? Les livres d'histoire, ect. Le 12 novembre, vous auriez pu tenir ces propos ?" Abrini : "non"

Me Eskenazi veut savoir s'il a appris. Abrini : "pendant les 5 mois de cavale, j'ai beaucoup appris…" L'avocat ne semblait pas s'attendre à cette réponse. Abrini précise : "quand j'étais en planque…"

Et c'est la fin des questions. Plus d'autre question. L'interrogatoire de Mohamed Abrini se poursuivra demain.

Jour 66 – Mercredi 12 janvier – Suite de l’interrogatoire de Mohamed Abrini

Bonjour à tous, L'audience va reprendre au procès des attentats du  13 novembre 2015 pour la 66e journée d'audience.

L'accusé Osama Krayem refusant toujours de venir dans le box, l'audience sera immédiatement suspendue pour les sommations d'usage. Elle reprendra ensuite avec la 2e partie de l'interrogatoire de Mohamed Abrini, alias l'homme au chapeau.

L'audience reprend pour de bon. Le président indique qu'il "passe outre l'absence d'Osama Krayem aujourd'hui." "Par contre, il est prévu de l'interroger demain", rappelle-t-il.

Le président indique encore qu'il a décidé, "par souci d'apaisement" d'écarter des débats les incidents signalés par les gendarmes et qui ont fait l'objet d'un débat hier, "même si je ne partage pas le point de vue des avocats de la défense".

Place à la suite de l'interrogatoire de Mohamed Abrini en Syrie. "Qu'est-ce qui vous a décidé de partir" en Syrie, lui demande le président. Mohamed Abrini, en T-shirt bleu à manches longues se lève : "bonjour monsieur le président, mesdames et messieurs de la cour".

Mohamed Abrini : "j'ai décidé de partir en sortant de prison, quand j'ai appris le décès de beaucoup de mes amis, ainsi que celui de mon petit frère" [en zone irako-syrienne, ndlr]. Président : "vous sollicitez un nouveau passeport le 5 juin 2015 dans cette perspective ?" - Oui

Président : "vous aviez un aller-retour [pour Istanbul, ndlr]. Vous aviez l'intention de revenir où c'était pour masquer ce que vous aviez en tête ? [se rendre en Syrie, ndlr]" Mohamed Abrini : "j'avais prévu de revenir. Mais j'ai perdu mon sac donc je suis resté plus longtemps."

Président : "dans les premières auditions, vous avez contesté être allé en Syrie ..." Mohamed Abrini : "oui" - pour votre départ, vous être accompagnés à l'aéroport de Zaventem par deux personnes … - Abdellah Chouaa [autre accusé du procès, ndlr] et je ne me souviens plus

Mohamed Abrini : "vous me demandez : qui vous a accompagné ? … pour moi, c'est des détails. Quand on a traversé ce que j'ai traversé, ça compte pas en fait." Président : "ils savaient où vous vous rendiez ?" - vous savez, tout eux qui sont partis ne le criaient pas sur les toits

Mohamed Abrini : "... et même si le l'ai dit dans une audition, vous savez quand vous êtes entendus dans une affaire de terrorisme, vous êtes sorti du lit, vous vous retrouvez dans une voiture, pieds et poings liés, masque sur la tête, du heavy metal à fond dans les oreilles."

Mohamed Abrini s'énerve quand on aborde le rôle de l'accusé Abdellah Chouaa : "je comprends pas, vous en voulez à un homme parce que je lui ai dit que je partais en Syrie ?" - "je n'en veux à personne. Vous avez même dit qu'il n'était pas d'accord et a essayé de vous dissuader"

Président : "vous appelez monsieur Chouaa quand vous êtes en Turquie. Pourquoi avez-vous des contacts avec lui ?" Mohamed Abrini : "sans doute pour la même raison que j'ai appelé mes frères et mes sœurs : pour leur dire que j'allais bien, que j'étais bien arrivé, tout ça …"

Président : "vous avez expliqué que vous avez perdu vos papiers, votre argent. Vous avez contacté Ahmed Dahmani et Abdellah Chouaa [coaccusés, ndlr] pour leur demander de vous envoyer 350 euros." Mohamed Abrini : "j'ai appelé quelqu'un d'une cabine mais je ne sais plus qui"

Président : "vous arrivez à la frontière [syrienne, ndlr], comment ça se passe ?" Mohamed Abrini : "je suis seul, avec un passeur." - vous n'avez pas été réuni avec plusieurs personnes ? - dans une sorte d'entrepôt abandonné, il y avait peut-être 50 personnes.

Président : "vous le rémunérez le passeur ?" Mohamed Abrini : non - il vous fait passer gratuitement ? - oui - d'ailleurs comment vous l'aviez financé ce voyage [jusqu'en Turquie ndlr] ? - avec le restaurant, l'argent des caisses - ça venait de là, pas d’ailleurs ? - non

Président : "et donc après, vous passez la frontière" Mohamed Abrini : "on traverse un champ, puis il y a des voitures et ça roule pendant une heure à peu près" - vous êtes contrôlé par des gens de l'Etat islamique ? - on vous enlève vos papiers, on vous prend votre téléphone.

Président : "vous n'avez pas rempli de fiche ?" Mohamed Abrini : non - vous n'avez pas du dire que vous veniez de la part de monsieur Bazarouj, monsieur Abaaoud ? - si, j'ai dit ça. Et donc les autres femmes et les hommes sont partis et moi j'ai dû attendre dans une maison.

Président : "vous aviez cette recommandation [d'Abdelhamid Abaaoud, ndlr] et donc on vous emmène à Raqqa ?" Mohamed Abrini : c'est ça - et là, vous retrouvez Abdelhamid Abaaoud ? - il m'emmène dans un appartement. Et il y avait monsieur Laachraoui [artificier du 13 novembre ndlr]

Mohamed Abrini : "il [Najim Laachraoui, ndlr] m'a expliqué que ça faisait un moment qu'il était là, qu'il avait travaillé dans l'humanitaire, les combats, il m'a raconté comment mon frère était mort, il m'a raconté comment ça s'est passé dans cette bataille."

Président : "a propos d'Abdelhamid Abaaoud, vous avez dit qu'il était devenu émir d'une katibat et qu'il avait 1000 hommes sous ses ordres" Mohamed Abrini : "j'ai peut-être exagéré un peu mes propos, monsieur le président".

Mohamed Abrini : "je voulais voir où était enterré mon petit frère. Mais c'était un point chaud, à environ 200 kilomètres, donc j'ai dû attendre ..." Président : "vous êtes restés trois jours à Deir-Ez-Zor". - voilà, c'était un peu ma démarche.

