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Procès des attentats du 13 novembre 2015 - Le Live Tweet - Semaine SIX

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Retrouvez sur cette page tous les tweets du procès issus des Live tweets de @ChPiret Charlotte Piret et @sophparm Sophie Parmentier ; elles suivent ce procès pour France Inter et nous ont donné l'autorisation de compiler leurs tweets dans un objectif de consultation et archivage.

(© Photo "Salle d'audience" Sophie Parmentier |Twitter)


Semaine UNE Semaine DEUX Semaine TROIS Semaine QUATRE Semaine CINQ Semaine SIX Semaine SEPT

Semaine HUIT Semaine NEUF Semaine DIX Semaine ONZE Semaine DOUZE


Semaine SIX

Jour Vingt deux - Lundi 11 octobre- Auditions des survivants du Bataclan : Maureen, Richard, Benjamin, Tom, Cédric, Gilles, Pascal, Carole, Maryse, Arnaud, Carine

Semaine 6, jour 22 au procès des attentats du 13 Novembre. Toute la semaine, la cour va entendre des survivants du Bataclan

L'audience reprend. Avec comme presque chaque jour, un nouvel interprète qui prête serment devant la cour. Egalement une nouvelle constitution de parties civiles. On en est à plus de 2200 déclarées à ce procès

Maureen, 34 ans, arrive à la barre. Pour raconter son 13Novembre. "A l'époque, j'avais 28 ans, une petite fille de 7 ans, j'étais mariée, assistante maternelle"

Elle était allée au concert ce 13Novembre2015 avec son mari et la maman d'un enfant qu'elle gardait. Ils se mettent près d'un poteau. "A côté de moi, une grande jeune femme aux cheveux très clairs"

Maureen : "La 1ère partie se passe extrêmement bien. Joyeuse. Puis j'entends ce bruit, ce claquement, je vois des gens dans la fosse qui bouge, j'essaie de me retourner vers la source du bruit, je vois une forme, mon mari m'attrape l'épaule".

Maureen : "Mon mari me dit : mets-toi au sol, fais la morte". Maureen voit les yeux effrayés de son mari. Ne comprend pas ce qu'il se passe. La jeune femme à côté d'elle tombe. "Un liquide se met à couler au sol"

Maureen pense que le liquide vient de son mari, elle pense au pire.

Maureen : "Je pense à ma fille qui est avec ma mère et ce moment où ma mère va lui dire que ses parents ne rentreront pas à la maison".

Maureen : "Ce moment où ils tirent vers la fosse est interminable. Ils tirent au sol plusieurs fois. Je sens une brûlure derrière mon mollet. Je suis tellement tétanisée que je suis incapable de savoir si j'ai été touchée".

Maureen n'est pas touchée, mais voit la jeune femme aux cheveux clairs près d'elle, "touchée de plusieurs balles". Maureen et son mari se regardent. "Je me demande si on rentre à la maison, l'un de nous deux et si je reste aider. Faut faire des choix"...

Maureen sort du Bataclan. "On est rentrés et je savais que le lendemain, ma fille allait revenir et je sais qu'étant très proche d'elle, elle allait se rendre compte que j'étais pas bien"

Maureen savait qu'il faudrait pallier les angoisses de son enfant, et cela lui semblait insupportable. "Je veux pas qu'elle grandisse avec cette peur" car "même s'il y a des méchants, la majorité ne le sont pas".

Quelques jours après, Maureen emmène sa fille à République, pour lui montrer les "attentions des gens". Maureen elle se sent coupable d'avoir laissé la jeune femme aux cheveux clairs, "je l'ai laissée". Maureen ressent "comme une oppression".

Maureen voit de nombreuses personnes qui en cherchent d'autres après le 13Novembre. "Très vite, des victimes comme moi se mobilisent pour qu'on s'organise"

Maureen : "On a conscience que l'événement est fini, mais l'après, on en sait rien. Ça devient une association qui ira jusqu'à regrouper 700 personnes".

Maureen s'est investie pendant un an dans @lifeforparis

et "un matin, mon corps a lâché". "Mais ensemble, on peut réussir à faire des choses, essayer de maintenir cette humanité qu'on a (aussi) vue ce jour-là"

Maureen : "Mon mariage a craqué depuis, ma vie professionnelle est chaotique. Le travail le plus difficile est de faire le deuil, de soi, des espérances, de la vie rêvée qu'on avait, et après faut réunir les morceaux, faire avec ce qu'il y a maintenant"

Maureen : "Avec cet événement, on a tous pris perpétuité, et maintenant, ça fait partie de nous".

Maureen : "Je me suis demandée comment des hommes pouvaient" faire ça ? Je suis peut-être naïve de croire encore en l’homme, mais je veux le rester, naïve. Je ne me considère pas comme mécréante, parce que je crois."

Richard arrive à la barre. 43 ans le 13 Novembre, deux filles de 14 et 17 ans à l'époque, passionné par les concerts. "Au concert, on se rassemble, lorsqu'on va à un concert, il y a énormément d'humanité, une communion"

Richard : "En fait, un concert, un live, c'est la vie. Malheureusement, ce soir-là, le live allait symboliser la mort"

Richard retrouve des amis au Bataclan. Propose Laurent d'aller dans la fosse. C'est Frédéric qui y va. Stéphane prend une bière. "Le concert était festif, puis ce moment est arrivé, dans le dos, j'ai entendu des détonations"

Richard: "J'ai cru que c'était des pétards mitraillettes, et là ça a été la folie. On s'est jeté les uns sur les autres. J'ai essayé de me frayer un chemin à plat ventre. Tout ça en une fraction de seconde, le son du groupe remplacé par les mitraillettes."

Richard : "et puis il y a eu ce moment dramatique pour moi, le silence, on se dit qu'on va comprendre", et puis les rafales, le silence, les rafales encore.

Richard: "J'ai pris une balle dans la jambe. J’ai eu l’impression qu’on agrafait ma cuisse. Je ne pouvais plus bouger. Ma douleur irradiait ma jambe et je ne pouvais plus rien faire. J’ai fait le mort, j’ai essayé de ne plus respirer, le temps m’a paru interminable".

Richard : "Tout paraissait irréel, il y avait du sang partout, il y avait des plaies autour de moi, et cette odeur, cette odeur de la mort qu’on ne connaît pas, et qu’on souhaite ne jamais ressentir"

Richard : "A côté de moi, il y avait un couple près d’une rembarde, ils respiraient l’amour, ils se sont retrouvés dos et à dos sans pouvoir se regarder, la femme suffoquait, je ne pouvais rien faire"

Richard : "J’ai compris que je n’avais plus d’emprise sur ma vie". Il est alors persuadé qu'il va mourir. Regrette de ne pas avoir "dit au revoir à ma femme et mes filles" juste avant le concert

A la barre au procès 13 Novembre, Richard est très sobre et très ému, mains dans les poches, émotion contenue tant qu'il peut.

Richard raconte les forces de l'ordre dans le Bataclan "tendues", puis sa sortie, des gens sur des barrières métalliques transformées en brancard. Un médecin a regardé sa plaie : "plaie hémorragique non grave".

Richard : "La balle avait traversé ma cuisse, et des morceaux de ferraille". Il a été opéré le lendemain soir, "tous les blocs étaient pris"

Richard a eu peur de perdre sa jambe, et elle a été sauvée. Il a été opéré une deuxième fois.

Richard explique qu'ils avaient prévu de se marier en décembre 2015 avec Audrey : "Ben, on s'est mariés. J'étais en béquilles". Silence. "Mais il en manquait deux".

Richard dit à la barre, au bord des larmes "la culpabilité d'être revenu sans Stéphane et Frédéric", ses amis.

Richard explique aussi sa culpabilité "vis-à-vis de ce couple" qu'il n'a pas pu aider. Culpabilité aussi de sa famille car l'après est difficile : "c'est plus une vie, c'est une survie". Sa fille est toujours inquiète, lui demande :"tu rentreras ce soir ?"

Richard remercie les associations 13onze15 et "ce n'est pas une formule de politesse", elles l'ont beaucoup aidé.

Richard : "C'est paradoxal, on avait des combattants en face de nous", et ce sont eux, les survivants qui se battent pour survivre.

Richard : "Il faut se raccrocher aux plus belles choses qui sont nées de cette barbarie. Ce surplus d’amour, ces liens qu’on a envie de partager"

Richard : "Je veux m’excuser auprès d’Audrey, ma femme, d’être aussi abîmé". Et Richard quitte la barre, en ayant cité le nom de ses amis morts, Stéphane et Frédéric, qu'il n'oubliera pas. Richard est très ému, très émouvant.

Benjamin arrive à la barre, chemise bleue, cheveux et barbe noirs. Il raconte le terroriste qu'il voit "rafaler". Il le nomme : "je vois Mostefaï", l'un des trois terroristes du Bataclan. La plupart des victimes ne citent pas les terroristes.

Benjamin est près du bar au début de l'attaque et se réfugie dans les toilettes. "Comme il y avait pas écrit WC, il pense que c'est un local technique. Je pète les néons", il pense s'en servir comme une arme.

Benjamin raconte encore le terroriste "Mostefaï" qui s'apprête à monter à l'étage (où il prendra des spectateurs en otage dans un couloir), arme baissée, et "il me dit calmement, t'enfuis pas, je te tue pas". Benjamin : "Je rigole", ça lui semble tellement incroyable

Benjamin raconte l'arrivée de la BRI, dit-il, alors qu'il est derrière la porte bloquée. "Un policier voit mon t-shirt maculé de sang et pointe son arme sur ma tempe, je me dis : "je vais mourir comme un con à la dernière seconde, heureusement non""

Benjamin raconte à la barre qu'il a réussi à sortir, "j'ai eu de la chance", et il explique qu'il a grandi en banlieue "entouré de noirs, d'arabes, de non croyants", il a un message pour les accusés.

Benjamin précise qu'il n'a pas de haine, et dit à l'adresse des accusés : "J’ai envie de leur dire qu’il n'est jamais trop tard pour avoir un peu de courage et demander pardon aux victimes"

Benjamin, survivant du Bataclan, dit des accusés : "Ils vont passer leurs vies à parler aux murs et nous à se réparer, on est vivants"

Et il dit à la barre que de nombreux survivants n'osent pas venir à la barre, car peur de décliner leur identité. Les médias ne divulguent que les prénoms, dans l'immense majorité des cas. Après le 13Novembre, Benjamin dit qu'il avait eu des menaces de mort sur Facebook.

Arrive à la barre Tom, yeux bleus, tignasse ébouriffée et cheveux mi-rasés, tatouages sur les bras. Il se présente comme ayant pris la suite de l'entreprise familiale, puis raconte son 13Novembre. "On se prend une clope" au Bataclan avec son pote Arthur.

Tom : "Arthur prend des bières puis le concert commence. 5e ou 6e chanson, 1ère détonation, au début on comprend pas"

Tom : "à la deuxième détonation, je vois une personne, y a plus rien dans ses yeux, c'est vide, puis je vois qu'elle a un énorme trou dans le bide, je me dis OK, y a quelque chose qui est en train de se passer, j'ai rampé"

Tom dit qu'il a vu 4 terroristes au Bataclan. Plusieurs survivants depuis la semaine dernière parlent de 4 terroristes. Seuls 3 corps de kamikazes ont été retrouvés après le 13Novembre au Bataclan. Et l'enquête a conclu à 3 terroristes, la majorité des témoins en ont vu 3.

Tom pense qu'il va mourir : "je pense à mes proches mais surtout, ce que j'ai pas fait dans ma vie, il y a une colère énorme". Tom a vu le terroriste tirer "avec le mouvement de recul d'une HK, il a tiré en diago quoi". "On s'est regardés"

La personne à côté de Tom est touchée. Tom fait le mort. Il regarde son copain Arthur, a peur qu'il se fasse écraser.

Tom a quelqu'un à côté de lui qui s'accroche à lui. Tom voit une blessure important et "fait le calcul froid" de courir vers son ami Arthur "qui est en train de se faire piétiner" Bataclan 13 Novembre Tom : "Il faut sauver notre peau".

Tom réussit à s'enfuir du Bataclan, raconte comment il cherche à se réfugier dans un immeuble en face, quelqu'un lui laisse la porte fermée sans code, "je ne lui en veux pas, j'étais maculé de sang, il a eu peur"

Tom a quitté le Bataclan. S'est occupé d'un blessé, Britannique, grièvement touché. Quelqu'un fait un pansement. Ils veulent l'emmener aux urgences, mais ont peur des terroristes. Le blessé britannique est finalement emmené.

Tom et son copain Arthur finissent par s'éloigner du quartier du Bataclan, atterrissent dans un café près de Port Royal, "j'ai pris une demi-bouteille de whisky", "on était en sang, tout le monde nous regardait"

Tom, très touchant dit que cette nuit-là, il est resté seul, ne voulait pas que ses parents le voient, car quoiqu'il lui arrive, il préfère "en rire", et ne voulait pas que ses parents le voient dans cet état.

Puis Tom raconte son après 13 Novembre, l'alcool, la drogue, il a perdu son entreprise, est devenu "émotionnellement instable"

Et Tom dit à la barre son immense culpabilité, vis-à-vis de la personne qui l'a imploré du regard et qu'il a laissée dans la fosse, pour aller chercher son ami Arthur qui allait se faire piétiner.

Tom : "Je tiens à dire à la personne que j’ai pas sauvé à ses proches à ses parents que je m’excuse". Tom est hyper ému à la barre, jeune homme au visage enfantin, visage rouge.

Tom : "J’ai fait un calcul froid ce soir-là, mais fallait que je récupère mon ami" Arthur. "Je le vois tous les soirs dans mes cauchemars".

Et Tom raconte ce cauchemar : "Je vis ce moment où on se regarde dans les yeux. Il est en train de comprendre que je vais pas le récupérer. Je me détache de sa main. Il est assis. On se regarde". Tom est très ému, poignant.

Tom espère qu'un jour ce cauchemar cessera. Tom s'excuse encore. Et il dit ses deux tentatives de suicide. "Parce que j’arrivais pas à me regarder en face. J’ai l’impression d’avoir créé une injustice. Je me suis beaucoup dégoûté."

Tom explique qu'il a changé de métier : "Je crée des shows, des live, avec des rappeurs. Je fais beaucoup de musique en studio, de clips et je vous cache pas que c’est bien balèze de remonter sur scène".

Tom : "J’essaye de ne plus boire, ne plus consommer de drogue avant de remonter sur scène, mais c’est encore tellement compliqué pour moi. Mais je vais y arriver. Je sais qu’au bout du tunnel, il y a toujours la lumière et je vais y arriver, j’en suis sûr"

Arrive Cédric, 47 ans, bras musclés et couverts de tatouage. Sur son t-shirt noire, il est écrit en blanc: "Nicotine, Valium, Marijuana, Ectasy & Alcohol"...

Cédric raconte sa passion des concerts, les terroristes qu'il voit au Bataclan. Durant l'attaque, il pense à son fils de trois ans, "j'ai envie de le revoir". Cédric réussit à s'enfuir.

Cédric à peine sorti du Bataclan, saute dans un taxi et demande d'aller au commissariat le plus proche, il veut prévenir de la tuerie, il est en sang, on ne le laisse pas entrer immédiatement puis on l'écoute, il voit les policiers tendus.

Il fait sa déposition puis rentre chez lui à vélo. Il passe beaucoup de temps au téléphone. Et les jours suivants Cédric cherche des victimes qu'il connaît, comme Thomas Duperron, qui ne survivra pas à ses blessures.

Thomas Duperron travaillait dans la salle de concert La Maroquinerie. Il était au Bataclan le 13 Novembre. Cédric le connaissait dans le cadre du travail. Cédric qui a eu un besoin vital de retourner très vite au concert. Il est retourné à un concert dès le 17 novembre.

Cédric explique qu'il a réussi à "aller de l'avant" grâce à la musique.

Cédric : "Mon plus gros regret, aujourd’hui dans le box, on a des pions des petites mains, pas les gens qui ont imaginé, enrôlé. On n’est pas allé chercher les vrais responsables. Il manque de nombreux maillons encore en liberté", estime-t-il à la barre. 13Novembre

A ce procès du 13 novembre, sur les 20 accusés, Salah Abdeslam est le seul membre encore en vie des commandos parisiens. Le commanditaire présumé selon les enquêteurs, Oussama Atar, est présumé mort en Syrie, comme les frères Clain qui ont enregistré le message de revendication.

Après Cédric, c'est l'un de ses amis qui arrive à la barre : Gilles, 63 ans, longs cheveux gris et châtains ondulés, grosse barbe, lunettes rectangulaires, fan des Eagles of Death Metal, "c'était la 9e fois que je voyais le groupe"

Quand Gilles a entendu les explosions, "elles ont couvert le bruit de la musique, on s'est retournés et tout de suite on a été plaqués par terre"

Gilles : "Y avait une fille à côté, elle s'appelle Nathalie, les gars l'ont passée par-dessus la barrière et lui ont dit : toi, t'auras la vie sauve".