Président : "Abdelhamid Abaaoud vous a proposé l'intégration dans l'Etat islamique en Syrie ?" Mohamed Abrini : "oui, il m'a proposé parce qu'il m'a dit que si je rentrais en Europe, je risquais la prison. Mais j'ai refusé.

Président : "vous avez refusé et il [Abdelhamid Abaaoud, ndlr] n'a pas insisté ? Mohamed Abrini : "il m'a demandé d'aller récupérer de l'argent en Angleterre, de contacter une personne pour récupérer de l'argent."

Président : "vous avez expliqué que vous aviez aussi vu de l'argent dans l'appartement de Raqqa. Selon vous, d'où venait cet argent ?" Mohamed Abrini : "je ne me rappelle plus la réponse donnée aux enquêteurs mais j'ai dû répondre quelque chose comme : le pétrole ..." - c'est ça.

Président : "quelle était la somme que vous deviez récupérer en Angleterre ?" Mohamed Abrini : "quelque chose comme 3000 pounds" - que 3000, vous êtes sûr ? - oui, je suis très sûr. C'était une dette en fait. Il [Abdelhamid Abaaoud] m'a donné de l'argent pour aller la récupérer.

Président : "qui vous deviez rencontrer en Angleterre ?" Mohamed Abrini : "des gens que je ne connaissais pas en fait. Il [Abdelhamid Abaaoud, ndlr] m'a donné des numéros que je devais contacter et récupérer l'argent. Point barre."

Mohamed Abrini : "je suis arrivé sur place, j'ai téléphoné. J'ai dit que j'étais envoyé pour récupérer une somme d'argent. Ils sont venus avec une casquette sur la tête, écharpe, ils se couvraient le visage. J'ai récupéré les 3000 livres et on ne s'est plus jamais revus."

Président : "au domicile de votre soeur, les enquêteurs belges ont retrouvé un document avec trois numéros turcs et deux numéros anglais. Et votre beau-frère a dit qu'il avait ces numéros à votre demande quand vous étiez en Angleterre"

Mohamed Abrini : "je ne sais pas, c'est un détail. Je comprends que pour vous c'est capital, mais pour moi c'est insignifiant." Président : "un de ces numéros est retrouvé dans le téléphone de Tyler Vilus quand il remonte vers l'Europe pour commettre un attentat. Coïncidence ?"

Mohamed Abrini : "si on m'a demandé de noter ces numéros-là, certes je l'ai peut-être fait mais dans quel but, je ne sais pas." Président : "on reviendra là-dessus …"

Mohamed Abrini : "vous me parlez de personnes que je ne connais pas ..." Président : "j'essaie de comprendre pourquoi vous appelez certaines personnes ..." - moi aussi, j'essaie de comprendre.

Président : "et au retour pourquoi vous passez par Paris ?" Mohamed Abrini : "parce que j'étais en train d'effectuer une peine de travaux d'intérêt généraux. Et je voulais pas être arrêté. Mais après toute ma famille m'a mis la pression pour que j'aille au commissariat ..."

Mohamed Abrini : "j'entends derrière votre question : "qu'est-ce qu'il est venu faire à Paris ?" mais c'est la même paranoïa que pour l'Angleterre. Je suis passé par Paris pour la raison que je vous viens de vous donner. C'est tout."

Président : "une fois à Paris, vous avez pris un taxi pour vous rendre dans Paris …" Mohamed Abrini : "j'avais oublié, mais c'est possible ..." - un monsieur Rodriguez qui avait un véhicule Skoda. Vous voyez on a tous les détails.

Président : "la question c'est de savoir pourquoi vous allez à Paris ?" Mohamed Abrini : "j'ai pris un taxi et j'ai demandé de me déposer à un endroit où on puisse venir me chercher facilement … je ne sais pas … "

Président : "on va parler de Reda Hame, envoyé par l'Etat islamique pour commettre un attentat en Europe. Vous avez utilisé un numéro turc qui va être en contact avec la mère de Reda Hame." Mohamed Abrini : "je ne le connais pas. Je ne comprends rien. Je ne l'ai jamais contacté"

Me Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini, intervient : "monsieur Reda Hame affirme ne pas connaître monsieur Mohamed Abrini. Reda Hame est une hypothèse écartée par les enquêteurs belges. C'est objectivement non construit."

Ce moment où, le président au sujet de détour par Paris de Mohamed Abrini lui lance : "peut-être que vous aviez envie de manger un MacDo sur les Champs Elysées ? Mais bon, soit dit en passant, il y a mieux au niveau gastronomie en France qu'un MacDo."

Le président revient sur l'argent avec lequel Mohamed Abrini rentre d'Angleterre et énumère les différentes versions données par l'accusé au cours de l'enquête. "Elle est où la vérité ?" Mohamed Abrini : "la vérité, c'est que j'en sais rien". - on ne va pas beaucoup avancer

Mohamed Abrini livre des explications pour le moins alambiquées. Président : "finalement, l'argent vous l'avez gardé pour vous ?" Mohamed Abrini : "voilà, c'est ça". - j'ai l'impression que si je vous propose une autre version, vous allez aussi dire oui. L'accusé sourit.

Président surprend Salah Abdeslam en train de parler à Mohamed Abrini dans le box : "c'est à monsieur Abrini que je pose la question, monsieur Abdeslam" Mohamed Abrini : si votre inquiétude c'est de savoir si cet argent a servi pour les attentats, la réponse est non.

Première assesseure : "qui était au courant dans votre famille de votre départ pour la Syrie ?" Mohamed Abrini : "personne" - mais quand vous appelez votre frère depuis la Turquie, vous lui dites pas où vous êtes ? - il l'a appris après.

Première assesseure : "avez-vous bénéficié d'un enseignement religieux en Syrie ?" Mohamed Abrini : non - avez-vous bénéficié d'un entraînement militaire ? - non, je suis resté que neuf jours, madame. Pas un an.

Première assesseure : "vous restez trois jours à Raqqa dans un appartement avec monsieur Laachraoui [artificier du 13 Novembre ndlr]. On sait qu'il sera très impliqué dans les attentats, il vous en parle ?" Mohamed Abrini : "euh …. non."

La première assesseure lit plusieurs SMS écrit par Mohamed Abrini à sa fiancée de l'époque : "habille-toi comme je te l'ordonne" ou alors que celle-ci lui demande si elle peut sortir avec des copines : "non, lis le Coran et ne m'embêtes plus avec des futilités pareilles".

Mohamed Abrini s'énerve dans le box : "vous comprenez que ça c'est la vie privée entre un homme et une femme !" 1ere assesseure : "vous lui demandez de porter le voile, de s'habiller comme vous le voulez, de lire le Coran ... qu'est-ce que vous avez à dire ?" - j'ai rien à dire.

Alors que la première assesseure déroule ses nombreuses questions, assez précises, notamment sur ces appels téléphoniques de 2015, Mohamed Abrini s'agace :"écoutez madame, vous pouvez me poser de milliers de questions sur des détails comme ça, je ne saurai pas vous répondre"

Mohamed Abrini : "il s'est passé tellement de choses. Plus six années en détention dans des conditions ... Comment voulez-vous que sur des questions comme ça, je vous réponde précisément ? Vous me dites "le numéro qui se termine par 736" et puis vous me regardez. Comme si ..."

La première assesseure continue à énumérer les différents appels de Mohamed Abrini à l'été 2015. Mohamed Abrini, avec lassitude : "je ne souhaite plus répondre aux questions concernant ma téléphonie. Je ne peux pas vous aider …"

2e assesseure : "comment vous saviez où a été enterré votre petit frère en Syrie?" Mohamed Abrini : "c'est [Abdelhamid] Abaaoud qui me l'a dit. Dans la bataille où mon petit frère a été tué, il était avec lui. Moi je savais juste que c'était à environ 2 heures de Raqqa".

Fin des questions de la cour à Mohamed Abrini, l'audience est suspendue pour une petite pause. Avec la suite des questions des avocats généraux, de parties civiles et de la défense.

L'audience reprend avec la lecture de l'audition de la mère de Mohamed Abrini, qui a refusé de venir témoigner à l'audience. "Comme Mohamed se trouvait souvent en prison, notre relation était un peu difficile", confie-t-elle aux enquêteurs à l'été 2015.

Dans une autre audition, la mère de Mohamed Abrini le décrit "comme nerveux mais pas rancunier". Elle explique encore : "Mohamed ne pratiquait pas avant son passage en prison. Il s'est mis à pratiquer en sortant. Selon moi, il n'avait pas une vision radicale de la religion".

Nicolas Le Bris (avocat général) : "Reda Hame a évoqué Raqqa comme une usine à terroristes. Vous avez séjourné à Raqqa peu après, vous avez aussi constaté ça?" Mohamed Abrini : "non, c'était une ville avec des boutiques, qui vivait tout à fait normalement".

Nicolas Le Bris (AG) : "est-ce que vous allez suivi un entraînement sur place [en Syrie, ndlr]?" Mohamed Abrini : "non, je n'ai pas besoin d'aller en Syrie pour m'entraîner aux armes. Je peux très bien le faire ici."

Mohamed Abrini : "moi, on ne m'a jamais dit, ni [Abdelhamid] Abaaoud, ni personne, qu'il y aurait des attaques à Paris. C'était un projet hors normes et ils savaient très bien qu'en le disant ça pouvait capoter."

Nicolas Le Bris (AG) : "quand vous allez voir la tombe de votre petit frère, vous prenez des photos ?" Mohamed Abrini : "non" - pourquoi ? - c'est un cimetière improvisé, en ruines. Cette question est complètement tordue. Qui va au cimetière pour prendre des photos, franchement ?

Me Rimalho, avocate de parties civiles interroge Mohamed Abrini sur le fait qu'il se rend lui-même à la police dix jours après son retour de Syrie. "Il y a eu cette hésitation, cette peur, mais j'ai quand même été me présenter au commissariat", explique Mohamed Abrini.

Me Topaloff (PC) : "vous faites exactement en juin le même voyage, dans les mêmes circonstances et sur la même durée que Ahmed Dahmani, Brahim Abdeslam et Ibrahim El-Bakraoui donc je doute que le but premier était de vous recueillir sur la tombe de votre frère"

Mohamed Abrini : "mon petit frère était mort pour la cause. Mais je vous promets, vous regardez trop les films. Il y a d'autres personnes qui n'avaient aucun projet d'attentat et qui sont sorties de Raqqa". Me Topaloff (PC) : "je ne crois pas monsieur".

Mohamed Abrini : "à l'attentat de Zaventem, j'étais entre deux bombes de 45 kilos qui ont explosé. Pendant des mois, j'avais des tremblements. J'ai subi 6 ans d'isolement. J'ai pas la même vie que vous. Il y a des choses qui pour moi sont des détails et je ne m'en souviens plus."

Me Edou (PC) : comme vous, je suis fan de Manchester United et ce qui est présenté comme les abords du Stade ressemble à la gare de Birmingham. Pourquoi avoir pris ces photos des abords, des quais ? Mohamed Abrini : il n'y avait aucun projet [d'attentat, ndlr] pour l'Angleterre.

Me Maktouf (PC) se lève pour poser une question. Mohamed Abrini : "vous avez Alzheimer ou quoi ?" [Il a indiqué hier ne pas vouloir répondre aux questions de cette avocate car elle a indiqué dans les médias que les accusés n'avaient aucune empathie pour les victimes.

Le président intervient : "monsieur Abrini, vous avez le droit de ne pas répondre, mais vous restez correct". Mohamed Abrini refuse de répondre.

Me Sorrentino (défense) s'agace des déclarations de Mohamed Abrini selon lesquelles il aurait averti Abdellah Chouaa qu'il partait en Syrie. Mohamed Abrini : "mes déclarations, il ne faut pas prendre ça pour argent comptant". - C'est sur base de ces déclarations qu'il est ici.

Me Eskenazi, avocat de Mohamed Abrini rappelle que le 13 novembre "vous signez un bail pour un appartement avec Nawal [sa fiancée, ndlr]. C'est pour dupez les enquêteurs que vous signez ce bail ?" Mohamed Abrini : non

Me Marie Violleau (avocate de Mohamed Abrini) : "vous connaissez le dossier, qu'est-ce qu'il y a contre vous sur votre séjour en Syrie ?" Mohamed Abrini : "rien. Je n'ai pas combattu en Syrie, je n'ai pas pris les armes."

Mohamed Abrini tente encore de s'expliquer : "vous me voyez debout devant vous mais j'ai le cerveau qui n'est plus comme autrefois. Alors on peut se contredire, surtout quand on est dans une affaire comme ça".

Fin des questions à Mohamed Abrini pour aujourd'hui, l'audience est donc suspendue. Elle reprendra demain avec l'interrogatoire d'Osama Krayem qui, rappelons-le cependant, refuse depuis des semaines de venir à l'audience.

Jour 67 –Jeudi 13 janvier – Interrogatoire d'Osama Krayem

Jour 67, semaine 17 au procès des attentats du 13 novembre La cour doit entendre aujourd'hui l'accusé Osama Krayem, qui ne vient plus dans son box depuis fin novembre. Sauf à la reprise, en janvier 2022, où il a été amené de force. Aujourd'hui, il est là mais devrait se taire.