Gilles : "J'entendais pas les rafales, j'entendais tac-tac-tac, j'osais pas me retourner, j'étais pétrifié, j'avais l'impression que les terroristes tiraient en éventail"

Gilles : "Je me suis retourné qu'une fois, j'en ai vu un qui rechargeait vêtu en blanc, et un autre, je me suis pas attardé, j'ai eu une peur glaciale, j'étais paralysé, mn cerveau m'empêchait de voir beaucoup de choses"

Gilles : "J'ai eu une peur surnaturelle, je pensais à la douleur, la peur de mourir, de plus exister, je suis pas croyant". Gilles connaissait le Bataclan, pensait qu'il était piégé. N'a pensé à rien d'autre, ses parents morts, son frère aussi, "j'ai pas de famille"

Gilles : "Entre les tirs, un silence de cathédrale. On restait plaqués parce qu'on voulait pas se faire tirer comme des lapins. Peu à peu, j'ai suivi les autres en rampant vers la sortie". Il était à 20 mètres de la sortie. Il est resté 10/15 minutes.

Gilles réussit à s'enfuir par le passage St Pierre Amelot. Il se souvient de voir des policiers qui sortaient de leur coffre gilets pare-balles, "ils étaient pas rassurés".

Gilles : "Moi je m'estime heureux car j'ai pas été blessé".

Gilles n'est pas allé voir un psy, "mes parents étaient paysans", il voulait se débrouiller seul. Pendant 6 ans, ça a été dur pour lui, mais il a "retrouvé une famille", la fille de Cédric est devenue sa filleule.

Gilles explique que la barre est comme un "éxécutoire", "ça m'arrive de pleurer encore quand je suis tout seul"

Gilles cite encore le nom de Thomas Duperron, mort à 30 ans au Bataclan. Il veut lui rendre hommage, à lui et les autres victimes.

Audience suspendue un moment.

L'audience reprend avec à la barre, Alix, jeune femme aux cheveux mi-bruns mi-blonds, des ballons tatoués sur le bras droit. Un t-shirt des Eagles of Death Metal. Elle a 35 ans. Était au Bataclan avec son compagnon de l'époque Cédric.

Alix voudrait en témoignant "planter une petite graine dans l'esprit" des accusés. Elle dit à la barre que c'était "un beau concert, avec une super ambiance, jusqu'à la chanson fatidique"

Quand les tirs ont commencé, Alix a cru que c'était "une enceinte qui aurait pris feu" et elle a eu l'impression d'être "engloutie" par une vague humaine. Elle se dit qu'elle va peut-être mourir dans un incendie.

Alix : "Dans mon souvenir, c'était très silencieux, je sens juste cette odeur de brûlé, et quelqu'un me parle d'une prise d'otages, pour moi, ça ne veut rien dire"

Alix voit un 1er terroriste : "j'ai pas envie de le nommer", elle se dit qu'il est jeune, peut-être 22 ans, et pasl'allure d'un djihadiste, et elle pense à un extrémiste religieux, puis elle entend parler de Syrie et François Hollande, alors "je comprends que c'est Daech"

Alix ressent un "trou noir dans le ventre" et se dit : "qu'est-ce qu'on a à voir avec la Syrie ?" Elle avait eu des problèmes sur les listes électorales, "c'est pas une fierté mais j'avais même pas voté"

Alix, au Bataclan : "Je murmure pour moi je ne veux pas mourir. Les mains sur la tête. Je pense à tout ce que je ne ferai pas".

Alix : "On se réveille un matin et on sait pas que c'est le jour de notre mort, je me suis dit ça. Après je me suis demandée si j'allais avoir mal. Après j'ai pensé à ma famille, mon frère et mes deux petites soeurs dont je suis très proche "

Alix : "Je me suis dit, tu vas leur gâcher la vie", puis elle pense à son compagnon, tout près d'elle. "J'étais allongée, je lui ai juste dit je t'aime, ce qui m'a marqué c'était son regard, il était calme, impuissant et désolé que je sois là"

Alix : "J'ai commencé à me calmer, il caressait le bas de mon dos, je me suis dit que les choses se passaient dans les meilleures conditions, qu'on allait mourir ensemble, j'étais résignée" Bataclan 13Novembre

Alix : "J'entends le souffle des balles, les kalachnikovs au-dessus de ma tête, c'est horrible ce que je vais dire mais à chaque balle, je me disais pourvu qu'elle soit pour quelqu'un d'autre, ça m'a rendue inhumaine"

Alix raconte la peur de mourir et la résignation, et explique qu'une fois qu'on l'a ressentie, ça reste, à vie.

Alix parle d'un garçon blessé, criant. Alix, larmes aux yeux, explique que son instinct de survie l'a poussée à dire, calme : "ta gueule". On comprend qu'elle s'en veut. Mais il n'a plus fait de bruit. Le silence pour ne pas attirer les tirs, se dit-elle.

Alix entend : "ils sont montés". Alix court vers la sortie de secours, "je glisse dans une mare de sang, je me dis c'est trop bête, je vais mourir piétinée", son compagnon la relève, elle enjambe deux autres filles qui ont chuté -et qui ont survécu.

Alix réussit à s'enfuir, son compagnon aussi, retrouve ses amis dehors, et voit boulevard Richard-Lenoir une porte qui s'ouvre, "une petite grand-mère qui faisait un dîner avec ses petits-enfants". Alix remercie tous les riverains du Bataclan qui ont aidé le 13 Novembre

Chez la petite grand-mère, Alix a passé la soirée "planquée derrière la porte avec un couteau", Alix pensait que les terroristes allaient "finir le travail"

Alix : "à ce moment-là, j'ai senti que ma vie ne serait plus pareille".

A un moment, Alix se regarde dans le miroir et se dit, pupilles dilatées : "qui est cette fille ?"

Et six ans après Alix estime que les terroristes ont échoué. Car "ils ont voulu la peur", mais ce qui anime Alix "c'est l'amour" dit-elle, remerciant Life for Paris

Alix se demande si "ces gens pensent vraiment qu'ils vont être accueillis au paradis ?" après des telles attaques. "Dieu est amour, c'est comme notre père et il a pas tellement envie que les gens s'entretuent, je pense pas qu'il soit content d'eux"

Alix dit ses pensées pour les habitants de St Denis où il y a eu l'assaut du 18 novembre 2015, et pour celle qui a permis de localiser Abaaoud, et "tous mes frères" qui ont vécu le 13 Novembre conclut Alix à la barre.

Pascal arrive à la barre, 43 ans, gorge nouée. "J'allais au concert avec deux amis, Jimmy et Julien, c'est moi qui avais acheté les places"

Pascal : "on a pris nos bières et on est allés dans la fosse, notre emplacement favori"

Pascal raconte que quand les terroristes avaient leurs chargeurs vides, "ils les lançaient sur les gens, la fosse s'est couchée comme des dominos"

Pascal : "A un moment, j'ai senti une sensation de chaud sur ma main. C'était la personne qui était derrière moi, qui avait pris une balle. Il m'a sauvé la vie. Je pense qu'il est décédé".

Pascal réussit à sortir et croise en sortant des policiers en leur disant qu'il faut entrer dans le Bataclan, "je les ai engueulés"

Pascal : "On s'en est bien sortis", ils sont sortis sains et saufs avec ses deux amis. Mais il a ressenti très vite, la "culpabilité du survivant". Lui aussi. Comme tant d'autres.

Pascal parle de lifeforparis comme d'une "famille". Il parle des "apéros-thérapie". C'est lors d'un de ces apéros qu'il a rencontré sa compagne. Elle aussi est une survivante du Bataclan. Elle, était dans une loge.

Pascal : "Ce que j'attends de ce procès, qu'on écoute nos histoires. J'ai confiance en la justice de mon pays. Mon seul regret, les peines seront toujours trop faibles".

Et Pascal remercie Didi, le vigile du Bataclan qui a ouvert des issues de secours et les a sauvés. "La fraternité n'a jamais été aussi présente que ce soir-là et continue à nous accompagner".

Carole arrive à la barre. Elle aussi arbore un gros badge @lifeforparis sur son chemisier.

Carole raconte à la barre la pensée qui lui a traversé l'esprit quand elle a compris l'attaque du Bataclan : "putain, c'est des barbus. Je suis désolée pour tous ceux qui portent une barbe".

Carole : "les tirs, ça a fait un bruit sec. Puis le silence s'installe".

Carole, "historienne de formation", a vu "l'image d'Oradour-sur-Glane", persuadée qu'elle a allait mourir ce soir, prise au piège de ce massacre

Carole : "J'ai voulu voir qui étaient nos assassins, et je me suis retournée, j'en ai vu un, sweat clair, il écartait les bras. C'est là que j'ai commencé à penser à ma fille, ma fille unique à l'époque, je ne voulais pas qu'elle devienne orpheline".

Carole était au Bataclan avec son compagnon. Les deux parents dans la salle de spectacle, leur fille sans eux.

Carole et son compagnon réussissent à sortir vivants, et partent retrouver leur petite fille de 4 ans.

Carole parle de life for paris comme "du soutien plus bénéfique que tous les psys que j'ai pu consulter".

Carole raconte la difficulté qu'elle a eue, vivant en province, "dans un désert médical", sans psy. Elle dit aussi sa difficulté en tant qu'enseignante, quand il faut faire "l'exercice alerte-attentat".

Carole remercie "la bravoure des policiers de la BAC75N". Le commissaire et le brigadier qui ont tué un premier terroriste à 21h56, stoppant par leur action la tuerie de masse du

Une autre jeune fille arrive à la barre. Elle aussi s'appelle Alix, très émue. Se râcle la gorge pour ne pas pleurer quand elle évoque la fosse.

Alix: "les images, les odeurs, ça relève de l'indicible. Ce soir-là j'ai vu le pire de l'humanité, la haine, et le meilleur, l'amour. Une part de moi s'est éteinte" le 13Novembre. "Il y a les regrets sur ce qu'on a fait, pas fait, le complexe du survivant au-delà de l'événement"

Arrive Maryse, la maman de François, infirmière. Son fils était au Bataclan. Puis a été hospitalisé à Bichat. Où elle arrive à son chevet. "Je comprends qu'il va mourir" dit-elle à la barre. Ses mains tremblent.

Maryse dit à la barre que François "a été sauvé" après une opération. Puis lui dit "maman, je ne peux plus respirer"

Et Maryse, finalement, dit que "François aujourd'hui va bien", six ans après le 13 Novembre

Arrive à la barre Arnaud, 44 ans : "Je suis commissaire de police". Arnaud est en fauteuil roulant.

Arnaud : "A l'époque, j'étais armé en permanence, mais ce soir-là, je ne l'étais pas car le cadre légal ne me le permettait pas".

Quand il voit les terroristes, sidération. "Ils ont tiré dans le tas tous les trois".

Arnaud, commissaire : "pour ma part, j'avais repéré une issue de secours, on essayait de se rapprocher de la sortie avec ma compagne au moment où ils rechargeaient, mais j'ai pris une balle, je l'ai sentie me traverser et j'ai perdu le contact avec mes jambes"

Arnaud, commissaire : "J'ai dit à ma compagne, que j'étais cuit, j'étais un peu perdu"

Arnaud, commissaire, décrit un terroriste qui "souriait". J'ai crié à ma compagne : "ils se barrent, tirez-vous" "J'ai pas été le seul", il a vu une foule s'enfuir "On n'a pas eu le temps de se dire adieu"

Arnaud, commissaire : "J'ai pensé, comme tous ceux qui ont été blessés, à mes proches, à mes enfants, à mon enterrement".

Arnaud était dans la salle du Bataclan pour le concert, avec sa compagne, pas en service, et donc sans arme car il n'avait pas le droit d'en porter une. La doctrine police a changé après le 13 Novembre

Et alors que Arnaud, commissaire, est encore à la barre, un avocat de la défense Me Méchin, lance une polémique accusant Me de Montbrial , avocat de Arnaud, de faire de la politique. Débat déplacé s'énerve le président.

L'audience est terminée pour ce soir, mais je vais résumer la dernière demi-heure sur ce fil : le président a prévenu Me Méchin qu'il pourrait saisir le bâtonnier, le président Périès exaspéré par cette polémique en effet dérangeante.

Une polémique que Arnaud B. le commissaire à la barre, dans son fauteuil roulant, n'a pas comprise. Le commissaire qui a rappelé que sa vie depuis le 13Novembre : "c’est un combat du matin jusqu’au soir contre la douleur".

Le commissaire Arnaud B., paraplégique après avoir reçu une balle au Bataclan (il était hors service) : "J’ai entendu un mis en cause geindre contre ses conditions de détention" -Abdeslam, jour 1 de son procès. "Ces gens-là sont des lâches et des pleurnichards"

Puis est arrivée à la barre Carine. Compagne de Guillaume Barreau Decherf, "mort dans le passage St-Pierre Amelot" le 13 Novembre 2015

Carine : "Guillaume a été touché par une balle à l’artère fémorale en sortant du Bataclan. Il avait 43 ans, et nous avions deux petites filles de 4 et 7 ans qu’il adorait".

Carine : "Guillaume était journaliste, et spécialiste de rock. Il avait écrit son dernier article pour les Inrockuptibles, sur les Eagles of Death Metal, pour annoncer le concert du  13 novembre

Carine : "Je ne vais vous exposer ni le deuil, ni le manque, ni le choc traumatique que nous avons subi, ce serait rajouter un récit de malheur, et il y en a déjà eu trop".

Carine : "Je voudrais juste commencer par vous citer cette phrase d’Albert Camus : “Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.”"

Carine lit ensuite un texte, "détourné à ma façon". Elle lit vite. On perçoit de la colère, au fond d'elle, quand elle parle à la barre.

Carine lit donc, ce texte "détourné" : "Ils sont d'abord venus attaquer des militaires, et je n'ai rien dit, parce que je ne suis pas militaire. Puis ils ont tué des enfants et des parents juifs, et je n'ai rien dit, parce que je ne suis pas juive".

Carine : "Ils ont tiré sur des journalistes, des dessinateurs, et je n’ai rien dit, car après tout ils l’avaient bien cherché avec leurs caricatures. Ils ont égorgé un chef d’entreprise, et je n’ai rien dit, je ne suis pas chef d’entreprise"...

Carine : "Ils ont tué des policiers, et je n’ai rien dit, je ne suis pas policière. Ils ont égorgé un prêtre et des fidèles, et je n’ai rien dit, je ne suis pas catholique".

Carine : "Ils ont foncé dans la foule en camion, et je n’ai rien dit, je suis agoraphobe. Ils ont décapité un enseignant, et je n’ai rien dit, je ne suis pas professeur.”

Carine : "Et normalement le texte initial se termine par cette phrase : ”Puis ils sont venus me chercher, et il n’y avait plus personne pour me défendre… ”

Carine s'adresse "à toutes les personnes qui n’ont pas conscience de ce qu’est le terrorisme et le totalitarisme islamiste"

Carine : "Aujourd’hui, c’est moi qui suis là, par hasard, partie civile dans ce procès, parmi tant d’autres, parce que mon compagnon, le père de mes petites filles a pris une balle au mauvais endroit au mauvais moment, et qu’il n’est plus là".

Carine : "Demain, cela peut être n’importe lequel d’entre vous. Leurs balles ne choisissent pas. Elles ne frappent pas que la France et les musulmans sont les principales victimes du terrorisme islamiste dans le monde".

Carine : "Aujourd’hui, c’est moi qui suis là, par hasard, partie civile dans ce procès, parmi tant d’autres, parce que mon compagnon, le père de mes petites filles a pris une balle au mauvais endroit au mauvais moment, et qu’il n’est plus là".

Carine : "Demain, cela peut être n’importe lequel d’entre vous. Leurs balles ne choisissent pas. Elles ne frappent pas que la France et les musulmans sont les principales victimes du terrorisme islamiste dans le monde".

Carine : "Alors que nous ayons perdu des êtres chers, que nous soyons meurtris dans nos chairs ou dans nos âmes, toute cette souffrance ne se résoudra pas avec ce procès, même s’il est indispensable.

Carine : "Contrairement à d’autres, je ne dirai pas que ces gens n’ont pas ma haine. Ces gens nous ont déclaré la guerre. Et c’est en ayant le courage de nommer et d’affronter l’ennemi tous ensemble que nous nous en sortirons".

Carine : "Il ne faut rien leur céder : ni notre musique, ni notre art de vivre, ni notre joie d’être ensemble, ni notre éducation, ni notre laïcité, ni nos lois, ni notre République".

Carine : "Ces hommes qui sont dans le box ne m’intéressent pas. Je m’adresse à leurs complices, à tous les complices des idées islamistes, qui sont nombreux dans notre société ouverte. Bien au-delà de ce procès, c’est le tribunal de l’Histoire qui vous jugera"

Un frère de Guillaume Barreau Decherf est ensuite venu à la barre raconter "l’attente l’espoir, la nouvelle de la mort, les démarches lourdes, et le pire, l’annonce à ses petites filles que papa ne reviendra pas"

Il a rappelé que son frère, Guillaume Barreau Decherf " a vécu en homme libre". Journaliste de rock parmi les plus reconnus, "il ne pratiquait aucune religion, aucune exclusion".