L'accusé Krayem, considéré comme un cadre de l'EI, parmi les accusés, a désormais décidé d'exercer son droit au silence à ce procès selon son avocate, Me Durand-Poincloux  Elle avait lu une lettre il y a quelques jours dans laquelle il expliquait sa position. L'audience ouvre. Jour 67. Président : "Monsieur Krayem, c'est bien d'être venu. Est-ce que vous avez une déclaration à faire ?"

Osama Krayem : "Non rien, je ne répondrai pas aux questions", répond-il en arabe, par la voix de son interprète. Osama Krayem lance un regard noir, air de mépris. Il porte de longs cheveux bruns et une immense barbe, un sweat-shirt capuche et un tee-shirt noir.

Silence. Et Osama Krayem se rassied. Et le président attaque l'interrogatoire : "donc j'avais envie de vous poser la question sur l'évolution de votre religion jusqu'à votre départ en Syrie, août 2014 ? Je ne pense qu'il n'y aura pas de réponse." Krayem reste muet. Au jour 67, donc, le président poursuit l'interrogatoire. Etrange. Le président poursuit ses questions sans réponse. A l'adresse de la greffière, le président demande de noter : "l'accusé exerce son droit au silence".

Il y a quelques jours, Me Durand-Poincloux avait lu une lettre d'Osama Krayem pour expliquer qu'il ne parlerait plus à ce procès

Osama Krayem a écrit : "Dans un premier temps, je souhaitais m’exprimer devant cette Cour et j’ai essayé de le faire quand ma personnalité a été abordée". Extrait lu par Me Durand-Poincloux il y a quelques jours.

Suite de la lettre d'Osama Krayem : "Ensuite, j’ai vu comment se déroulaient les débats, et j’ai perdu espoir. Je pense que personne n’est ici pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et avoir des réponses".

Lettre d'Osama Krayem, lue à l’audience par Me Durand-Poincloux

"Je ressens que nous faisons tous semblant et que ce procès est une illusion".

"Je ne pense plus, aujourd’hui, que le fait que je comparaisse et que je m’explique sur ce qu’on me reproche change quoi que ce soit à la décision de la Cour. C’est mon constat après 3 mois de procès", a écrit Osama Krayem.

"C’est pourquoi j’ai pris la décision de ne plus m’exprimer jusqu’à la fin des débats", concluait Osama Krayem dans sa lettre lue par Me Durand-Poincloux

Et il reste donc muet, au jour 67, jour de son interrogatoire devant la cour d'assises.

Alors, le président Périès lit des extraits de procès-verbaux de l'enquête. "Vous expliquiez que c’est œil pour œil, dent pour dent, comme une riposte des Musulmans, même si vous disiez que vous ne cautionniez pas les attentats"

Autre extrait lu par le président. Vous disiez : "il y aurait eu au Bataclan une femme qui porte le voile, je ne crois pas qu’on lui ait tiré dessus. Je ne crois pas qu’il y ait de Musulman au Bataclan". Le président fait remarquer que des victimes musulmanes le 13 Novembre

Le président dit plusieurs fois : "J’avais envie de vous poser des questions". Mais dans son box, Osama Krayem reste obstinément muet.

Le président lit une autre déclaration antérieure de Osama Krayem, en 2016 : "Je suis un soldat de Daech, j’adhère à sa philosophie, et de manière inconditionnelle, bien que je ne cautionne pas certains actes".

Autre extrait lu par le président à voix haute : "Vous dîtes à votre frère, les mécréants sont nos ennemis, haïs-les mais ne le montre pas. Aux enquêteurs, vous précisez qu’il faut haïr les mécréants". Dans son box, Osama Krayem se tait.

Autre extrait lu par le président, qui s'adresse à Krayem : "Vous dites que tuer des mécréants n'est pas la base de l'islam. Le fait de tuer les gens n'est pas un plaisir, c'est une réaction".

Le président rappelle que Osama Krayem parti en Syrie à l'âge de 22 ans, avec une somme énorme, en couronnes suédoises, l'équivalent de 30 000 dollars. "On a envie de vous demander d'où vient cet argent" dit le président. Krayem, muet.

Le président parle du jour "où le pilote jordanien va être brûlé vif dans une cage". Osama Krayem a assisté à l'exécution barbare de ce pilote. On a vu la vidéo à l'audience, "vidéo insoutenable", rappelle le président. Krayem regarde ailleurs dans son box.

Le président Périès : "On avait envie de vous demander si vous avez participé à des combats, où, quand, comment. On est en droit de se demander à quel niveau EI vous étiez. Mais bon, on n’aura pas de réponse". L'accusé Osama Krayem garde les lèvres closes.

Le président rappelle le parcours d'Osama Krayem quand il a quitté la Syrie, septembre 2015 : "avec l'aide d'un passeur, vous arrivez en Grèce, île de Leros, route des migrants".

Durant l'enquête, Osama Krayem a eu plusieurs versions sur son faux passeport avec lequel il a pris cette route des migrants.

Le président résume le voyage depuis la Grèce, avec l'artificier en chef des attentats du 13 novembre et Sofian Ayari, co-accusé, selon ce que pensent les enquêteurs.

Le président parle de l'hôtel Ibis dans lequel ils ont dormi, à Ulm, en Allemagne, en octobre 2015. Trois voyageurs sans bagages, partis entre 3h et 5h du matin.

Le président qui s'adresse toujours à Osama Krayem. Krayem qui reste obstinément muet. Alors qu'à côté de lui, les accusés Abdeslam et Abrini bavardent. "S'il vous plaît !", les rappelle à l'ordre le président Périès pour mettre fin aux bavardages.

Au tour de la 1ère assesseuse de poser des questions. "Monsieur Krayem, la cour prend acte de votre droit au silence". Et elle aborde son évolution religieuse. Passé de la Playstation à cinq prières par jour, assez soudainement.

Et elle pose des questions. "Vous ne souhaitez pas répondre à la question, Monsieur ?" Osama Krayem regarde devant lui, balaye son regard de gauche à droite, indifférent à la cour, obstiné dans son silence.

La magistrate : "L’intérêt pour la cour d’assises, monsieur, outre les faits qui vous sont reprochés, est de savoir s’il y a une évolution sur votre réflexion sur les thèses djihadistes auxquelles vous aviez adhérées. Pour bien juger..." Krayem obstinément mutique.

L'avocate générale Camille Hennetier pose à son tour des questions. Sans réponse d'Osama Krayem.