"Guillaume est mort libre sous le ciel de Paris après avoir héroïquement réussi à s'échapper de cette salle", dit son frère à la barre

"Guillaume n'est pas mort seul, avec les riverains du passage St Pierre Amelot, je salue ces riverains, ils sont eux aussi des héros"

"Guillaume est mort sous les balles des terroristes islamistes. Notre crainte est que cette date tombe dans l’oubli".

"Cette date doit être enseignée dans les écoles", dit à la barre le frère de Guillaume Barreau Decherf.

Le frère de Guillaume Barreau Decherf conclut : "La justice va maintenant faire son travail. 131 victimes sont mortes sans raison. Continuons à lutter avec nos règles et nos lois contre les racines du mal".

C'est avec ce témoignage que s'est achevé ce 22e jour du procès des attentats du 13 Novembre. Reprise de l'audience demain à 12h30.

Jour Vingt-trois - Mardi 12 Octobre 2021 – Auditions des survivants du Bataclan : Jérôme, Sophie, Hugo, Sandrine, Claire, Romain, Shaili, Geoffroy, Gregory, Guillaume, Lucie, Agathe, Constance, Anne-Sophie

Bonjour à tous, Au procès des attentats du 13 Novembre l'audience va reprendre pour son 23e jour.

Aujourd'hui encore, place à la parole des victimes de l'attentat du Bataclan.

Jérôme, 48 ans, ancien trader, est le premier à s'avancer à la barre aujourd'hui : "je voudrais tout d'abord présenter mes sincères condoléances à toutes les personnes assassinées ce soir-là". Le 13 Novembre , Jérôme était au Bataclan "avec 7 de mes amis".

Jérôme : "on se trouvait entre le bar et les premières marches pour descendre vers la fosse. Tout était festif, les gens étaient dans une ambiance vraiment bon enfant, jusqu'à ce qu'on entende trois détonations qui ont l'air d'être un problème d'enceinte. Et puis une rafale."

Jérôme : "la notion de temps est suspendue, complètement. On est restés allongés et on attendait. Mais vous ne savez pas du tout si ça dure 5 ou 10 minutes ou une demi-heure. Un des terroriste est resté vers le bar et à commencer à nettoyer. Il tirait sur les gens par terre."

Jérôme : "il se rapprochait calmement et méthodiquement, il tirait. Il a touché deux de mes amis qui étaient avec mois. Et derrière moi, il a rechargé ça kalachnikov. Et ce bruit-là, il restera à jamais gravé dans ma mémoire : c'est clac, clac, chlak, chlak."

Jérôme : "dès qu'ils s'arrêtaient pour recharger, il n'y avait aucun son, un silence absolu. Alors qu'il y avait des gens qui devaient déjà être en train d'agoniser. C'était un silence de cathédrale. Et ça, ça vous hérisse."

Jérôme : "il a tiré, la balle est passée entre moi et un de mes amis. Il a continué à tirer et il est passé sur la gauche. Et là, il y a eu une personne qui était vraiment fantastique, une jeune fille. Elle a prévenu que le terroriste était en train de monter au 1er étage"

Jérôme : "cette personne qui a crié "il va au 1er étage" a sauvé des centaines de gens. Et donc il faut vraiment la remercier. On savait qu'on avait un laps de temps réduit pour sortir de là. Deux de mes amis étaient touchés, un autre qui fait 1,95m était comme de la guimauve".

Jérôme : "la première chose que vous voyez c'est des rigoles de sang, j'ai en mémoire deux ou trois corps, et puis la fosse où les gens essaient de sortir et marchent les uns sur les autres."

Jérôme : "j'ai passé ma vie à travailler [comme trader ndlr] et ces personnes m'ont volé une partie de ma vie. Depuis je n'ai pas retrouvé de travail, je suis à charge pour ma mère. Quand vous gérer de l'argent, les gens ont peur que vous pétiez un câble à un moment ou un autre."

Jérôme détaille les blessures de ses amis blessés ce soir-là : "il y en a un qui a pris trois balles, dans le bras, deux dans le poumon. Et un autre à deux centimètres de la moëlle épinière, qu'on n'a pas pu enlever. Donc il est suivi pour voir si la balle ne se rapproche pas."

Jérôme : "toute ma vie a été faite pour mon travail, je n'ai pas pris de vacances pendant dix ans. Mon rythme c'était : lever à 3 heures du matin pour les chiffres asiatiques, puis travail de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Et aujourd'hui, je suis à la charge de ma mère".

Jérôme : "dès que j'envoie des lettres de motivation, ça me revient négativement. J'ai expliqué que j'étais au Bataclan. Mais la société est un peu méfiante disons."

Sophie s'est avancée à la barre. Elle raconte l'ambiance du Bataclan, "faite de rires et de bières". "Je me rappelle des coups de feux que j'ai pris pour des pétards. Je me suis retrouvée par terre. J'ai été blessée très vite."

Sophie explique avoir attrapé sa veste pour couvrir ses tatouages "pour ne pas attirer l'attention". "J'ai vu un monticule de chair sur ma jambe. C'est là, que j'ai compris que j'étais blessée".

Sophie : "à côté de moi, il y avait un garçon que j'ai senti mourir. Alors que quelques minutes plus tôt, on rigolait ensemble. Ce garçon, j'ai appris son nom : il s'appelait Pierre Innocenti. Plus tard, on va s'en servir pour nous protéger, comme d'un sac."

Sophie se souvient aussi des terroristes "et de leurs sourires", des revendications au nom de la Syrie "et je me suis demandée si je savais seulement placer la Syrie et l'Irak sur une carte", d'une balle dans la tête d'un jeune homme à côté d'elle.

Sophie est hospitalisée : "je ne savais pas si j'allais perdre ma jambe ou pas. J'ai appris que j'avais pris deux balles : une dans mon mollet et l'autre dans mon bassin. On m'a laissé le choix : la garder ou briser mon bassin pour la sortir. J'ai choisi de la garder".

Sophie raconte aussi ce coup de fil à la cellule psychologique, un jour où de retour à Paris, elle ne se sent pas bien. "La personne m'a raccroché au nez en me disant de me rappeler quand je serais calmée, parce que je n'arrivais pas à parler."

Puis, Sophie obtient un rendez-vous avec "un ponte" "et il s'est endormi. Il s'est endormi alors que je lui disais que j'ai vu des jeunes de mon âge en tuer d'autres du même âge. Quand il s'est réveillé, il m'a demandé de lui parler de mes grands-parents."

Sophie détaille ces mauvaises expériences avec psy : "celui qui m'a conseillé de regarder des films de Charlie Chaplin pour me calme", "celui qui me demandait le remboursement de la sécu à chaque début de séance", "celle qui s'est effondré en larmes et que j'ai dû consoler".

Sophie a aujourd'hui toujours des douleurs au bassin, même si finalement la balle lui a été enlevée lors d'une opération, "j'ai une cicatrice de 20 centimètres sur le mollet et je boîte quand je suis fatiguée". A son tour, elle raconte aussi "l'inhumanité" du FONDS DE GARANTIE

Sophie : "la vie à Paris est vite devenue impossible pour moi. Parce que je ne pouvais plus prendre le métro et le RER." Elle est retournée vivre à Lyon. Ne va aussi cinéma que pour des films "sans armes à feu et sans violence". Fuit les feux d'artifice.

Sophie : "arrivée à Lyon, j'ai appris que la balle que j'avais pris dans le bassin avait fait beaucoup de dégâts et que je ne pourrais pas tomber enceinte. Mais grâce à une FIV, j'ai pu avoir la magnifique petite fille qui va fêter ses 2 ans la semaine prochaine."

Sophie, en larmes : "ma fille c'est mon oxygène. Mais j'ai aussi peur pour elle, tous les jours. J'ai peur de comment je vais lui expliquer ma cicatrice sur la jambe, comment je vais lui dire."

Sophie : "j'espère qu'un jour la colère pourra s'apaiser. Même si les provocations des accusés ne nous aident pas. Mais nous avons prouvé que nous sommes profondément au-dessus de lui."

Me Maktouf, s'exprime au nom de la famille de Pierre Innocenti, dont Sophie a raconté qu'elle l'a senti mourir à côté d'elle : "ils vous remercie pour les précisions que vous avez pu apporter sur ses derniers instants de vie et ils sont heureux de voir que vous êtes en vie".

Hugo, s'est avancé à la barre : "mesdames, messieurs, je sais que votre temps est précieux et vous avez de longs mois devant vous …." Puis, il pleure silencieusement à la barre. Il arrive finalement à reprendre : "le 13 novembre, je suis étudiant à Saint-Denis ..."

Hugo : "je vais seul au Bataclan." Il parvient à s'enfuir "grâce à un employé qui a ouvert la porte et que je ne remercierai jamais assez aujourd'hui. Je m'en sors sans blessure physique. Mais le traumatisme psychologique fait l'objet d'un suivi."

Hugo : "je sors du Bataclan avec un certain nombre de colères. Colère face à l'Etat. J'ai du accepter que le risque zéro n'existait pas. J'ai aussi eu une grande incompréhension quand j'ai appris que toutes les victimes n'étaient pas aidées de la même façon en région ou à Paris."

Hugo : "j'ai gardé depuis 2015 une colère qui mêle mon statut de victime à mon statut de citoyen. Une colère envers ceux qui instrumentalisent le terrorisme à d'autres fins que la protection des citoyens. Je pense à l'état d'urgence."

Hugo : "j'attends de ce procès que l'Etat et ses acteurs fassent le point sur leurs réussites mais aussi leurs défaillances. J'aimerais que l'Etat prenne conscience de ses défaillances avant et pendant le 13 novembre, mais aussi la prise en charge des victimes".

Président : "vous étiez étudiant ? En science po, c'est ça ?" Hugo : "oui, j'ai essayé de vous le cacher, mais ça n'a pas marché." - et maintenant ? - je termine mon master en sociologie politique - on a compris que c'était un sujet qui vous plaisait bien.

Sandrine témoigne à la barre : "je m'appelle Sandrine et j'ai 42 ans depuis 2015. J'ai 48 ans sur ma carte d'identité, mais dans ma tête, j'ai 42 ans." Sandrine était au Bataclan avec Gilles et Cédric que la cour a entendus hier.

Ce soir-là, Sandrine croise le chanteur des Eagles of Death Metal, Jesse Hugues, avant le concert. "Il cherchait une armurerie parce qu'on lui avait confisqué ses couteaux à la douane. Je l'ai accompagné, ça me faisait bizarre d'être entourée d'armes, je n'aime pas trop ça. "

Sandrine raconte à son tour "cette belle énergie" du concert. "C'est seulement lorsque je vois le guitariste lâcher sa guitare et quitter la scène que j'ai compris qu'il se passait quelque chose de grave". Pour le reste, "j'ai une amnésie quasi-complète de ce qu'il s'est passé".

Sandrine : "quand je reconnecte, je suis accroupie et je sens que je suis à la merci des tirs. Mais c'est très très loin en fait. Je me sens grotesque". Elle entend une voix, "probablement celle de Didi, le responsable de la sécurité qui nous a sauvé la vie à beaucoup."

Dans sa fuite, Sandrine "tombe sur un corps et quelqu'un tombe sur moi. Je ne sais pas si la personne est en vie parce qu'elle ne bouge pas. Et à chaque fois qu'on nous piétine, j'entends mon râle. Je sens que je vais mourir. Puis la personne sur moi se relève par miracle."

Sandrine explique être "habillée de la même manière que j'étais habillée ce soir là. Parce que cela fait 6 ans, que je ne suis pas sortie de cette salle. Je ne vois rien, je ne vois pas de sang, de corps mutilés. Ces images sont dans un coin de ma tête, mais je n'y ai pas accès".

Sandrine fuit, est prise en charge dans une annexe du Bataclan. "Puis, dans ma botte, je sens quelque chose. Je me rends compte que c'est une balle et qu'il y a un trou dans ma botte et que j'ai été blessée au pied. Mais je suis juste égratignée. J'ai eu beaucoup de chance."

Sandrine est hospitalisée 24h. A sa sortie, dans la voiture d'un ami "je me souviens m'être allongée à l'arrière parce que j'avais peur que les balles me tuent. Et je me suis rendue compte que je ne serai plus jamais la même." Après, "j'ai été dans l'euphorie pendant longtemps"

Sandrine : "j'ai été dans le déni très très longtemps. Je pensais que j'allais reprendre ma vie, alors que je n'ai pas retravaillé un seul jour depuis 2015. Mon sentiment c'est que je suis ressortie vivante parmi les morts et morte parmi les vivants. C'est ce qui m'est arrivé".

Sandrine : "j'ai passé 6 ans enfermée dans une chambre, en pleurant, sans rien faire. A me dire tous les jours : demain, tu te lèves, tu fais quelque chose. Et le lendemain, je n'y arrivais pas. Mon corps ne pouvait pas bouger. Bouger ça voulait dire prendre le risque de mourir."

Sandrine : "je ne suis pas retournée dans une salle de concert depuis trois ans. Mais ce soir, je vais aller à un concert. Je vais retourner dans la vie. Et j'espère que ça ira mieux. Mais ça va déjà mieux car ce procès, depuis qu'il a commencé, me fait beaucoup de bien."

Sandrine explique avoir été "licenciée le 7 décembre 2015. Mon employeur m'a licenciée quand il a su que j'étais au Bataclan." Elle était chargée de recrutement, elle n'a pas retravaillé depuis.

Place au témoignage de Claire : "puisque la parole a été donnée aux victimes, après hésitation, j'ai préféré la prendre pour ne pas la laisser dans des carnets." Le 13 novembre, elle est au Bataclan avec son compagnon et un ami."

Claire : "c'était notre première sortie depuis la naissance de notre fils qui venait d'avoir trois mois. En entrant, je me dis que ça fait longtemps que je ne suis pas allée à un concert." Puis, c'est l'attaque, "je me retrouve face contre terre, entourée du bras de Romain.

Claire : "je dis à Romain que je l'aime, que je ne veux pas qu'il meure, je lui demande de prendre soin de notre fils si je meurs. Puis, on entend une voix dire : "ceux qui essaient de se lever, je les tue." C'est terrifiant et suivi de coups de feu."

Claire et son compagnon parviennent à fuir, se réfugient dans un local non loin. Elle se souvient de ces deux jeunes femmes "accrochées au radiateur" et du corps "de cet homme, allongé par terre."

Claire : "être victime du 13 Novembre c'est à la fois avoir envie de vivre à 1000% et d'être limité par la peur. C'est de dire adieu à toute insouciance. C'est ne plus sortir le soir à Paris et prendre le métro. C'est avoir peur quand Romain n'est pas là."

Claire : "un an après, nous sommes retournés dans la salle du Bataclan. En plein jour et pleine lumière, elle m'a parue minuscule avec seulement quelques issues de secours. Je suis allée me placée à l'endroit exact où je me trouvais et j'ai tourné la tête vers où était le tireur"

"Les larmes sont venues quand j'ai vu les familles qui étaient venues pour se recueillir", conclut Claire. Son compagnon, Romain, s'avance à son tour. "Je suis un grand fan des Eagles of Death Metal, c'est moi qui avait pris les place pour Claire et Matthieu, mon beau-frère"

Romain : "j'ai besoin de partager devant la cour ce que j'ai été condamné à regarder. Les coups de feu pleuvent, ça hurle littéralement. Allongé par terre sur ma femme, j'attends. Je sens les balles raser littéralement mon corps."

Romain : "Une froide résolution qui s'empare de moi : ma femme ne doit pas mourir, notre deuxième fils n'a que quatre mois. Donc je dois la couvrir. Les rafales s'arrêtent, on passe au coup par coup, c'est une nouvelle étape dans l'horreur. Je comprends qu'ils visent le sol"

Romain : "je me dis que si je dois mourir, au moins qu'ils visent la tête. Je ne pensais pas un jour penser ça. Je vois une mare de sang couler vers nous. Encore une étape dans l'horreur. Les coups pleuvent." Lorsqu'il s'arrêtent, Romain et Claire parviennent à s'enfuir.

Romain : "j'ai repris le travail très vite, j'ai croisé un homme dans la rue qui ressemblait à Omar Mostefai, celui qui nous avait tiré dessus. J'ai été pris d'une peur irrationnelle. J'ai donné ma démission d'un travail que j'aimais pour un autre dans lequel je ne m'épanouis pas"

Romain : "j'ai perdu de mon empathie. Je ne saurais pas dire pourquoi ni comment, mais dans cette salle, j'ai perdu une partie de mon humanité. Et surtout, comment je vais expliquer ça à mes enfants ? Est-ce que, après ça, eux aussi vont perdre leur foi dans l'Homme?"

L'audience est suspendue pour "une courte suspension" annonce le président. Huit victimes sont encore attendues aujourd'hui pour leur témoignage.