Un avocat de parties civiles demande à l'accusé Osama Krayem d'expliquer son silence, tout en précisant que ce silence est un "droit absolu". Krayem se tait. "Vous ne voulez pas répondre à cette question non plus ?" tente le président. Krayem fait non de la tête.

Et son avocate, Me Durand-Poincloux, se lève pour dire que toutes les explications sont dans la lettre qu'elle a lue à l'audience jeudi dernier. Lettre intégralement tweetée sur ce fil, ci-dessus.

La cour d'assises devait entendre le frère et la soeur de Osama Krayem. Mais le président annonce aujourd'hui qu'il n'a aucune nouvelle d'eux, qu'ils ne vivent pas en France. On ne les entendra donc pas.

Arrive un autre témoin prénommé Pierre-Jean, habitant en Belgique. En janvier 2017, quelqu'un lui a demandé de donner des cours de français dans une prison à un détenu radicalisé. "J'ai accepté" dit Pierre-Jean. Le détenu s'appelait Krayem.

Il lui a donné des cours de mars 2017 au printemps 2021. "175 fois" a compté Pierre-Jean. Chaque cours de français durait 1 heure et demie.

Pierre-Jean précise qu'il avait "interdiction de parler de l'affaire et de contacts avec la famille et la presse".

Pierre-Jean précise qu'au début ils parlaient en anglais. Puis Pierre-Jean s'est mis à parler français (que commençait à comprendre Krayem). Krayem, lui, continuait à parler anglais. Et Pierre-Jean traduisait.

Pierre-Jean explique que Krayem se met à lire un premier livre en français. C'est Pierre-Jean qui en a l'idée et lui propose une bande dessinée, une BD de Tintin, "L'oreille cassée".

Puis Pierre-Jean explique qu'il a proposé à Osama Krayem de lire "un livre de littérature : Le Petit Prince" d'Antoine de Saint-Exupéry.

Pierre-Jean décrit le caractère de Krayem : "humeur constante", "posé", "équilibré". Jamais en révolte, selon Pierre-Jean, qui lui a donné des cours de français mais explique que Krayem s'est aussi mis aux cours de maths par correspondance.

Krayem lui disait qu'il n'aurait pas d'enfant "car il disait que ce serait trop lourd à porter de l'avoir pour père", dit Pierre-Jean à la barre.

La 1ère assesseuse lui demande si Krayem a un niveau de français qui lui permet de suivre cette audience. Pierre-Jean estime qu'il peut comprendre en partie si on parle lentement, mais du vocabulaire lui manquera sans doute. Krayem dispose d'un interprète à ce procès

Pierre-Jean est interrogé par un avocat de parties civiles, Me Chemla qui reprend des propos entendus peu avant. Pierre-Jean a dit qu'une personne de la prison considérait que "si on fait abstraction des choses horribles qu'il a commises, Krayem a beaucoup d'humanité"

Un autre avocat, Me Riberolles, demande si la position de Krayem qui ne parle pas est "signe d'un renoncement ou d’une acceptation ?" Le président Périès rappelle que le témoin n'est pas psy…

Pierre-Jean : "Je crois que pour M. Krayem s’exprime, il faut être dans une relation de confiance et je ne suis pas sûr que ce soit la situation dans laquelle il se trouve ici."

Le témoin ajoute : "Ma formation n'est pas du tout dans ce domaine-là, puisque pour ma part, je suis professeur de mathématiques".

Un autre avocat a une question vaste et complexe. Le président Périès, taquin, face au témoin : "Vous avez trois heures ! Sauf si vous faites Greve du 13 janvier !"

Pierre-Jean explique à la barre qu'il s'est demandé parfois s'il allait continuer à donner cours à Osama Krayem, après avoir entendu "des choses à la radio", mais il se disait "je renonce à le considérer comme barbare, c'est le seul chemin tourné vers l'avenir"

Quand on a présenté Krayem à Pierre-Jean, on lui a dit "c'est la personne qui est sorti de la bouche de métro à Maalbeck". Krayem a renoncé à se faire exploser le 22 mars 2016 dans les attentats de Bruxelles.

Pierre-Jean s'est dit : "lui ou un autre !" "Je suis d'un naturel à faire confiance"

Me Stuyck, avocate d'Osama Krayem, remercie le témoin d'être venu, "le seul témoin que M. Krayem ait accepté, il estimait que sa famille pas assez neutre". Pierre-Jean était jugé "neutre".

Et l'audience est suspendue.

L'audience reprend. Avec un nouveau témoin à la barre. Béchir, né en Tunisie, travaillant dans un magasin de tissus. Le président lui demande s'il connaissait des accusés ? Le président fait lever les accusés. "Non, je ne connais personne", dit le témoin.

Le témoin explique à la barre qu'il a passé la frontière européenne, via la Turquie, en même temps que l'un ou même peut-être plusieurs accusés de ce procès

Le président demande aux accusés Krayem et Ayari de se démasquer, pour voir si le témoin les reconnaît. Il pense reconnaître Krayem "qui a beaucoup changé".

Président : "Est-ce qu'ils vous ont dit leur destination ?" Béchir : "L'Allemagne". Président : "Est-ce qu'ils vous ont dit ce qu'ils allaient faire ?" Béchir : "Non, je pensais qu'ils allaient faire comme tout le monde, travailler"

Béchir explique que lui "est venu pour travailler, parce qu'en Tunisie, c'est la misère".

Me Maktouf, avocate de parties civiles, demande à Béchir s'il est venu pour des raisons économiques ? Me Maktouf qui porte un masque chirurgical blanc avec des petits cœurs rouges.

Me Maktouf qui se fait attaquer par Me Maallaoui, avocat de l'accusé Ayari. En résumé, il dit que Me Maktouf se fait l'avocate de l'ex-président Ben Ali. Cris entre les deux robes noires qui se font face. Le président Périès coupe court. Béchir, le témoin, repart.

Puis une assesseuse lit une audition de la grande sœur d'Osama Krayem. "Il est gentil, il pense aux autres, tout le monde l'aime, nous avons eu une très bonne enfance en général", disait-elle.

La grande sœur Krayem ajoutait : "nous avons appris ce qu'il s'était passé, mais nous n'en parlons pas avec lui en prison"

Sa sœur qui disait aussi d'Osama Krayem qu'il était "le clown de la famille, pas violent, il avait un grand cerveau, pensait comme quelqu'un de plus âgé, de raisonnable"

La sœur raconte comment Osama Krayem "regardait Tom et Jerry, et en rigolait. Il souriait tout le temps. Les enfants l'aimaient bien. Il aimait beaucoup les enfants".