L'audience reprend avec le témoignage de Shaili, 24 ans : "à l'époque, j'avais 18 ans, je venais d'avoir mon bac avec mention. Je venais de commencer l'école de musique, j'avais un petit copain formidable, ma première vraie histoire d'amour, un cercle d'amis ...."

Shaili : "le 13 novembre, je suis allée attendre de la salle vers 13h ou 14h. J'ai passé un long moment à parler avec le chanteur des Eagles of Death Metal, Jessie Hugues, du livre que j'étais en train de livre : la Métamorphose de Kafka."

Shaili : "je réalise depuis le début de ce procès que mon cerveau a occulté pleins d'éléments. Et à ce titre, j'aimerais que les victimes qui le souhaitent puissent écouter l'enregistrement de deux heures [retrouvé sur un dictaphone et qui reprend l'intégralité de l'attaque]."

Shaili ne réalise pas tout de suite ce qu'il se passe jusqu'à ce qu'elle se retourne et voit : "un homme qui se tient la tête et un bout de cerveau" mais aussi "cet homme qui se tient debout, qui ressemble à un robot, inhumain, il n'y a pas d'autre expression".

Shaili : "j'essaie de ne pas me faire repérer, pas faire de bruit, pas respirer trop fort. dès que quelqu'un essaie de s'enfuir, il se fait descendre. A chaque tir, je pense la balle finir son parcours pour se loger dans ma nuque. Je sais pertinemment que je vais mourir ici."

Shaili : "je me dis que ça fait un moment, qu'ils vont bien finir par ne plus avoir de munitions. Mais ça continue. Je reste en boule. J'ai abandonné. A un moment, il y a un second mouvement de foule, je saute par-dessus de la barrière. Je sens sous moi les corps inertes".

Shaili parvient à fuir, raconte les difficultés avec ses amis : "j'étais très en colère mais j'ai fini par comprendre que c'était des gamins de 18 ans qui ne savaient pas comment gérer ça". "Bref, du 13 au 14, je me suis retrouvée seule."

Shaili : "j'ai noirci des tonnes de feuilles de récits de mes cauchemars qui pourraient servir de scénarios aux pires films d'horreur. J'ai utilisé sciemment et consciemment l'alcool pour faire tampons. J'en étais à 1 ou 2 bouteilles d'alcool par jour. Je ne mangeais plus."

Shaili : "mon père ne me comprenais pas. Un jour, il m'a dit que je ne pouvais plus rentrer chez lui. La majorité du temps, j'étais dans un état second. La nuit, je passais mon temps à sangloter. J'étais un gros bébé, bourré et traumatisé."

Shaili : "on nous dit d'être résilient, de vivre pour les morts, de profiter de la chance qu'on a d'être en vie. Excusez-moi mais moi ma vie, ils l'ont tuée. Je n'ai pas choisi de vivre dans les larmes desquelles je suis depuis six ans."

Shaili : "en 6 ans, j'ai développé une gastrite, de l'acidité à cause de l'alcool, de la cigarette. A force de rester chez moi à regarder tout Netflix, en 5 ans, j'ai pris 20 kilos. Je suis dépressive, suicidaire. Mais je dois rester en vie. Pas pour moi, mais pour ma mère."

Shaili : "j'ai des sautes d'humeur aberrantes. Je suis explosive, irritable, irrégulière. Ce qui m'empêche de reprendre des études. Aujourd'hui, les gens que je connaissais ont des masters, des boulots, certains font des bébés."

Shaili : "j'arrive sur mes 25 ans. Je n'ai qu'un bac en poche et je n'ai aucune perspective d'avenir. Je n'ai plus d'amis, je n'arrive pas à construire quelque chose avec les gens. Je ne suis pas capable de répondre aux messages. Je suis constamment paralysée."

Shaili : "j'arrive à peine à payer le loyer de mon cocon de 15 mètres carrés. Je n'arrive pas toujours à manger à ma faim. A ce jour, les seules choses qui m'apportent un peu de réconforts sont le petit chaton que j'ai adopté et mon groupe de musique."

Shaili dit des accusés : "je sais pertinemment qu'ils ne seront jamais désolés, qu'ils sont malades. Ces gens ne changeront pas. Quand on est dans le faux en étant persuadé d'être dans le juste, c'est irrécupérable. C'est le plus difficile à accepter."

Shaili : "pour eux [les accusés ndlr], c'est nous les fous et ils doivent bien prendre leur pied en entendant les dégâts qu'ils ont fait. Pour moi, c'est la première fois que ça me permet de parler de ce que j'ai vécu dans un cadre où je ne dénote pas."

En réponse à la demande de Shaili de pouvoir écouter l'enregistrement de l'attaque, le président précise : "l'audio est assez difficile à soutenir. La retranscription existe à la cote 9200". Mais pour Shaili, le texte "ne permet pas de retrouver les souvenirs".

Geoffroy s'est avancé à la barre et débute avec "une pensée pour l'ensemble des familles qui ont eu à vivre cette sinistre soirée". Le 13 novembre, il est au Bataclan avec un ami et "mon fils Quentin, qui avait 16 ans : je m'en veux énormément de l'avoir emmené au Bataclan". Lorsque les premiers tirs retentissent, Geoffroy attrape son fils "et je le couche au sol". "On attend que ça se passe. Puis il y a quelqu'un qui crie, un mouvement de foule et mon fils arrive à sortir de la salle, mais je ne l'apprendrai qu'une heure après".

Geoffroy : "on se rend compte au bout d'un moment qu'on est couchés sur des personnes décédées. Il va y avoir l'explosion, le Bataclan va trembler, des morceaux de chair vont nous tomber dessus. Vers 23h, des policiers vont nous faire sortir. On voit le carnage, mais on sort."

Geoffroy : "dehors, un pompier nous demande si on est blessés, je lui dis que mon épaule me gratte. Et en fait, j'ai un trou dans l'épaule, j'ai pris un éclat. On nous emmène et c'est là que j'apprends que mon fils est vivant. Il a erré dans le quartier, couvert de sang."

Geoffroy explique que je lendemain, "j'ai eu mon père au téléphone, il était en vacances à l'autre bout du monde. Et je lui ai demandé la permission de pouvoir lui balancer les horreurs que j'avais vues parce que j'avais besoin de le dire à quelqu'un. Je m'en excuse."

Geoffroy : "le lundi 16, je suis retourné à l'hôpital pour nettoyer ma plaie. On a eu la possibilité de voir un psy. Pour moi, ça s'est bien passé. Pour mon fils, beaucoup moi. Le psy qu'il a vu lui a dit qu'il n'avait pas besoin de suivi. Depuis, il ne veut plus voir de psy."

Geoffroy : "comme beaucoup, je suis en hypervigilance constante. J'ai mis longtemps à comprendre ce qu'il s'était passé. Et longtemps pour faire ressortir tout ça, c'est-à-dire pour craquer. J'ai beaucoup de changements d'humeur, ça c'est ma compagne qui le subit"

Geoffroy : "j'ai eu la chance de devenir papa pour la deuxième fois. Et ça, c'est la vie. Je voudrais remercier du coup mes fils, ma compagne, mon ami Greg pour tout leur soutien."

Geoffroy : "du procès, j'attends qu'il soit digne, j'attends de la repentance de la part des accusés, des condamnations à la hauteur des faits commis pour les accusés qui ont quand même la chance d'être jugés par une cour en France."

Grégory, qui était avec Geoffroy et son fils au Bataclan le 13 Novembre s'exprime à son tour à la barre. Il tient à remercier "la justice : vous faites un boulot de fou." "Depuis les faits, j'ai beaucoup changé. J'ai énormément de colère en moi, qui ressort plus avec le procès"

Grégory : "comme Geoffroy l'a dit, ces gens-là ont de la chance d'être jugés en France. Moi j'aimerais qu'ils souffrent. Avant, il y avait le bagne. Et puis, je voudrais savoir comment des gens qui sont fichés S arrivent à commettre ces faits-là."

Grégory : "je veux leur montrer [aux accusés ndlr] qu'on est là, qu'on est debout. J'ai aujourd'hui, une petite fille de deux ans, c'est une belle motivation."

Grégory : "au début je n'arrivais pas du tout à dormir. J'au passé un mois à boire, faire du sport pour essayer de dormir. Et puis au bout d'un mois, je suis tombé et j'ai dormi trois jours d'affilée."

Grégory : "à la base, je suis quelqu'un qui n'aime pas beaucoup les psychologues mais en ce moment, je ne vais pas très bien. Mes proches me le font remarquer. Donc je me suis dit qu'il fallait que je vois quelqu'un."

Guillaume vient témoigner à la barre. Il se présente d'emblée comme "celui que le terroriste Samy Amimour met en joue sur la scène, j'ai été sauvé in extremis par le commissaire de la Bac Nuit et son collègue. Sans eux, je ne serais probablement pas ici."

Guillaume s'avance vers la scène lorsque "je vois le troisième terroriste. Je croise son regard. Et il me fait signe avec son regard qu'il ne me tuera pas. Ou du moins pas maintenant. Il a une démarche nonchalante, il tient son arme par la crosse et fait mine de la balancer."

Guillaume : "c'était assez marquant parce qu'on s'attendait à quelque chose de plus professionnel. Il commence à s'exciter et me dit : "lève-toi sinon je te mets une balle dans la tête." Donc je me lève, je me retrouve sur la scène, les bras en l'air."

Guillaume : "sur scène, je me suis rendu compte de tout ce qui avait été fait, tout ce qui avait été commis. Le terroriste me demande d'aller relever une vieille personne qui était accroupie. Il me dit : "aide ce fils de pute à se relever et on va voir s'il est mort."

Guillaume : "cette séquence était assez confuse. Et je pense que le terroriste était en train d'improviser sur la manière dont il allait m'utiliser. Le terroriste du balcon me lance alors : "qu'est-ce que tu fais ?". Et l'autre terroriste de la scène :"c'est bon, il est avec nous"

Guillaume : "mais le terroriste du balcon ne semble pas d'accord, il me dit : "couche-toi, où je te tire une balle dans la tête". A ce moment-là, j'ai vu deux ombres, j'ai vite compris qu'il s'agissait de policiers, je ne saurais pas dire pourquoi."

Guillaume : "j'ai vite compris que leurs tirs visaient le terroriste qui me tenaient en joue. J'ai profité de cette fenêtre pour sauter et m'enfuir de la salle. En m'enfuyant, j'ai entendu l'explosion et j'ai senti le souffle de l'explosion dans les jambes."

Guillaume : "j'ai été contacté une semaine après par le commissaire [de la Bac Nuit qui a tiré sur le terroriste Amimour]. Cette rencontre a été pour moi fondamentale, ça m'a beaucoup aidé. Il a été non seulement un sauveur pendant l'attentat mais aussi pour l'après."

Guillaume : "selon moi, j'ai eu la sensation que le terroriste voulait faire durer le moment. J'ai cru comprendre dans le premier regard qu'il ne me tuerait pas. Il n'a pas dû croiser beaucoup de regards ce soir-là, j'ai pu me dire ça. Que c'était plus difficile de tuer après."

Guillaume se souvient de la façon de s'exprimer des terroristes : "beaucoup de gros mots, un langage assez familier, qui vient de la rue, qu'on peut entendre tous les jours." Il poursuit : "peut-être qu'il voulait organiser une mise en scène d'exécution".

Guillaume avait 21 ans au moment des attentats du 13 Novembre Il était alors étudiant et est aujourd'hui "en formation pour changer de profession". Il explique n'avoir "pas vraiment" fait l'objet d'un suivi psychologique.

Lucie, qui était au Bataclan avec son compagnon Guillaume entendu précédemment, témoigne à son tour à la barre. Elle évoque "cette maladie chronique" qui est désormais la sienne. Elle aussi avait 21 ans le 13 Novembre 2015

Lucie : "on entend des bruits que je ne connais pas. Mon cerveau n'a à l'époque pas l'idée de l'assimiler à des coups de feu. Je me retourner vers Guillaume, mais nous sommes envoyés par la foule dans des directions différentes. Je suis allongée, entièrement exposée aux tirs."

Lucie : "un homme près de moi décrit en chuchotant ce qui est en train de se passer : deux hommes marchent à côté de nous vers la fosse et tirent sur les gens". Chaque tir est à la fois une horreur et un soulagement. Un soulagement de ne pas être touchée."

Lucie : "je me dis que si je me lève je prends le risque d'être tuée, mais au moins j'ouvre la possibilité de sortir. Je survole ce que j'imagine être des cadavres. En passant, je vois un homme adossé au bar comme une poupée de chiffon, le ventre en sang. Cette image me reste."

Lucie trouve refuge chez une dame, dans son appartement : "nous sommes quatre. Au bout d'une heure, elle nous dit qu'elle doit aller se coucher.". Avec les autres victimes, elle trouve refuge dans un autre appartement, "chez un couple qui nous accueille à bras ouverts".

Lucie raconte "tous ces moments où j'ai dû partir le plus vite possible de là où j'étais et rentrer chez moi parce qu'une porte avec claqué". "Les moments les plus durs surviennent lorsque je m'y attends le moins. J'aimerais pouvoir me dire que dans 6 mois ou 3 ans ça ira mieux"

Le 13 Novembre 2015, Lucie était étudiante en Droit. Elle n'a pas réussi à poursuivre ces études. "J'ai pu en reprendre et je suis aujourd'hui urbaniste", explique-t-elle.

Place au témoignage d'Agathe : "en novembre 2015, j'avais 27 ans, beaucoup de projets, j'avais quitté Paris pour m'installer en Picardie." Agathe avait offert la place de concert des Eagles of Death Metal à son amie d'enfance pour son anniversaire.

Agathe raconte être arrivée tôt au concert avec son amie. "On s'est placée devant la scène, au niveau de la barrière". Lorsque survient l'attentat, elle est "compressée contre la barrière. J'ai beaucoup beaucoup de mal à respirer."

Agathe : "je ressens un énorme coup, je parviens à me dégager, c'était le jeune homme qui était assis sur moi. Il était mort, il avait pris une balle dans le thorax." Elle tente de fuir, mais "j'ai beaucoup de difficultés à avancer. A ce moment, je baisse les bras".

Comme beaucoup Agathe confie avoir eu des pensées surprenantes alors qu'elle est persuadée qu'elle va mourir : "je pense à mon appartement qui est sans dessus dessous et je me dis que ça va être compliqué pour la personne qui va devoir le vider."

Agathe : "j'entends des cris, des tirs, les cris s'arrêtent. Des supplications, des tirs, les supplications s'arrêtent. Et parfois, après les tirs, des ricanements."

Agathe parvient à fuir, trouve refuge "chez une jeune femme qui nous a ouvert sa porte. Elle ne savait pas ce qui se passait, elle ne nous a pas posé de questions. On était 10 rescapés à entrer. On s'est enfermés dans sa salle-de-bain, dans le noir. On est restés deux heures."

Agathe décrit l'intérieur du Bataclan devant lequel elle repasse après être sortie de l'appartement refuge : "l'image qui m'en reste c'est que si l'enfer existe, il ressemble à ça. Les corps, l'odeur perceptible même à plusieurs mètres à l'extérieur."

Agathe décide de rentrer retrouver sa famille, en Bourgogne. Le lendemain, elle se rend aux urgences "parce que j'avais mal partout". "J'ai expliqué au médecin que j'étais au Bataclan, il ne m'a pas crue. Il croyait que c'était mon père qui me battait."

A son tour, Agathe confie sa culpabilité d'avoir croisé un homme dans sa fuite "qui m'a demandé de l'aider et je n'ai pas pu, je ne savais pas quoi faire et je voulais surtout sauver ma peau." Elle pense aussi "chaque jour" à ce jeune homme qui a pris des balles à sa place.

Agathe : "j'ai une liste de troubles persistants, des problèmes à faire des choses banales. J'ai gardé une relation aux autres assez compliquée, je me sens beaucoup en décalage avec les gens qui n'ont pas subi ce genre de choses. Je n'ai pas réussi à reprendre une vie normale."

Constance s'est avancée à la barre : "je suis venue seule au concert, comme souvent. Je reconnais quelques têtes." Lors des premiers tirs, "je n'ai pas le temps de réagir, les lumières s'allument, je suis complètement éblouie et le public s'accroupit."

Constance : "à droite, il y a un garçon, vraiment mort et maintenu par la foule les bras en croix. Il n'a pas eu le temps de se baisser ou pire, il n'a pas eu la place". Constance profite d'un mouvement de foule, parvient à passer la barrière devant la scène, puis le rideau.

Constance se retrouve bloquée. Elle appelle ses parents, "je les ai 54 minutes au téléphone". "Je regrette de les avoir appelés car ils ont vécu ce qu'on peut qualifier de pire angoisse. Ils sont retournés travailler une semaine après. Ils n'ont pas été reconnus parties civiles."

Constance finira par être libérée par la BRI, raconte "ce sol jonché de corps, de débris de verre", se réfugie "dans un kebab". C'est là qu'elle comprend qu'il s'agit d'un attentat "sur les chaînes d'infos en continu".

Mais Constance ne veut pas croire à un attentat : "l'oncle de ma mère est mort dans l'attentat de Saint-Michel en 1995. J'ai toujours entendu ma mère dire que statistiquement, deux attentats dans une même famille, ça ne pouvait pas survenir."

A son tour, Constance raconte avoir vu un psychiatre "qui m'a bien médicamentée mais mal accompagnée, mal conseillée". Elle a essayé depuis "toutes les thérapies". "Mais ce qui fonctionne le mieux "c'est quand même le Xanax et l'alcool"

En conclusion, Constance espère "que les autres victimes ont pu être mieux accompagnées que moi. Et que la prochaine fois que ça arrivera, on pourra mieux aider les victimes".

Anne-Sophie succède à Constance à la barre. Le 13 Novembre 2015, elle est agent à la RATP et "super-contente que mon chef m'ait accordé ma soirée". Au concert avec Seb, un ami, celui-ci "un grand gars d'1,90m" a mal au dos. Plutôt que la fosse, ils choisissent le balcon.

Anne-Sophie se souvient de la fuite : "j'ai entendu crier "on ne piétine personne, si quelqu'un tombe, on le ramasse" Et, effet, dans ce groupe, personne n'a été piétiné." Elle trouve refuge dans une loge. "Mais un des tireurs essaie de défoncer la porte à coups de crosse."

Anne-Sophie : "des personnes se sont pressées derrière la porte. L'un des assaillants gueule et nous menace. Les coups finissent par s'arrêter. J'appelle ma mère qui trouve mon appel bizarre et pense que j'ai trop bu. Alors, j'acquiesce. Elle me conseille de boire de l'eau."

Anne-Sophie : "je lui ferai mes adieux quelques minutes plus tard après qu'elle m'ait envoyé un texto : "rassure-moi, tu n'es pas au Bataclan ?". Anne-Sophie reste "jusqu'au bout, coincée sous une table, entre un frère et une sœur".

A ce moment-là, Anne-Sophie "a 29 ans et très facilement renoncé à la vie. Je m'excuse pour toutes les familles endeuillées mais moi j'ai accepté de mourir." Dans la loge, ils sont très nombreux "nous suffoquons, les murs ruissellent et nous aussi".

Anne-Sophie : "à un moment, ordre nous est donné d'ouvrir la porte. On échange avec celui qui se prétend, encore une fois, être policier. Quand l'une de nous annonce qu'elle est enceinte et qu'elle veut sortir. Seb ouvre immédiatement la porte."

Anne-Sophie : "pour sortir, il nous faudra enjamber le corps du terroriste, celui-là même qui s'était fait passer pour un policier. Il n'y a plus que la mort, je patauge dans 3 centimètres de sang. Dans la fosse, les corps sont partout."

Anne-Sophie explique ses difficultés professionnelles après "avoir eu, les yeux dans les yeux, la promesse d'Elisabeth Borne, de la possibilité d'un reclassement." Aujourd'hui, elle l'attend toujours. "Je suis en plein boring-out. Je n'ai même pas à travailler, je dois pointer"

Anne-Sophie raconte les menaces de licenciement de la RATP pour ne pas avoir accepté les postes qu'on lui a proposé en remplacement "à savoir machiniste, électromécanicienne ou poseuse de caténaire sous tunnel".

A son tour, Anne-Sophie explique que ces difficultés professionnelles n'ont pas non plus été entendues par le fonds de garantie.

dont elle qualifie les relations comme "ma plus mauvaise expérience après le 13 Novembre "

Anne-Sophie conclut, raconte avoir rencontré son compagnon lors d'u apéro entre rescapés de l'association life for Paris

"et chaque jour", lance-t-elle en haussant la voix, "je m'astreins à être une bonne mécréante".

Fin des auditions de victimes prévues aujourd'hui. L'audience est donc suspendue. Elle reprendra demain à 12h30.

Jour Vingt-quatre – Mercredi 13 Octobre 2021 – Auditions des survivants du Bataclan et famille de victimes :Luciana (mère de Valéria), Alessia, Jean-Philippe, Stéphnaie, François-Dominique, Annaig, Thomas, Stéphane, Sébastien, Julien, Christophe, Stéphanie

Jour 24 au procès des attentats du 13 Novembre. Une quinzaine de survivants du Bataclan doivent encore témoigner à la barre aujourd'hui, mais aussi des proches de victimes tuées le 13 Novembre 2015.

L'audience reprend. Jour 24. procès13novembre. Comme souvent, de nouveaux interprètes déclinent leur identité devant la cour. Et jurent d'apporter leur concours à la justice selon la formule consacrée.

Arrive à la barre Luciana, qui se présente comme "la madre", une maman qui parle en italien. Avec une interprète à ses côtés. La fille de Luciana a été tuée au Bataclan le 13 Novembre. Valéria est morte à 28 ans.

Luciana raconte son 13Novembre. Elle sortait du travail ce soir-là. Un peu mélancolique. Sans savoir pourquoi. Elle allume la télé. Voit l'attaque au Bataclan. "Nous savions que Valeria devait aller à un concert".

Luciana : "Nous appelons plusieurs numéros mais pas de réponse. Dario arrive, il est retourné. A la sortie de son entraînement, des amis l'ont informé que des événements terribles à Paris". Dario est le frère de Valeria. Le fils de Luciana.

Luciana raconte qu'avec son mari, et leur fils Dario, ils sont "tous les trois assis sur le canapé, nous avons compris".

Luciana, la maman de Valeria : "Des amis arrivent et enfin la confirmation officielle. Notre vie a été changée à jamais. Il ne nous reste qu'aller à Paris aller la chercher".

Luciana raconte l'arrivée à l'IML, la douleur.

Luciana parle de sa fille Valeria : "Elle avait 28 ans, elle terminait un doctorat en démographie à la Sorbonne. Elle habitait en France depuis 2009. Elle habitait à 10 minutes du Bataclan

"Valeria était une source de bonheur, nous allons la pleurer à jamais", dit Luciana, la maman de Valeria.

Luciana évoque à la barre sans le nommer l'accusé Abdeslam, qui avait justifié les attaques du 13 Novembre en précisant qu'il n'y avait "rien de personnel" contre les 130 victimes tuées ce soir-là. Luciana voudrait éclaircir : "que représentent ces 130 morts ?"

Luciana : "Je cherche un sens, même s'il n'y a pas de réponse. Les réponses ne peuvent venir que des accusés"

Luciana : "Permettez-moi de dire quelque chose de personnel. Je suis à Paris dans cette salle car j’ai compris que ce procès et ces faits sont indissociables de ma vie, une partie qui ne peut pas être mis de côté ou oublié"

Luciana : "Je souhaite que mon témoignage ainsi que celui de toutes les autres personnes permettent à la douleur et souffrance des victimes d’entrer dans l’histoire"

Luciana : "Je trouve très admirable la place que le procès accorde aux témoins et familles. Je pense que c’est très important que tout le monde puisse donner un témoignage non seulement factuel"

Luciana : "Les mots sont très importants et écouter les mots des autres : un enseignement pour moi". Luciana dit la difficulté de vivre un tel deuil après un attentat dans un pays étranger. Puisque Luciana est italienne.

Luciana achève son témoignage en parlant de sa fille. Luciana lui apporte une fleur à chaque fois qu'elle vient à Paris, sur la plaque du souvenir devant le Bataclan "C'est le petit jardin le plus moche de Paris mais c'est pas grave"

Et Luciana, petite femme au carré brun, lunettes, quitte la barre dignement. Elle a tremblé tout le temps de son témoignage pour sa fille Valeria morte à 28 ans au Bataclan

Arrive à la barre Alessia, qui était au Bataclan avec Valeria. Quand elle ferme les yeux, Alessia entend encore les tirs du 13Novembre Alessia explique comment elle a cherché Valeria : "et je ne l'ai plus jamais retrouvée"

Alessia a la "culpabilité" de ne pas avoir répondu aux premiers appels des parents de Valeria, la "culpabilité de ne pas avoir pu faire quelque chose"

Alessia : "On a pris ma jeunesse, mon amour, on n'aura pas mon âme, on n'aura pas ma haine". Valeria avait le même âge que Alessia. Alessia essaye de vivre pour ceux qui ne peuvent plus.

Alessia dit sa "rage" à la barre. Dit à l'adresse des accusés : "Vous pouvez tuer, vous pouvez penser que tuer sert à quelque chose, mais tuer des jeunes n’est la solution à rien"

Alessia se bat pour garder sa "joie de vivre" pour "que tous ceux qui ont fait ça ne puissent jamais gagner"

Arrive à la barre Jean-Philippe, qui était au Bataclan avec Alessia. Et deux autres couples. Parmi eux, Valeria, morte à l'âge de 28 ans.

Jean-Philippe souhaite que ce procès 13 novembre ne soit "récupéré par personne". Il s'interroge 40 ans après l'abolition de la peine de mort, "d'une peine à la hauteur des faits".

Arrive Stéphanie, 42 ans : "J'étais présente au Bataclan avec mon conjoint et le père de mes deux enfants". Elle se présente comme "blessée psychiquement". 13Novembre

La première fois qu'elle a parlé à une psy, Stéphanie a ainsi résumé son 13 Novembre : "j'ai attendu la mort pendant trois heures et elle n'est pas venue"

Six ans après le 13 Novembre 2015, Stéphanie a encore en elle les images, les odeurs.

Stéphanie a entendu un bruit, et "des flashs lumineux", et "j'ai vu un homme qui tirait en rafales dans la fosse", avec "froideur", "j'ai eu l'impression de voir le terroriste sourire"

Stéphanie : "Il y a eu comme une vague, allongée au sol". Elle s'allonge comme tout le monde. "Le stress que l'on ressent est indescriptible", l'impression que son cœur allait exploser, son cerveau s'est déconnecté.

Son conjoint a atteint la scène. "Au moment où je suis arrivée sur la scène, un homme qui était allongé sur le dos nous a demandé de l'aider, on n'y arrivait pas, mon conjoint m'a dit : viens on y va, ce moment nous a hantés"

Stéphanie parle de la culpabilité depuis six ans, surtout pour son conjoint. Ils ne savent si l'homme qui leur a demandé de l'aide est mort ou toujours vivant.

Stéphanie revoit le moment où elle se lève et pense mourir à ce moment. Se prendre une balle. Un sentiment très douloureux. Le pire.

Stéphanie : "On a tous tenté de joindre la police mais les lignes étaient saturées. Finalement on a réussi on a dit, venez vite, c'est grave, ils sont en train de tuer des gens"

Stéphanie réussit à se cacher dans une loge. Il y a un frigo. Il y avait un saladier de glaçons qu'ils prennent pour se rafraîchir.

Stéphanie envoie des messages à ses parents, n'ose pas dire à sa mère "je t'aime" : "je me suis dit qu'elle le savait déjà et que ce message allait l'inquiéter" Puis Stéphanie entend des tirs. Un cri. Puis une explosion. Le premier terroriste qui explose en fait après les tirs de la BAC 75 N. Elle pense que le Bataclan a été "plastifié"

Dans la loge où elle est cachée, Stéphanie est avec le bassiste des Eagles of Death Metal. Ils prennent une bouteille de champagne comme une arme.

Dans la loge où elle est cachée, Stéphanie pense à ses deux enfants, "mon aîné avait 3 ans, ma plus jeune 5 mois", elle les avait laissés chez ses parents pour la soirée. "L’angoisse de ce qu’ils allaient devenir sans moi" l'a obsédée.

Stéphanie : "Je ne voulais pas mourir". Elle se disait qu'elle était cachée dans cette loge à cause "d'actes de psychopathes stupides. Ils n’étaient pas plus forts que nous, ils avaient juste des armes"

La première chose que Stéphanie a vu en sortant : "une tête". Celle d’un terroriste tué dans l'assaut final de la BRI. Puis elle voit près du bar, "des corps les uns sur les autres, j'ai eu l’impression de voir un charnier".

Stéphanie dit qu'elle n'a "pas honte" de dire qu'elle a été "terrorisée" ce 13 Novembre. "Ce qui est honteux, c'est attaquer des gens dans leur dos. Où est le courage là-dedans ? Ce soir-là, j’ai eu le sentiment qu’ils avaient tué mon âme".

Stéphanie a voulu retrouver au plus vite ses enfants. Depuis le 13 Novembre, son aîné est suivi par un pédopsy. Le psy lui demandait des dessins. "Il nous dessinait avec des yeux immenses". Trop plein de stupeur dans le regard des parents.

Stéphanie conclut : "Ils n’ont pas gagné. J'attends que ceux qui dans ce box sont encore dans une logique meurtrière soient mis hors d’état de nuire. Que ce procès 13 Novembre apporte un peu d’humanité".

François-Dominique : "2015 est une super année, j'ai 30 ans, j'ai demandé ma petite amie en mariage"

François-Dominique était avocat dans un cabinet d'affaires anglo-saxo. Il devait aller au concert du Bataclan avec sa fiancée. Le lendemain des fiançailles, mort du grand-père, elle ne vient pas, "ce qui m'a sauvé", dit-il. Il va seul au concert

François-Dominique était fan des Eagles of Death Metal, son groupe préféré à l'époque. Il ne l'a jamais réécouté depuis le 13 Novembre 2015 au Bataclan

François-Dominique comme presque tous, croit entendre des pétards, puis voit un membre du groupe prostré, puis entend les rafales, puis se blottit.

François-Dominique voit deux terroristes. Amimour et Mostefai. Il les nomme. Puis une silhouette. "J'entends des coups de feu par rafales, puis du silence, je me dis ils rechargent leurs armes, si je veux bouger c'est à ce moment-là que je dois le faire"

François-Dominique : "Je décide de ramper quand y a du silence". Il rampe vers la table de mixage. Se met dans un angle mort. "C'est là que j'ai commencé à paniquer".

François-Dominique panique. "Pardonnez ma vulgarité, je me dis putain de bordel de merde, on est fait comme des rats".

Puis François-Dominique pense à Pauline, sa fiancée. "Je me dis, je peux pas abandonner Pauline". Alors la panique se transforme en "instinct de survie" : "trouver tous les moyens pour fuir"

François-Dominique se souvient s'être alors dit froidement : "où sont les terroristes ? où je suis dans la salle ? comment fuir ?" C'est là qu'il voit une sortie près de la scène du Bataclan

François-Dominique réussit à sortir du Bataclan, voit un bus, entre dans le bus, "paniqué" et "je demande au chauffeur du bus d'appeler les secours, il me regarde bizarrement, me dit t'as qu'à appeler, toi !"

François-Dominique a appelé le 112. On lui dit : "on est au courant". Puis il appelle sa fiancée. Lui dit : "tout va bien, j'étais au Bataclan mais je suis dans le bus, je rentre à la maison"

Puis François-Dominique termine sa course en taxi. "La légende veut que les taxis n'aient pas fait payer", mais non. François-Dominique se souvient que la machine à CB du taxi ne marchait pas, il sort un billet... qu'il montre à la barre !

François-Dominique explique qu'il tremblait tellement ce 13 Novembre qu'il a déchiré le billet dans le taxi. Alors il l'a gardé "pour l'encadrer". Il ne l'a jamais encadré. Le gardait dans son portefeuille. Le sort devant la cour d'assises. "Le billet est tâché de sang"

A la barre, François-Dominique énonce à haute voix : "Le billet est tâché de sang. Je ne sais pas si c'est mon sang".

François-Dominique est ému à la barre. Gorge nouée, il dit : "j'ai de la chance, ma vie est encore plus belle aujourd'hui, car j'ai conscience" d'avoir survécu à un événement pareil

François-Dominique, en larmes, à la barre : "Je suis papa aujourd'hui et la naissance de mon fils est la chose la plus extraordinaire qui me soit arrivée. Je n'ose pas imaginer une seule seconde la douleur des papas et des mamans qui ont perdu un enfant"

François-Dominique leur dit toute "sa compassion". Et "par respect des personnes qui souffrent", François-Dominique vit à fond. "Me concernant, ils ont échoué dans la terreur et le malheur".

François-Dominique dit à la barre qu'il a "une pensée" pour Valentin Ribet, jeune avocat mort au Bataclan, et pour ses parents, dont @n_ribet

L'oncle de Valentin Ribet, Me Jean Reinhart, est l'un des principaux avocats à ce procès.

Et avant de quitter la barre, François-Dominique dit : "La vie est belle"

Annaig arrive à la barre. Elle était au Bataclan avec son conjoint, Laurent. C'était une soirée qu'ils attendaient depuis très longtemps, ce 13 Novembre, enfant en babysitting.

Annaig a tout de suite reconnu les tirs, a vu les flammes, a attrapé Laurent par le col. Ils se sont mis au sol. Laurent sur elle. Elle voit un terroriste, un "visage jubilatoire, c'est dur"

Annaig était "coincée" sous quelqu'un, "en plus de mon conjoint". Son conjoint "perd pied". Elle lui souffle dans l'oreille pour le réconforter. "J'ai fait la respiration de la femme enceinte".