Et la grande sœur avait raconté dans cette audition la transformation de son petit frère Osama, devenu de plus en plus religieux, portant des habits sunnites. Puis son départ pour rejoindre le groupe terroriste EI. Elle pensait alors que "c'était mal".

Ainsi s'achève ce 67e jour d'audience, avec la lecture d'une audition de la sœur d'Osama Krayem. Krayem qui sera resté muet tout l'après-midi dans son box de verre. Alors que la cour se retire, il se met à parler avec son avocate Me Durand-Poincloux


Jour 68 – Vendredi 14 janvier – Interrogatoire de l'accusé Adel Haddadi

Bonjour à tous, Au procès des attentats du 13 novembre 2015 on achève la 17e semaine d'audience. 68e jour.

Osama Krayem qui a accepté de venir à l'audience hier pour son interrogatoire, mais il refuse à nouveau de comparaître aujourd'hui. L'audience ne reprend donc que pour être immédiatement suspendue, le temps des sommations d'huissier.

On se retrouve donc un peu plus tard avec le LT de l'interrogatoire de l'accusé Adel Haddadi à suivre ici.

L'audience reprend pour le 3e interrogatoire d'accusé, en l'occurrence Adel Haddadi. Rappelons que cet accusé est soupçonné d'avoir été prévu pour faire partie d'un 4e commando, mais il a été arrêté sur la route des migrants.

Adel Haddadi, ressortissant algérien explique qu'il a appris le français et le comprend donc un peu. "Bonjour mesdames et messieurs de la cour", lance-t-il avec un fort accent. Une interprète se tient à ses côtés si besoin de traduction.

Président : vous avez indiqué que vous vouliez dans un 1er temps partir en Turquie [et pas en Syrie, ndlr]. Pourquoi alors l'avoir caché à vos parents ? Adel Haddadi : "parce que même à 28 ans, si je voulais dormir chez un ami, ils disaient non" - et vous leur obéissiez ? - oui

Adel Haddadi interrogé sur ses contacts avec un certain Abou Ali : "j'ai vu sur Facebook ce qu'il se passait en Syrie. Ça m'a touché, ça m'a atteint. J'ai demandé en ami des gens qui se trouvaient en Syrie". Président : "ouais ... c'est la première fois que vous dites ça."

Président : "et vous partez en Turquie pour rencontrer ce Abou Ali ?" Adel Haddadi : "c'est ça". - mais vous partez en Turquie pour aller en Syrie en fait ... - c'était compliqué dans ma tête à cette période-là. Je ne peux pas vous l'expliquer distinctement.

Président : "est-ce qu'on ne peut pas considérer que quand vous quittez l'Algérie, c'est pour vous rendre à terme en Syrie ?" Adel Haddadi : "je n'étais pas sûr de ma démarche. Mais une fois en Turquie, j'ai discuté avec Abou Ali et c'est là que j'ai pris ma décision."

Adel Haddadi : "avec Abou Ali, on a discuté de son histoire avec l'armée syrienne libre, de ce qui se passait en Syrie. Ça m'a touché. Et j'ai accepté de rentrer en Syrie." Président : "mais comme ancien de l'ASL, comment il a pu vous conseiller d'aller chez Daech, ses ennemis ?"

Adel Haddadi : "quand j'étais chez Daech, j'ai retrouvé beaucoup d'anciens de l'armée syrienne libre."

Adel Haddadi : "je voulais quitter l'Algérie. Je me posais plein de questions." Président : "sur quoi ?" - sur ma vie - vous cherchez un peu à votre vie ? - c'est ça. - et vous vouliez aller en Syrie pour aider des gens ? - oui

Président : "vous apparaissez sur une photo avec une kalachnikov, aux côtés d'un combattant de l'été islamique." Adel Haddadi : "on se baignait parce qu'il faisait chaud …" - vous vous baignez avec une kalachnikov ? - on a rencontré des gens, tout le monde s'est pris en photo

Adel Haddadi au sujet de son entrée en Syrie : "j'ai marché, j'ai trouvé une maison qui appartenait à l'Etat islamique. J'ai attendu quelques heures, puis j'ai été dans une deuxième maison. Ils m'ont interrogé, ils m'ont pris mon téléphone et mon sac".

Président :"après, vous avez indiqué être resté dans une petite ville syrienne ?" Adel Haddadi : "oui, deux mois" - et vous avez fait quoi ? - on a commencé à s'entraîner, on eu des rappels religieux, on a eu des examens

Adel Haddadi poursuit sur sa semaine d'entraînement au sein de l'Etat islamique : "on s'est entraînés sur comment démonter une kalachnikov. Et à la fin de la semaine, on nous a appris à tirer." Président : vous suivez votre entrainement dès votre arrivée ? - trois semaines après

Président : "si vous y aller pour faire de l'humanitaire, on ne comprend pas bien le but d'un entraînement militaire" Adel Haddadi : "je ne savais pas ce que c'était l'humanitaire. Je savais que ce n'était pas pour donner des bonbons aux gamins, mais je n'ai pas pensé à ça ..."

Adel Haddadi au sujet de son arrivée dans l'Etat islamique : "ils m'ont dit : si tu veux être kamikaze, tu pourras rentrer à ta maison. Moi, je ne savais pas ce que ça voulait dire kamikaze. Alors, j'ai choisi autre chose et ils m'ont fait faire un entraînement."

Président : "est-ce que c'est durant ces semaines-là que vous avez approfondi vos connaissances religieuses ?" Adel Haddadi : "un petit peu" - et c'est là qu'on vous donne une kunya ? - d'abord on m'a dit Abou Houdeifa, mais il y en avait un autre. Donc j'ai pris Abou Assem

Adel Haddadi interrogé sur la kalachnikov qu'il avait : "chaque fois que je me déplaçais dans Raqqa, je devais l'avoir avec moi. Pour moi, Raqqa c'était calme. Il n'y avait pas de combat. Mais c'était comme ça : il fallait circuler avec notre arme".

Adel Haddadi raconte encore : "un Syrien est venu me voir, il m'a dit : "on a besoin de vous". J'ai été amené auprès d'une personne cagoulée. Il m'a demandé si j'avais vécu en Europe. J'ai dit non. Il m'a dit que ce n'était pas grave, que j'allais partir en Europe".

Adel Haddadi : "il m'a dit que j'allais partir en Europe avec trois personnes" Président : "pour quoi faire ?" - il m'a dit : "ta mission c'est de partir en France. Il ne m'a rien dit de plus. Mais ceux qui devaient voyager avec moi m'ont dit que la mission c'était d'être kamikaze

Adel Haddadi : "je leur ai dit que j'acceptais, mais en moi-même je n'étais pas pour" [la mission kamikaze que l'Etat islamique lui a assignée, ndlr]. En Syrie, on ne pose pas de questions. C'est interdit. Je l'ai compris dès le début. C'est les consignes."