Annaig explique que Laurent, son homme, lui fait ses adieux. Alors qu'elle se dit : "faut qu'on se barre on a un petit bout de chou"

Annaig et Laurent réussissent à sortir du Bataclan. "On a fonctionné à deux", il était le corps, elle était la tête. Elle n'avait plus de jambes, il l'a tirée. Il n'avait plus ses esprits, elle a réussi à trouver la sortie. "C'était une patinoire, du sang partout"

Annaig se souvient que dehors elle s'aperçoit que son sac est resté à l'intérieur du Bataclan, elle dit à Laurent : "on y retourne ?" "Il a failli me mettre une claque". Puis ils retrouvent une amie dans Paris. Annaig tremblait.

Annaig : "J'avais les dents qui faisaient des castagnettes. Pendant plusieurs jours. On a regardé la télé. On a pas posé le mot attentat tout de suite. On disait règlement de comptes".

Annaig raconte sa peur de rentrer chez elle retrouver sa fille de deux ans, peur de se présenter dans cet état devant son enfant.

Annaig raconte ensuite le stress post traumatique. "Je voyais des terroristes partout avec des kalachnikovs"

Annaig se tourne vers le box, à gauche : "Je vous en veux. A mort. On vous a rien fait nous. On était même pas au courant, la Syrie. Daech. Je vous en veux. Terrible". Annaig fixe les accusés. Le président : "adressez-vous à la cour, madame"

Annaig fond en larmes. "Pardon, j'ai dérapé. Mais je suis en colère". Elle pleure à la barre. "J'ai honte de pleurer, je voulais rester droit dans mes bottes". Annaig, en larmes, évoque son enfant, sa fille qui souffre de stress permanent aujourd'hui.

Annaig dit que sa fille, qui a aujourd'hui 8 ans, a été "déscolarisée". Mais Annaig va continuer à se battre. "Quoiqu'il arrive, j'irai jusqu'au bout. Ils ne m'auront jamais"

Audience suspendue.

L'audience reprend. Thomas arrive à la barre. Crâne rasé, barbe, tatouages, gorge serrée. Dit d'abord sa pensée pour les victimes.

Eagles of Death Metal : son groupe préféré. Ce 13 Novembre au Bataclan, son premier concert à Paris. Il vient d'Alsace.

Il a vu deux terroristes "tirer sur la foule avec leur AK-47, j'ai tout de suite compris ce qu'il se passait, les gens en train de mourir sous mes yeux, en voyant le carnage, mon cerveau s'est éteint". Thomas ne s'est pas couché.

Thomas : "J'ai dû marcher sur des corps. Je ne sais pas s'ils étaient vivants ou morts. C'est la pire chose que j'aie faite dans ma vie".

Thomas : "Ce soir-là, le 13 Novembre, cinq minutes ont conditionné le reste de ma vie. J'ai pas été blessé physiquement, j'en suis bien heureux". Mais les cauchemars, hyper vigilance, "je suis constamment sur le qui-vive".

Thomas : "Je me sens idiot d'aller mal à cause de cinq minutes. Je m'en veux d'être en vie quasiment chaque jour. Mais je me dis que je suis là chanceux d'être devant vous". Il dit des accusés qu'il a pour eux "pitié et tristesse".

Thomas dit qu'il se tient à la barre "dans la paix". Thomas dit qu'il est "fier d'être mécréant : ils devraient essayer".

Thomas précise qu'il est retourné à des concerts. Continue à écouter Eagles of Death Metal. Sauf Kiss the Devil, la chanson sur laquelle trois terroristes ont attaqué le Bataclan le 13 Novembre Le bruit de la batterie évoque pour Thomas désormais le bruit des tirs de kalachnikov

Arrive à la barre Stéphane, crâne presque rasé, barbe poivre et sel et qui parle à toute allure : "Je suis graphiste, je suis très stressé d'être là, donc je vais faire court".

Stéphane est resté caché sous la table de mixage jusqu'à l'arrivée de la BRI. Il a eu tellement peur au Bataclan qu'il ne sentait même pas la blessure par balle qu'il a pourtant reçue.

Stéphane a quitté Paris avec sa femme et ses enfants après le 13 Novembre. Il n'a pas envie de parler de lui. Il ne comprend pas le fanatisme dans notre pays.

Arrive à la barre Sébastien. Pas lent. Gorge serrée. "Pendant ces 6 ans, ma vie a été un puzzle. Reconstruire les pièces aux couleurs sombres. Délavées. Des pièces qui n'ont plus les mêmes formes".

Sébastien se sentait "illégitime" à témoigner. "J'ai enfoui cette histoire". "Mais elle ressurgit".

Sébastien : "Je suis vivant, mais je me sens comme un mort-vivant. Je voudrais dire toute mon affection aux victimes mortes".

Sébastien parle d'une voix sourde. Il lit un texte mais les mots ont du mal à sortir.

Sébastien : "Venir à la barre pour moi c'est aussi un acte de résistance, tenter de reprendre le cours de ma vie, y en a marre d'être victime, je veux me reconstruire, aller de l'avant"

Sébastien : "Je voudrais adresser un message aux terroristes, je voudrais leur dire : quelle honte, quel mépris pour la nature humaine ! Ils vont trouver en face d'eux des gens qui vont résister, ne vont pas se laisser faire"

Sébastien : "Il me semble primordial que justice soit faite".

Sébastien : "J'ai des origines cambodgiennes. Il a fallu attendre plus de 40 ans pour que le génocide des Khmers Rouges soit reconnu par la justice" Il ne veut pas attendre pour le procès

Sébastien voudrait retrouver la personne qui lui a sauvé la vie ce 13 Novembre au Bataclan. Il y était allé avec des amis.

Et Sébastien raconte son 13 Novembre. Aux premiers tirs, il croit à des "cas-soc'", puis un homme costaud plonge dans sa direction, d'autres personnes tombent, "je suis sous trois personnes"

Sébastien : "Je comprends qu'il s'agit de mitraillettes. Tirs incessants. A chaque moment, je me dis qu'on va y passer. A un moment donné, le silence avec des gémissements, cris de douleur dans tout ce fracas."

Sébastien : "Je vois des corps dont je ne sais pas s'ils sont morts. Je vois des chairs. Des os. Ça sent le sang, le soufre et la terreur. J'ai l'impression de voir en noir et blanc"

Sébastien : "Les tirs reprennent. Je me mets en position de fœtus".

Sébastien : "J'étais hypnotisé. Je me remets en position allongée. Je fais le mort".

Sébastien : "Je distingue un visage dans la pénombre éclairé par le feu de la mitraillette, comme un stroboscope. Je crois distinguer le visage de Salah Abdeslam"

Sébastien, après l'enquête, comprend que ce n'était pas Salah Abdeslam.

Sébastien revoit sa vie défiler au Bataclan, se revoit "petit enfant", "dans une peur indescriptible"

Sébastien voit un terroriste marcher au milieu des corps au Bataclan, se sent "près à lui arracher sa mitraillette", ne le fait pas.

Sébastien voit des gens partir, se dit que lui aussi devrait partir, enjambe des corps, voit un peu plus loin une de ses amies, tétanisée. Il tente de la relever. Cris de douleurs. Impossible. Virginie est blessée au pied. Il fuit. "Comme un lâche"

Sébastien : "Je n'arrive pas à gérer ce moment de lâcheté, elle m'en veut pas"

Sébastien rentre chez lui. Voit ses parents. Le 15, "je reste cloîtré". Le 16 novembre, "je vois une croûte de sang", il pense à un "bouton"

Le 17 novembre, il sent des fourmillements dans la jambe, mais n'y prête pas attention, veut surtout voir ses amis. Le lendemain, je porte plainte, et pendant ma déposition, j'entends la radio du commissariat, il a envie de sa cacher sous la table

Sébastien : "Je sors du commissariat, je commence à boiter de la jambe, mais je veux voir mon ami Vincent à la Salpêtrière"

Sébastien finit par accepter qu'un médecin regarde sa jambe, il faut l'opérer, il y a un fragment de balle dans sa jambe.

Puis Sébastien raconte l'après 13 Novembre, le stress post traumatique, en plein confinement, les pas des enfants de ses voisins, le "pop-pop-pop", le petit bruit des petits pas d'enfants qui courent, et lui rappellent les kalachnikov du Bataclan. Sébastien se sent prisonnier.

Chaque nuit, Sébastien rêve de mort. "Je vis avec la mort. Avant d'aller dormir, je me dis je vais la voir, je vais fabriquer des armes dans mes rêves et je vais lutter".

Sébastien : "Vous les terroristes, vous êtes des assassins, des voleurs. Vous m’avez volé une partie de ma vie, de mon insouciance".

Sébastien : "Ce procès, j’espère que ça va m’apporter un soulagement. J’ai la rage de vivre".

Julien arrive à la barre, pull noir sur chemise blanche. Il précise d'emblée qu'il estime qu'il a "de la chance" de n'avoir perdu personne, ne veut "pas se plaindre"

Ce soir-là, Julien est avec un ami. Il laisse ses affaires au vestiaire du Bataclan. Coupe son téléphone après un dernier sms à son amoureuse : "Je t'aime". Puis il prend "un bon paquet de sucres, je suis diabétique"

Puis Julien entend les tirs. Croise le regard d'un terroriste. Haineux. "Le terroriste se met à tirer, je crois crier pendant les tirs face à cette peur, ce bruit de mort"

Julien : "Je m'étonne d'être encore en vie, je comprends que c'est la personne à côté de moi qui a été touchée". Puis le silence. Julien pense à son amoureuse qui venait d'accepter qu'ils vivent ensemble. Julien trouve la sortie de secours.

Julien fait face à une jeune femme blonde "couverte de sang, de chair, elle me répond que c'est celui de sa sœur". Julien est essoufflé à la barre, au bord des larmes.

Julien est aidé dans la rue par un autre rescapé, Tim. Ils atterrissent dans un appartement de riverains. Scène surréaliste : "on se retrouve à un apéro de gens qui regardaient devant la télé ce que nous venions de vivre".

Julien a changé de ville, de vie, ne supporte plus le bruit, a culpabilisé d'être en vie. Se sent certains jours "terrassé par le poids de la solitude", même s'il est "reconnaissant d'être là".

Julien pense que ceux qui n'ont pas vécu le Bataclan ne peuvent pas comprendre, il ne leur en veut pas.

Julien s'adresse aux accusés en les appelant "messieurs", leur dit qu'il ne leur en veut pas, qu'il n'attend rien de ce procès

Christophe arrive à la barre, chemisette noire, tatouage sur le bras. "Je suis très intéressé depuis le début par l'enquête et entendre les parties civiles. En ce qui concerne les accusés, j'ai de l'indifférence, pas de haine, du mépris, et rien d'autre"

Christophe : "Ma formation fait que j'ai étudié l'islam médiéval. J'ai pas l'impression d'avoir à faire à des gens qui tirent sur des gens désarmés dans le dos".

Christophe arrive à la barre, chemisette noire, tatouage sur le bras. "Je suis très intéressé depuis le début par l'enquête et entendre les parties civiles. En ce qui concerne les accusés, j'ai de l'indifférence, pas de haine, du mépris, et rien d'autre"

Christophe : "Ma formation fait que j'ai étudié l'islam médiéval. J'ai pas l'impression d'avoir à faire à des gens qui tirent sur des gens désarmés dans le dos".

Christophe était au concert avec deux amis, a vu les flammes sortir d'un fusil d'assaut, "je me suis mis en mode automatique, j'ai vu les gens tomber comme des dominos"

Christophe réussit à se cacher dans une pièce. Longue période à écouter les tirs, le silence, entre peur et résignation. Puis la police est arrivée.

Christophe est sorti vivant, mais pas son ami Vincent, tué au Bataclan le 13 Novembre 2015

Arrive Stéphanie, 48 ans, tee-shirt "COMBICHRIST", nom d'un groupe de métal. "Je suis une rescapée de la chance et du hasard" dit-elle pour se présenter.

Stéphanie, cheveux longs, tatouage sur le bras gauche, habituée aux concerts de rock. Ce 13 Novembre, elle prend des photos, et "à 21h47, je range mon téléphone dans ma poche, et j'entends des pétards, je vois les gens tomber, je m'accroupis aussi"

Stéphanie : "Et là, le petit reptile qui gère mon animal" coupe le son et les odeurs. Stéphanie ne voit plus qu'un terroriste qui "avance machinalement, je vois les éclairs au coup par coup, mais j'ai pas les sons".

Stéphanie : "J'ai l'impression d'être désincarnée, je crois pas à ce que je vois, j'ai l'impression de voir un film"

Stéphanie : "Et à un moment donné, je ressens une douleur dans la bouche, je comprends pas ce que c'est, je vois la chevelure blonde de la femme devant moi, et après le reptile a tout débranché, je ressens aucune douleur et je reprends conscience à la sortie de secours"

Stéphanie court passage St Pierre Amelot après être sortie du Bataclan

Elle est asthmatique, fait une crise, réfugiée dans un café où elle a commandé du whisky. Arrive chez des amis, se regarde dans la glace : "j'ai du mal à me reconnaître, j'ai du sang sur le visage qui n'est pas le mien"

Puis Stéphanie raconte le stress post traumatique, les pleurs sous la douche pour pas les montrer à sa mère, et son effondrement psychologique, "j'avais la mémoire d'une moule", elle ne peut plus exercer son travail.

Stéphanie dit que ce qui l'a sauvé, l'amour de ses proches, ses amis, et sa "famille de @lifeforparis

"mes warriors". Elle s'y est engagée pleinement en 2016. Pour aider et "essayer de guérir".

Et Stéphanie conclut sur "les paroles d'un très grand parolier, Jesse Hughes", le chanteur du groupe Eagles of Death Metal : "I Love You all the time".

Fin de 24e jour d'audience au procès des attentats du 13 Novembre.

Jour Vingt-cinq - Jeudi 14 Octobre 2021 – Auditions des survivants du Bataclan et famille de victimes : sœur de Véronique Geoffroy, Véronique (mère de Claire MT) , Caroline, Jocelyne, Famille de Nicolas Classeau, Guillaume, Emmanuel, Matthieu, Ihsane, Armance & Guillaume, Geoffroy, Muriel, Clarisse, Marie, Yann, Theresa

Bonjour à tous, 25e jour d'audience au procès des attentats du 13 Novembre 2015.

Au programme aujourd'hui : la suite des témoignages des victimes du Bataclan. Avec notamment @EDomenach ou encore la famille de Nicolas Classeau, décédé ce soir-là.

L'audience reprend. Avec, tout d'abord, comme quasiment tous les jours, de nouvelles constitutions de parties civiles à l'audience. Une femme, véritablement très éprouvée, s'est avancée à la barre pour se constituer partie civile. Sa sœur est décédée à La Belle Equipe.

La sœur de Véronique Geoffroy demande à s'exprimer "deux minutes" à la barre : "ma sœur aurait eu 60 ans le 5 octobre. Perdre sa grande sœur, c'est perdre celle qui vous a appris à vous maquiller ..."

La sœur de Véronique Geoffroy évoque en larmes les témoignages des autres victimes de La Belle Equipe dont ceux de la fille et du compagnon de Véronique Geoffroy. "Ce deuil ne peut rester une histoire personnelle parce que toute la société a été touchée".

La sœur de Véronique Geoffroy conclut : "l'écoute dont ont bénéficié toutes les victimes, cette écoute que vous m'accordez aujourd'hui même me fait du bien".

Véronique s'avance à la barre. Elle est la mère de Claire Maitrot-Trappest, assassinée au Bataclan à l'âge de 23 ans. Une immense photo de Claire apparaît sur le grand écran de la salle d'assises. "Claire est mon enfant unique, je l'ai élevée seule depuis ses 6 ans".

Véronique est en larmes, elle évoque l'amour de sa musique de sa fille. "Il m'est arrivé, à la grande honte de Claire, d'aller l'extirper d'une salle de concert à une heure trop tardive." En 2015, "elle va s'installer avec son petit ami, le dossier de location est sur son bureau"

D'autres photos de Claire sont diffusées sur le grand écran. Véronique : "J'éprouve l'impérieuse nécessité de prononcer son nom dans cette enceinte. Ce 13 Novembre les derniers mots lancés à mon intention par ma fille sont : "ne nous attends pas ce soir, nous sortons".

Le 13 Novembre Véronique est couchée. Elle prévenue du drame par les parents du petit ami de Claire. Un message sur son répondeur : "Il s'est passé quelque chose au Bataclan. Claire a été touchée."

Véronique apprend que Cyril, le petit ami de Claire "l'a transportée inconsciente jusqu'à la porte d'entrée. Il l'a portée avec deux autres personnes, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus aller plus loin." Mais elle n'apprendra la mort de Claire que le mardi 17 novembre au soir.

Véronique s'effondre quand évoque ses regrets lors de la reconnaissance du corps à l'institut médico-légal "de n'avoir pas eu la force ou le courage de me ressaisir dans les cinq minutes imparties et de m'approcher de ma fille comme j'aurais dû le faire."

Aujourd'hui, explique Véronique, elle ne sait pas "si Claire est décédée rapidement." "Je vais continuer, chaque jour, à penser aux derniers instants de ma fille, à être dans la quête permanente d'éléments de compréhension."

Véronique : "ce qui a dévoré mon coeur c'est qu'il m'a fallu admettre, en 2020, que je n'aurais jamais les réponses, c'est d'avoir l'immense espoir de retrouver les données de son bracelet connecté pour connaître l'heure à laquelle son coeur s'est arrêté".

Véronique : "ce que je n'attendais pas c'est d'entendre le directeur de l'institut médico-légal lire un rapport concluant à l'agonie rapide de ma fille. Et quand en sortant de la salle, je lui demande une copie de ce rapport, il me répond que c'est une projection intellectuelle."

Véronique : "la voix de Claire vit en moi chaque jour. Son mémoire en philosophie a été publié aux presses universitaires de France à titre posthume. Ils n'ont pas tué cette liberté, ils n'ont pas tué notre vivre ensemble."

Caroline, compagne de Nicolas Classeau, décédé à l'âge de 43 ans, s'est avancée à la barre. Elle avait beaucoup de travail pour sa thèse à cette époque-là, à tel point que son compagnon Nicolas lui avait proposé d'annuler leur sortie au concert.

Caroline : "la partie la plus proche de la scène était noire de monde et inaccessible, on a donc décidé de s'installer non loin des escaliers." Puis ce sont les premiers tirs. "J'aperçois des éclairs comme des flashes lumineux. Je distingue une silhouette avec une kalachnikov".

Caroline : "j'aperçois Nicolas qui blêmit et suffoque. Il est encore debout mes ses jambes commencent à fléchir. Alors que les rafales continuent, je crie, je lui donne des claques. A ce moment-là, je n'ai toujours pas compris qu'il s'agit d'un attentat."

Caroline est emportée au sol avec Nicolas : "les rafales continuent. Je suis très très exposée. Je me colle contre le corps d'un inconnu, je me souviens de son blouson de cuir contre mon visage. J'ai perdu tout contact visuel avec Nicolas."

Caroline : "dans un moment d'accalmie, j'entends Nicolas gémir. Je lui parle. Je lui dis de s'accrocher, qu'on va s'en sortir." A ces mots, un jeune homme s'effondre en sanglots dans la salle. Il sort accompagné.

Caroline : "j'arrive à me retourner à me mettre sur le dos pour voir où sont placés les terroristes. J'essaie de me cacher le visage avec mes cheveux pour ne pas qu'ils voient que je suis en vie. J'arrive à en observer deux au balcon : ils visent, ils tirent."

Caroline : "leur visage est calme, satisfait. C'est le spectacle de la banalité du mal. Je n'oublierai jamais leur posture, le bras le long du corps. Ces hommes ressemblent à des chasseurs et nous sommes leur gibier. Je me dis qu'il faut que j'arrive à fuir."

Caroline profite d'un moment de dialogue entre les deux terroristes pour fuir. Dehors, "mon bras me fait mal, je découvre que j'ai un trou dans le bras."

Mais Caroline "ressent un profond sentiment de culpabilité", veut retourner au Bataclan. Un homme, blessé lui aussi l'en empêcher : "maintenant c'est chacun pour sa peu. N'y retourne pas, tu vas te faire buter".

Caroline : "je ne savais pas encore que la prochaine fois que je verrai Nicolas ce serait derrière une vitre de l'institut médico-légal." Aujourd'hui, elle ressent encore "la culpabilité de n'avoir rien pu faire pour l'accompagner dans ses derniers instants."

Caroline : "pendant un an, je n'ai pas pu retravailler, j'ai dû être hospitalisée de nombreuses fois en service de psychiatrie, j'ai dû prendre des antidépresseurs pendant près de 5 ans. J'ai connu les cauchemars, les réminiscences ..."

Caroline : "un attentat c'est une onde de choc dont les vagues viennent régulièrement vous heurter alors que l'événement s'est éloigné dans le temps. Si je n'avais pas eu le soutien de ma famille à chacune de ces vagues, je ne serais pas là."

Caroline : "de la haine, j'en ai eu à revendre. La colère et la haine ont été ma boussole. Elles ont été des étapes nécessaires dans ma reconstruction. Aujourd'hui, je suis apaisée et c'est parce que je vais mieux que j'ai pu laisser ma colère et ma haine derrière moi."

Caroline : "chaque jour où je ne sombre pas, je peux alors affirmer : "je suis la mécréante, celle qu'ils n'ont pas réussi à abattre. Je suis là pour ceux qui ne peuvent plus marcher. Je porte leurs verbes haut et fort."

Caroline tient à remercier "cette jeune femme dont je connais pas le nom, blessée au thorax et qui souffrait en silence mais qui a quand même trouvé la force de me serrer la main lorsque je me suis effondrée en sanglots en évoquant Nicolas."

Caroline évoque encore les deux sœurs qui l'ont accueillie dans leur appartement le soir du 13 Novembre 2015, Irmine autre victime qui a déjà témoigné à la barre qui l'a aidée à la sortie. Mais aussi les pompiers et leurs mots : "ne vous inquiétez pas, on s'occupe de vous."

Caroline explique avoir été très longtemps suivie et sous antidépresseur : "actuellement, j'ai changé de travail, je suis professeur des écoles. Et ça va mieux, j'arrive à profiter un peu plus de la vie."

Jocelyne, la mère de Nicolas Classeau témoignage à son tour. "Je n'ai pas d'autres enfants. Il avait 43 ans et trois enfants", explique-t-elle en préambule. A la barre, elle est entourée de deux des fils de Nicolas Classeau. Les trois frères avaient à l'époque 6, 11 et 15 ans.

Jocelyne : "je me suis dit "si je n'ai pas de nouvelles de la police, c'est qu'il doit être vivant, sinon ils m'auraient appelée." Je pensais un peu trop aux films policiers". Alors commence la longue tournée des hôpitaux, décrite par tant de familles de victimes.

Jocelyne : "j'ai appris le décès de Nicolas dans le tramway, entre la porte de Charenton et la porte de Vincennes. J'aurais voulu crier, me rouler par terre. Mais j'étais dans un tramway, il y avait plein de monde." Jocelyne vacille. Ses deux petits-fils lui caressent le dos.

Jocelyne : "la semaine suivante, l'institut médico-légal a permis aux familles de voir le corps de Nicolas. J’ai pas pu y aller, j'étais tellement dans le déni. Et même à son enterrement, j'ai pas pu voir son corps. Il était tellement vivant, Nicolas."

Jocelyne évoque "la bulle familiale de la grande famille recomposée de Nicolas" qui a eu ses trois fils de deux mères différentes et vivait désormais avec Caroline qui a témoigné précédemment.

"J'ai le regret de ne pas lui avoir dit suffisamment que je l'aimais", confie sa maman Jocelyne. "On n'avait pas pris l'habitude de dire ces mots-là. Je lui montrais différemment."

Jocelyne :"il me manque beaucoup quand je vais à la campagne. Il venait là avec ses trois enfants. La chambre se transformait en dortoir, en batailles d'oreillers. Il amenait aussi des jeux vidéo. J'ai du mal à être dans cette maison sans lui désormais."

Jocelyne : "je suis aussi une grand-mère et je ressens une peine immense de voir souffrir mes petits-enfants." Elle s'effondre en larmes, réconfortée par les deux petits-fils qui l'entourent.

La maman de Marius et Nino, les deux fils aînés de Nicolas Classeau s'est à son tour avancée pour témoignage à la barre. Elle était avec ses fils le soir du 13 Novembre "J'avais eu Nicolas en fin de matinée le même jour, on avait parlé de nos enfants."

Delphine, l'ex-femme de Nicolas, raconte la recherche du corps de Nicolas. "Je suis partie de chez moi dans la précipitation, sans rien dire à Marius et Nino".

Sur le chemin du retour, Delphine qui ne sait pas encore que Nicolas est décédé, "cherche [s]es mots dans la voiture. Je répète, comme une pièce de théâtre". C'est plus tard qu'elle reçoit un coup de téléphone : "il y est passé, Delphine".

Delphine : "puis, ça a été le début d'un long parcours dans la psychiatrie. Nino et Marius ont été pris en charge et nous aussi." Elle évoque "le choc pour eux de découvrir leur père dans son cercueil, si loin de l'image qu’ils avaient de lui."

Delphine : "Nino et Marius sont pupilles de la nation. C'est difficile pour moi ce statut, mais je vais finir par m'y faire, c'est une bonne chose. Depuis 2015, j'accompagne mes fils dans un fragile et difficile parcours de reconstruction."

Delphine : "rien de pire pour une mère de voir ses fils ne plus avoir envie de se lever. Tous les deux ont des troubles de la concentration. En 2018, Marius me dit qu'il ne va plus y arriver, il préfère mourir. Il va être hospitalisé en psychiatrie. Il était maigre, prostré".

Delphine : "depuis le début quand un des frères tombe, s'effondre, l'autre s'accroche à la branche. Nino craquera à son tour, il arrêtera tout du jour au lendemain. Ils sont tous les deux un peu décalés par rapport aux autres jeunes de leurs âge, mais ce sont des êtres forts".

Delphine explique avoir changé de travail, déménagé, raconte avoir, elle aussi, craqué : "mon corps a lâché, je ne m'y attendais pas. Je suis encore en arrêt maladie.". "Je rêvais mieux pour mes fils, moi-même et tout mon entourage. Mais nous arrivons à passer de bons moments".

Delphine évoque "toutes les belles personnes silencieuses, mais là auprès de nous, depuis ce soir-là où nous avons perdu le sens de la vie, où la vie s'est arrêtée net." Elle espère du procès qu'il "apporte plus de lumière et un nouveau souffle dans nos vies."

Nino, fils aîné de Nicolas Classeau, prend la parole. Il a aujourd'hui 21 ans. "Le 13 Novembre je dînais avec ma mère, mon beau-père, mon frère, des cousins, pour fêter mon anniversaire".

Nino apprend par texto l'attentat du Bataclan, il lui semble avoir vu des places de concert chez son père, il se souvient du texto qu'il lui envoie alors "coucou papa, tu vois ce qu'il se passe ?". "Il ne m'a pas répondu, mais je n'étais pas encore inquiet".

Nino apprend le lendemain la mort de son père : "je suis sorti dans la rue et j'ai crié "ils l'ont tué !". Je me souviens avoir voulu rejoindre l'armée pour me venger tout seul." Nino retourne au lycée "mais dès que je ferme les yeux, je voir mon père se faire tuer."

Nino a "tenu 5 ans", explique-t-il à la barre. Il s'est accroché au lycée, a continué ses études. "Mais en janvier dernier, tout a lâché."

Marius, fils cadet de Nicolas Classeau succède à son frère à la barre. "J'ai 17 ans, je suis en terminale. Je vous avoue que j'aurais préféré travailler ma dissertation de philosophie le week-end dernier que mon témoignage. J'aurais préféré ne jamais avoir à l'écrire."

Lorsque Marius apprend la mort de son père, "il me reste la haine, la colère, la tristesse. Et l'espoir est parti. Le 13 Novembre j'étais un enfant, le 14 novembre j'en suis un autre. Un enfant qui a perdu son père sauvagement assassiné par deux balles de kalachnikov".

Marius : "j'aurais aimé avoir les mêmes problèmes que mes copains". "Un jour, j'ai pensé à la mort comme solution pour rejoindre mon père, pour le revoir." Il est hospitalisé deux mois en psychiatrie. Depuis trois ans, "je suis toujours sous antidépresseurs".

Marius : "j'ai toujours les images en tête du Bataclan, que j'ai vues le lendemain sur une chaîne de télévision. Ces images tournent en boucle dans ma tête, elles me hantent."

Marius explique être venu à l'audience la semaine dernière :"j'ai entendu les témoignages de trois femmes rescapées du Bataclan, c'était horrible. Et à la suspension d'audience, j'ai pu constater que des accusés rigolaient entre eux. Monsieur le président, est-ce normal ?"

L'accusé Farid Kharkhach se lève à l'issue des témoignages des fils de Nicolas Classeau : "monsieur le président, je voudrais dire un mot, m'adresser à toutes les victimes."

Farid Kharkhach : "tous les témoignages me font saigner le cœur. Mais voir des enfants aujourd'hui ... J'ai un peu l'âge de leur père, donc ça me touche beaucoup. Je voudrais vraiment dire que je suis contre cette idéologie. Je suis musulman, mais l'islam ce n'est pas ça."

Le père de Nicolas Classeau témoigne à son tour, se souvient d'un séjour dans son fils "à la frontière du Surinam et du Brésil : je le pensais en danger, j'ai eu beaucoup d'émotions. Je ne pensais pas qu'il le serait dans une salle de spectacle à Paris".

Daniel évoque les retrouvailles en famille, quand "Nicolas venait à la maison avec ses enfants. L'esprit potage prenait très vite le dessus. Et ses fils lui disaient : "mais enfin papa, quand est-ce que tu seras enfin adulte ?"

En apprenant la mort de son fils, Daniel "pense à Kundera parce que désormais pour moi la vie est ailleurs". Il raconte aussi les séquelles de la mort de son fils sur ses autres enfants. Une des sœurs de Nicolas "est toujours en dépression", par exemple.

Daniel : "je vais lire sur la tombe de Nicolas. Et s'y trouve un pot blanc en céramique, sur lequel Marius, mon petit-fils, avait écrit : "pourquoi tant de haine ?". "Je souhaite de tout cœur que les idées de Daech n'aient pas pénétré trop profondément notre société".

Corinne, mère du plus jeune fils de Nicolas Classeau : "Lazare avait 6 ans lorsque son père a perdu la vie au Bataclan. Le soir du 13 Novembre j'étais seule à la maison avec lui. Je suis journaliste au service télé de l'AFP et je voulais savoir s'il pouvait garder Lazare."

Sans réponse de Nicolas, Corinne "finit pas [s]e coucher, mais j'ai un très très mauvais pressentiment." Le lendemain, elle apprend que Nicolas était au Bataclan et qu'il n'y a pas de nouvelle. "Lazare s'était réveillé, je lui dis rien, je le laisse regarder des dessins animés".

Corinne : "j'ai déjà conscience que dans le meilleur des cas, Nicolas est gravement blessé. Je me dis déjà que je ne veux pas que mon fils soit orphelin à 6 ans. Lazare, lui, est un peu excité parce qu'il a un anniversaire. Je décide de le laisser y aller."

Corinne est à table avec son fils quand la maman de Nicolas lui laisse un message sur répondeur : "c'est comme cela que je l'apprends, par message". Elle retourne manger avec son fils : "je décide de lui accorder encore quelques instants de répit et je l'emmène à l'anniversaire"

Corinne : "au retour de l'anniversaire, je décide de tout lui annoncer, en employant des mots précis pour qu'il n'y ait pas de doute. J'emploie même le mot attentat, puis je me rends compte que ce mot-là n'a pas de sens. Lazare fond en larmes et conclut : "je n'ai plus de papa".

Corinne : "évidemment, je n'ai pas emmené Lazare à l'institut médico-légal. Je l'ai fait pour lui, pour pouvoir lui raconter si un jour il le veut. Il a préparé un portrait de son papa qu'on a glissé dans son cercueil. Lui, il reprend vite sa vie de petit garçon."

Corinne : "Il déborde de vie. Mais il ne peut plus dormir tout seul. Il s'accroche à moi comme à une sangsue. Il parle aussi de son papa au présent. A l'école, pendant longtemps, sur la fiche de renseignement, il va écrire le prénom de son papa."

Corinne raconte la tombe de Nicolas : "on la décore avec des petits objets, des choses jolies. Mais chaque fois, elles disparaissent, volées par on ne sait pas qui. C'est assez violent de découvrir ça à chaque fois."

Corinne : "Aujourd'hui, Lazare est un garçon de 12 ans. Ce n'est plus vraiment un enfant. Il a des problèmes de concentration. Parfois, je vois son petit visage qui se ferme, il s'isole dans sa chambre. Et moi je me sens démunie face à cette souffrance."

Corinne : "depuis le 13 Novembre Lazare n'a plus jamais habité avec ses frères parce que c'était chez leur père qu'ils se retrouvaient. Alors, on a beaucoup bataillé avec leur mère, et aujourd'hui on habite à 300 mètres les unes des autres. On voit beaucoup Caroline, aussi."

Corinne : "Nicolas était un papa très très aimant, un peu fantasque. Les moments que mon fils passait chez son père étaient très joyeux. Nicolas avait une grande culture musicale, mais aussi une prédilection pour les tubes un peu pourris dont Lazare a hérité."

Corinne : "je voulais témoigner pour mon fils qui était si jeune. On lui a volé son père de manière si injuste. Et ce procès sert aussi à rappeler ces enfants orphelins qui doivent grandir sans un repère."