Adel Haddadi prendra ainsi la route de l'Europe avec trois autres hommes également missionnés par l'Etat islamique : les deux futurs kamikazes du Stade de France et Muhammad Usman, également accusé de ce procès.

Président : "vous allez traverser la Syrie, la Turquie, la Grèce, ça va durer plusieurs jours. A aucun moment vous n'avez parlé du but de votre voyage ?" Adel Haddadi : "moi, je me suis dit : je vais aller en Europe et après je vais me retirer de tout ça"

Président : "sur la vidéo de revendication [des attentats, ndlr], on voit les deux Irakiens qui vont devenir kamikazes du Stade de France exécuter un otage, face à la caméra. On vous a parler de faire la même chose ?" Adel Haddadi : "non, jamais"

Président : "Abdelhamid Abaaoud [coordonnateur des commandos] vous ne l'avez jamais vu ?" Adel Haddadi : "non" - A Raqqa, vous ne l'avez jamais vu ? - on peut ne pas se voir - alors que vous avez vu Oussama Atar [le commanditaire des attentats, ndlr] - oui, je l'ai vu vers la fin.

Président : "pourquoi vous êtes choisi pour participer à cette mission dont l'importance est capitale pour l'Etat islamique à ce moment-là ? Pourquoi vous ?" Adel Haddadi : "le Saoudien a dit : "celui-là, il n'est pas connu". Et il avait compris que je ne pouvais pas dire non."

Président : "pourquoi vous ne pouviez pas dire non ?" Adel Haddadi : "parce que je parlais avec les gens, j'étais serviable." - être serviable et aller commettre un attentat, ce n'est pas pareil ... - je ne sais pas, peut-être parce que je n'étais pas connu en Europe ...

Le président rappelle qu'Adel Haddadi prend la route des migrants avec trois djihadistes. "Et ils vous donnent un téléphone. Pourquoi ? " Adel Haddadi : "ils nous ont donné deux téléphones : un pour moi parce que je parle arabe et un pour notre chef" - ... un des deux Irakiens

Sur le départ de l'Etat islamique, Adel Haddadi explique : "on a pris un fourgon. On a trouvé un passeur qui a appelé une 2e voiture" Président : "et on vous a donné de l’argent ?" - c'est Abou Ahmad [Oussama Atar, ndlr] qui m'a donné 3000 dollars - il avait confiance en vous

Adel Haddadi raconte la traversée de la Turquie. Dans la voiture, se trouve les Irakiens du Stade de France, Muhamad Usman mais aussi Oussama Atar (commanditaire des attentats. Président : "c'était une berline, pas un minibus !" - nous étions derrière, à 4, tout serrés."

Ensuite, c'est la traversée de la Méditerranée. "On a payé 1100 dollars au passeur", explique Adel Haddadi. Président : "vous étiez combien sur le bateau ?" (Un gros zodiac, précise l'accusé) - cinquante personnes - chacun a payé 1100 dollars ? - oui - ah c'est sûr, ça rapporte !

"Passons sur le passeur, si j'ose m'exprimer ainsi, poursuit le président, vous arrivez sur quelle île ?" Adel Haddadi : "Leros" - et là, on a contrôlé vos papiers - j'avais un faux passeport, j'ai été arrêté et ils nous ont mis dans une cave un mois

Président : "ils vous ont arrêté parce qu'ils ont compris que vous n'étiez pas des Syriens, c'est ça ?" Adel Haddadi : "oui" - mais les Irakiens avaient les mêmes papiers et ils sont passés ... - peut-être parce qu'ils parlaient le dialecte syrien. - et pas vous ? – non

Président : "vous sortez de prison après un mois, quelle était votre intention : continuer jusqu'à la France ? Rentrer en Algérie ?" Adel Haddadi : "j'ai rencontré un Algérien qui vivait en Autriche, il m'a dit c'est un beau pays, appelle-moi, on trouvera une solution"

Président : "donc vous avez l'intention d'aller jusqu'en Autriche ?" Adel Haddadi : "c'est ça." - ça n'apparaît jamais dans le dossier, mais bon. Et en fait, vous contacter quelqu'un via Telegram, application qui est connue pour sa discrétion, disons.

Président : "on peut considérer que vous poursuivez la mission [de l'Etat islamique, ndlr] ?" Adel Haddadi : "j'étais coincé. Pendant un mois, j'ai été enfermé dans une cave, avec un plafond de 1m20 de hauteur. Ils m'avaient dit que si je restais j'allais y retourner."

Le président interrompt l'interrogatoire d'Adel Haddadi. "On m'indique que la connexion est bonne avec l'Algérie, on va entendre le témoin maintenant." L'accusé se rassied dans le box.

Après quelques temps de flottement, le président reprend le micro : "est-ce que vous nous entendez en Algérie ? Oui ?" Apparaît à l'écran, une salle avec plusieurs personnes : "vous avez le procureur général adjoint, monsieur le traducteur et monsieur Haddadi" explique-t-on.

L'audition du témoin démarre laborieusement. L'interprète qui se trouve à ses côtés en Algérie, sensé traduire en arabe, se contente parfois de reprendre les questions en français. "Vous êtes bien interprète en arabe ?", l'interroge le président. "Oui, oui, en arabe".

Puis, l'accusé Adel Haddadi (qui comprend un peu le français) demande à intervenir : "l'interprète ne traduit pas vraiment les propos". Enfin, l'interprète située en France s'avance à la barre : "excusez-moi, j'interviens, je suis aussi interprète, ce n'est pas ça du tout"

L'interprète qui se trouve en France prend donc le relais, pose la première question en arabe, à l'intention du témoin. Puis s'adresse à la cour : "c'est bien ça monsieur le président ?" La salle éclate de rire. Le président aussi : "malgré mon expérience, je ne parle pas arabe"

L'audience est suspendue pour une pause avant la suite de l'interrogatoire de l'accusé Adel Haddadi.

L'audience reprend. "Monsieur Haddadi, veuillez-vous lever", lui demande le président. "Bonjour mesdames et messieurs", lance à nouveau l'accusé en se levant. "Rebonjour", le remercie le président.

La 1ere assesseure s’étonne du fait que selon la mère d’Adel Haddadi, il aurait rencontré un ami à lui en Autriche. “Vous auriez pu faire le chemin inverse avec lui jusqu’en Algérie” Adel Haddadi : “j’ai pas pensé à ça. Je me suis dit qu’en Algérie, ce serait la prison, tout ça”

1ere assesseure : "aux enquêteurs, vous avez dit que ne saviez pas quels étaient les groupes en Syrie, vous ne saviez pas ce qu'était Daech, vous ne saviez pas tout ça avant de partir février 2015 ?" Adel Haddadi : "je ne connaissais pas bien ce qui se passait en Syrie".

La première assesseure sceptique énumère les vidéos sur la Syrie partagées par l'accusé : "c'est vraiment Abou Ali, en une journée qui vous a convaincu de passer la frontière ?" Adel Haddadi : "il m'a montré que c'est important de faire ça pour aider ces gens"

La 1ere assesseure ne cache pas non plus son scepticisme quant aux fonctions réelles occupées par Adel Haddadi à Raqqa. "Vous dites que vous étiez cuisinier, mais vous aviez une kalachnikov. Faut-il comprendre que tout cuisinier à Raqqa se promène toujours avec une kalachnikov ?"

Camille Hennetier (avocate générale) revient sur la fiche d'enrôlement que remplissent les hommes qui rejoignent Daech. "Vous avez choisi combattant et pour autant vous êtes devenu cuisinier ?" Adel Haddadi : "oui, parce qu'à Raqqa il se passait rien. Donc je me tenais prêt".

Camille Hennetier (AG) s'agace des contradictions de l'accusé : "Abou Ahmed est un cadre de l'Etat islamique qui vous envoie en mission suicide en France. Donc ne me dites pas que vous le contactez pour parler de votre vie quotidienne, ce n'est pas crédible."

Interrogé sur ses liens Muhamad Usman, avec lequel il devait passer à l'acte en France, il dément l'avoir traité de "boulet", comme cela apparaît dans le dossier. "La communication avec lui n'était pas bonne", concède-t-il à peine. Dans le box, Muhamad Usman s'esclaffe.

Me Topaloff, avocate de parties civiles lance à l'accusé : "vous avez l'art de jouer la naïveté d'évoluer dans le monde qui me pose problème. Vous vous sous-estimez curieusement." Elle évoque par exemple le 2 octobre 2015, alors qu'il se trouve à Izmir en Turquie.

Me Topaloff (PC) : "si vraiment vous voulez fuir l'enfer de Daech, à ce moment-là, si vous voulez fuir, vous avez tout en main : un passeport, un téléphone, de l'argent. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ?" Adel Haddadi : "j'avais peur de trahir l'Etat islamique."

Adel Haddadi : "à ce moment-là, j'ai pensé comme ça. Maintenant, j'ai un cerveau qui fonctionne mieux". Dans la salle, des parties civiles s'esclaffent.

Me Topaloff (PC) : ce que vous décrivez, c'est que vous êtes un bon soldat de Daech. Vous avez la possibilité de partir, vous ne partez pas. Et vous suivez les ordres." Adel Haddadi, en français : "non, je ne me suis pas enfui parce que derrière, il y aura un problème sur moi."

Me Topaloff (PC) : "sur les 15 personnes envoyées pour le 13 novembre tous sont des combattants aguerris ou des artificiers. Comment expliquez-vous que vous seriez le seul à n'avoir pas d'expérience de combattant ?" Adel Haddadi : "parce que je ne suis pas capable de dire non"

Me Topaloff (PC) : "il est invraisemblable que l'Etat islamique sur une opération comme celle-là ait pris le risque d'envoyer quelqu'un qui n'était pas quelqu'un de sûr. Il fallait qu'ils aient des garanties sur votre loyauté !"

Me Topaloff (PC) : "qu'est-ce que vous pensez du GIA ? Vous faites une différence avec Daech ?" Adel Haddadi : "je condamne les gens qui font des attentats, quels qu'ils soient. Et j'ai fait des fautes, je suis là pour prendre une peine, pour être condamné. J'accepte ça."

Me Catherine Szwarc (parties civiles) revient sur les décapitations d'otages qu'ont effectué les membres des commandos avant de quitter la Syrie et qui figurent sur la vidéo de revendication. "Vous vous avez été exempté d’exécution ? Pourquoi ?" Adel Haddadi : "je ne sais pas"

Me Didier Seban (parties civiles) : "sur les quatre personnes envoyées ensemble, les deux Irakiens sont arrivés à passer [aux contrôles d'entrée à Leros, ndlr] et se sont fait sauter au Stade de France. Vous, vous n'êtes pas arrivés à passer. C'est tout ?" Adel Haddadi : "oui"

Le président souhaite poser des questions supplémentaires à l'accusé : vous condamnez Daech, oui ou non ? Adel Haddadi : oui - quand avez-vous appris pour les attentats ? - quelqu'un me l'a dit en Autriche - vous comprenez que les Irakiens sont dedans ? - je m'en suis douté

Président : "vous vous en doutez et à ce moment-là vous n'êtes pas paniqué, vous ne fuyez pas ?" Adel Haddadi : "j'ai eu peur. J'ai paniqué beaucoup." - et vous restez là [en Autriche, ndlr] sans bouger ? - j'ai essayé de trouver une solution à droite à gauche mais ...

Me Ronen, avocate de Salah Abdeslam : "on vous dit que vous allez commettre un attentat en France. Vous avez une idée des cibles ?" Adel Haddadi : "je ne connaissais pas les cibles, la date, l'heure".

Me Simon Clémenceau, avocat d'Adel Haddadi : "est-ce que vous reconnaissez les termes de la prévention ? [les faits qui lui sont reprochés, ndlr] - oui - et cela veut dire quoi - être condamné, j'ai commis des fautes.

Adel Haddadi (en français) : "je suis très triste par rapport à ce qui s'est passé, les gens qui sont morts. Je suis très triste que je me trouve ici dans le box."

Me Léa Dordilly, autre avocate d'Adel Haddadi vient conclure cette journée d'interrogatoire : "ce qu'on a à cœur, monsieur Haddadi, c'est de vous accompagner tout au long de cette audience pour que vous ayez dit ici tout ce que vous vouliez exprimer".

Adel Haddadi : "j'ai passé six ans en prison. J'ai fait souffrir mon entourage. Je me pose beaucoup de questions : pourquoi j'ai quitté ma famille ? Mon pays ?"

Me Léa Dordilly : "vous nous avez dit que vous aviez accepté parce que vous n'étiez pas capable de dire non ? Pourquoi ? Qu'est-ce que ça dit de vous ?" Adel Haddadi : "je travaille sur ça avec ma psychologue. J'ai changé beaucoup de choses sur moi après toutes ces années"

Fin de l'interrogatoire d'Adel Haddadi et de cette 17e semaine d'audience. "On reprendra, si tout va bien, mardi à 12h30" indique le président. "L'audience est levée".