Fin du témoignage de Corinne et de l'ensemble de la famille de Nicolas Classeau. L'audience est suspendue une petite demi-heure avant la suite des témoignages des victimes du Bataclan prévues aujourd'hui.

L'audience reprend avec le témoignage de Guillaume : "cela va bientôt faire 6 ans. Je pensais qu'après six ans, la peine, la tristesse s'estompent mais c'est le contraire qui se passe. On comprend qu'on vivra tout le temps avec ce boulet."

Guillaume : "moi, mon boulet c'est la culpabilité : la culpabilité de m'être enfui, d'avoir piétiné des corps, m'être enfui sans avoir pris soin de ceux avec qui j'étais, à commencer par la mère de mes enfants …"

Guillaume : "la culpabilité de ne pas être mort à la place de mon pote Fabrice que j'ai vu mourir sous mes yeux, de ne pas avoir pu le dire à notre pote commun Pascal et cette nuit où on a cherché de ses nouvelles et où moi j'étais comme un lâche à pas savoir le dire".

Guillaume : "je voudrais témoigner aussi de la pénibilité de cette étiquette comme me colle de victime. Dans le regard des autres, être victime c'est terrible pour moi. C'est comme si on n'avait jamais été quelqu'un d'autre : un mari, un père, un ami, un pote".

Guillaume : "moi je veux bien être victime du FONDS DE GARANTIE qui ne remplit pas ses fonctions, victime de mon employeur qui a eu l'imbécilité d'organiser un exercice de prévention où il a fait parader un faux terroriste avec une kalachnikov dans les couloirs du bureau ..."

Guillaume : "mais je ne veux pas être une victime dans les yeux de mes proches, c'est trop lourd pour moi. Donc ce que j'attends de ce procès c'est la possibilité d'amoindrir cette qualité." Président : "monsieur, vous êtes partie civile, victime et vous n'êtes coupable de rien"

Emmanuel (@EDomenach) s'avance à son tour à la barre : "j'ai 34 ans, je suis responsable juridique dans un établissement public, je suis marié et père d'une petite fille de deux ans".

Emmanuel : "j'aime beaucoup le Bataclan. Dans la salle, je suis dans les 5 ou 6 premiers rangs. Là où ça bouge beaucoup, où ça "pogote". Il a fait projeter sur le grand écran, une photo du concert. On y voit, de haut, le groupe et le premier tiers de la fosse environ.

Emmanuel : "je me couche sur des gens, c'est pas une sensation agréable de se coucher sur des gens, je cache ma tête entre les jambe de la personne devant moi, et met mon bras sur mon torse. Il y a beaucoup de sang. Je me plonge dans ce sang pour faire le mort".

Emmanuel : "quelqu'un à crier : "ils sont en train de monter, ils vont nous tirer comme des lapins". Et là, je me mets à courir, je marche sur des gens, je lâche la main d'une personne qui me tenait la main pour essayer de la tirer. Et là je suis passage Saint-Pierre Amelot."

Emmanuel : "je cours, je ne fais même pas trois mètres. Et je me rétame et je perds mes lunettes. Et moi, sans mes lunettes, je ne suis rien. Je suis complètement aveugle. Je cherche mes lunettes et je tombe sur un cadavre."

Emmanuel : "je ne comprends pas que c'est un cadavre. Je lui dis : "pardon, j'espère que je ne vous ai pas fait mal". Puis je comprends que cette personne est morte et que je suis en danger. Et j'entends une voix qui dit : "qu'est-ce que tu fais ? Tu vas de te faire tirer dessus".

Emmanuel : "je suis cette voix et c'est Didi [l'un des vigiles ndlr]. Je me réfugie dans un immeuble. Didi, il prend le dessus, il organise les choses, appelle les secours. Et les policiers lui disent qu'ils ne peuvent pas accéder à notre immeuble car ils se font tirer dessus".

Emmanuel raconte aussi le regard de ce policier qui lui dit : "j'avais besoin de voir des vivants". "Et là, je comprends que c'est l'horreur à l'intérieur". Emmanuel est ensuite emmené au 36, quai des Orfèvres pour prendre sa déposition.

Emmanuel appelle plusieurs numéros "on me dit que ce n'est pas pour moi ...", un autre numéro, puis finalement "la cellule de la ville de Paris où quelqu'un m'écoute longuement puis me dit : "oh, ça a l'air d'aller. Si dans 3 mois, vous avez un coup de mou, allez voir un psy".

Emmanuel finit par être aidé par l'institut de victimologie. «Ça m'a permis de reprendre le travail rapidement". Mais il sombre à Noël, finit par comprendre que pour gérer son sentiment de culpabilité, il a besoin d'aider les autres. "C'est comme ça qu'est née @13onze15

Emmanuel : "avec les autres associations de victimes, @afvt_org, @lifeforparis , on s'est battu pour être parties civiles ici, participer à la commission parlementaire, lutter contre les théories du complot, que j'ai encore malheureusement entendues ici."

Emmanuel : "j'ai voulu arrêter les antidépresseurs rapidement. Ils m'avaient fait grossir, m'empêchaient de réfléchir. J'ai voulu faire de l'EMDR mais la dame m'a dit que ma froideur lui faisait peur. Alors je fais beaucoup de sport, même si ça se voit pas beaucoup".

Emmanuel : "être victime du 13 Novembre c'est un peu Docteur Jenkyll et Myster Hyde. J'ai un boulot passionnant, ça se passe bien, j'ai une famille merveilleuse, une petite fille qui me fait rire tous les jours. Et puis, Myster Hyde revient. Et il est très fort en ce moment."

Emmanuel : "ce procès est très important car, comme vous l'avez dit monsieur le président, juger avec les normes est fondamental. Les normes c'est ce qu'on peut opposer à la barbarie. Et c'est comme ça qu'on la vaincra."

Emmanuel : "Le 13 Novembre c'est aussi beaucoup d'humanité. Je l'entends quand je viens ici, quand j'écoute la webradio et je lis les live-tweet." Il remercie la cour "car je sais que c'est difficile, croyez-moi je le sais", les greffiers, les avocats de parties civiles.

Emmanuel :"et surtout, je tiens à remercier les avocats de la défense. J'ai prêté ce serment il y a longtemps, pour faire du droit public, c'est n'est pas tout à fait la même chose, mais aujourd'hui, vous représentez la valeur de ce serment."

Matthieu qui s'est avancé à la barre débute son témoignage par déclamer quelques versets du Coran qui condamnent le meurtre. Matthieu est au Bataclan avec sa femme "dans la fosse, en bas des escaliers à droite". "Tout le monde se couche, il n'y avait plus personne autour de nous"

Matthieu : "je me rapproche des gens couchés, j'y dépose ma femme. Je me réfugie derrière la console. Je vois les terroristes déchainés. Je vois qu'un a une arme qui s'enraille, je bondis dessus mais mon pied est accroché par un corps, je me retourne mais mon pied est arraché".

Matthieu raconte son "voisin blessé", "il perdait beaucoup de sang". "Il mordait mon T-shirt de douleur, gigotait beaucoup, me faisait à moi un mal de chien". "J'ai hurlé beaucoup, réclamé un garrot".

Matthieu est en colère contre les forces de police : "ils sont restés des heures, alignés contre le mur, sous la mezzanine. Donc quand la BRI vient témoigner ici avec des Powerpoint, moi je ne suis pas d'accord".

Dehors, Matthieu explique que "les gars de la sécurité civile tournent de l'œil sur mon cas." "Heureusement un pompier arrive à se charger de moi. Je lui réclame de la morphine, il me dit qu'il n'a rien, pas même une poche d'eau, qu'il va falloir être patient."

Arrivé à l'hôpital Matthieu raconte : "ils paniquent en découvrant un trou dans le dos de mon T-shirt, ils croient à une balle, je leur dis que c'est mon voisin qui l'a mordu de douleur." Matthieu a eu des tiges dans le pied, dans le tibia. "J'avais un trou de 20 cm sur le pied".

Matthieu : "je dormais plus. Il a fallu affronter les infirmières qui ne savaient pas faire des penser, hurler de douleur mais on vous explique la morphine ce n'est que toutes les quatre heures, un aspirateur pour le pus sur la plaie." Il soupire : "voilà, j'ai eu 7 opérations"

Matthieu : "je suis resté deux mois à l'hôpital. J'ai eu une greffe d'os." Il poursuit : "les antidépresseurs, l'hôpital de jour pendant des mois pour réapprendre à marcher, la reprise du travail : c'est épuisant, les kinés de ville, je n'écoute plus de musique ..."

Matthieu : "je n'arrive plus à faire la vaisselle, à cuisiner. J'ai du mal à m'asseoir, j'ai peur de perdre mon pied. Une fois un consultant a demandé si ces attentats avaient bien existé ou si c'est Hollande qui les avait inventés, j'étais pas très bien ..."

Le président : "physiquement, vous en êtes où ?" Matthieu : "j'ai mal au pied à chaque fois que je marche".

Ihsane s'est avancée à la barre. Elle raconte sa confession musulmane, son enfance en Algérie. "Ils tuent sans distinction, sont profondément opposés à la vie et à l'altérité" dit-elle au sujet des terroristes.

Ihsane "on s'est pris la main avec mon compagnon et on s'est un peu décalés car on était vraiment très exposés. Je pense qu'on a été parmi les derniers à se coucher." Couchée dans la fosse, "je ne voyais pas comment on pourrait s'en sortir à ce moment-là".

Ihsane : "je ne me souviens que des bruits de la kalachnikov et d'une dame qui gémissait très fort et je lui hurlais dans ma tête qu'il fallait qu'elle tienne bon et qu'elle arrête ses gémissements car elle allait se faire repérer".

Elle finit par s'enfuir de la salle, après avoir entendu "le videur crier qu'il fallait sortir". "Ca m'a sauvé la vie et probablement celle de beaucoup de gens". Mais son compagnon Matthieu (entendu juste avant) est, lui, resté dans le Bataclan.

La suite est une longue attente, sans nouvelles de son compagnon, Matthieu, alors hospitalisé avec un pied dans un état grave. Elle finit par apprendre "qu'il était vivant, il avait peut-être perdu son pied, c'était pas très clair, mais plus rien d'autre n'avait d'importance"

Ihsane : "on a eu de la chance parce qu'on était à quatre et qu'on est ressorti à quatre, qu'on est toujours ensemble avec mon compagnon. Mais c'est parfois difficile de se dire qu'on a eu de la chance quand on a été au Bataclan."

Ihsane : "vivre avec mon compagnon qui a mal tout le temps, vivre avec son handicap, c'est difficile, notamment car face à la douleur on se trouve souvent démuni."

Ihsane : "j'essaie de leur faire le moins de place possible dans mon âme. Je n'éprouve pas de haine ni de colère. Je pense qu'ils seront oubliés en tant que personne. Leur attentat ne le sera pas, mais eux oui. Ce sont des barbares contre tout ce qui fait que la vie est belle".

Guillaume et sa compagne Armance s'avance ensemble à la barre. C'est Armance qui s'exprime pour eux deux. Ils étaient ensemble dans la fosse du Bataclan. "On s'est tenus la main. J'ai regardé un terroriste dans les yeux, je l'ai vu regarder la fosse avec beaucoup de froideur".

Armance et Guillaume se séparent dans leur fuite. "Je ne pouvais pas vivre avec sur la conscience le fait d'avoir marché sur quelqu'un. A un moment, j'ai bousculé quelqu'un, je l'ai retenu." Elle se réfugie dans l'appartement "d'une étudiante en arts, on était une dizaine".

Dans l'appartement, Armance lit "dix fois la première page de "Cent ans de solitude" qui traînait chez l'étudiante chez qui on était. J'ai fait beaucoup de blagues d'humour noir aussi et je m'en veux un peu aujourd'hui." Pendant ce temps-là, elle est sans nouvelle de Guillaume.

Armance, qui est enseignante "avec des grands adolescents" a "essayé de retourner lundi devant les classes, ce qui était une erreur". Elle parvient quand même à discuter avec ses élèves, "ils avaient beaucoup de questions et c'était un temps important aussi pour eux".

Armance : "on se rend compte que le trauma c'est quelque chose de totalement insidieux car cela peut revenir. Et là, avec le procès, ça revient. J'ai eu le besoin de revoir un psychologue. Le trauma restera présent de toute façon. Et donc je viens aussi témoigner pour l'affirmer"

Guillaume, compagnon d'Armance, s'exprime également à la barre. Il confie lui aussi sa culpabilité de ne pas avoir su où était Armance. "Mais j'ai passé moins de 10 minutes dans cet endroit et j'ai eu beaucoup beaucoup de chance par rapport aux gens."

Guillaume : "je n'ai pas été blessé physiquement, ça n'a pas brisé mon couple, ça n'a pas brisé ma carrière, en moins de 15 minutes, j'étais chez mes parents qui est un endroit où on se sent aimé. Et malgré ça, il m'a fallu deux ans et demi pour aller mieux."

Geoffroy est le suivant à témoigner. "Je suis journaliste. Le 13 novembre j'étais au Bataclan avec Christopher Neuet-Shalter, un ami d'enfance" [décédé ce soir-là, à l'âge de 39 ans, ndlr] "On était heureux, on avait un peu bu, c'était une bonne soirée."

Geoffroy : "j'ai réussi à ramper vers une porte, qui s'avérait être la seule porte qui ne menait à rien. Je fais partie de ces gens qui ont réussi à partir par le toit en prenant l'escalier sur la droite de la scène." Trois personnes ont réussi à le tirer "par un seul bras".

Geoffroy : "dans tous les gens qui étaient avec moi, il y en plein qui se sont relayés pour me faire un point de compression." Il se souvient aussi "d'un médecin de la BRI, qui n'a pas pu m'aider, il avait le regard vide. Mais je ne lui en veux pas, il avait vu la salle."

Geoffroy apprend "deux jours après parce qu'on essayait de m'épargner" que son ami Christopher Neuet-Shalter était décédé. "Il était comme un frère pour moi, il était père d'une petite fille". Lui, a "fait deux ans d'arrêt maladie".

Geoffroy : "ma vie aujourd'hui c'est une place de concert sur deux qui finit à la poubelle car je n'arrive pas à y aller au dernier moment. C'est une perte d'envie. Et ce qui est le plus terrible, ce n'est pas ça, ce n'est pas mon épaule, c'est d'avoir perdu mon ami d'enfance."

Geoffroy : "ce que je voudrais c'est que ça ne puisse plus se passer. Parce que je ne comprends pas comment une trentaine de personnes ont pu s'organiser pour commettre ce massacre, comment elles ont pu passer entre les mailles du filet."

Muriel : "j'étais au Bataclan le 13 novembre 2015. Je devais y aller avec mon compagnon. Au dernier moment, nous avons eu deux places pour le match au Stade de France. Mon compagnon a décidé d'y emmener notre fils. J'ai alors proposé à notre fille de 15 ans de m'accompagner."

Muriel : "notre fille m'a heureusement rappelé qu'exceptionnellement, elle avait cours le lendemain." Elle y va finalement avec un ami, qui a survécu.

Muriel est blessée d'une balle dans la cuisse : "j'ai mis mon doigt, c'était tout mou." Les terroristes montent à l'étage. "Un jeune homme s'est levé, le visage en sang, m'a dit qu'il fallait fuir. Je lui ai dit que je ne pouvais plus bouger, il a proposé de m'aider. J'ai refusé"

Muriel voit "cette toute jeune fille près du bar. Ils l'ont tuée à bout portant. Je pense souvent à elle." "J'entendais une jeune femme crier que son mari était en train de mourir." Elle entend la BRI arriver. "On m'a traînée jusqu'aux marches, déposée sur une barrière Vauban".

Muriel : "j'ai demandé au pompier pourquoi c'était si long pour aller à l'hôpital. Il m'a répondu qu'il y avait eu plusieurs attentats, dont un au Stade de France. J'ai paniqué, crié que mon mari et mon fils y étaient". Elle parvient à les joindre, à être rassurée.

Muriel :"un pompier a dit que j'étais en UA [urgence absolue ndlr], qu'il fallait y aller. Je lui ai demandé ce que ça signifiait. Personne ne m'a répondu." Muriel a appris qu'elle avait été touchée "à la cuisse, dans le dos, à l'épaule."

Me Reinhart, avocat de Muriel : "je tenais à vous remercier du courage que vous avez eu de témoigner, ainsi que toutes les parties civiles qui témoignent, parce que je sais que vous avez pris énormément sur vous."

Place au témoignage de Clarisse : "que dire devant vous ? Vous qui n'avez certainement pas envie d'être là, vous qui vous retrouver à avoir envie d'écouter le moindre détail sur la nuit d'horreur car vos proches ne sont plus ou parce que votre profession vous l'ordonne"

Clarisse : "être présente dans celle salle de concert et aujourd'hui dans votre salle d'audience m'a bien suffi à appréhender les failles de notre état de droit, cette idée que j'ai étudiée pendant 6 ans et qui s'est effritée."

Marie s'avance maintenant à la barre. Elle est alors au Bataclan avec un ami dont elle ne souhaite pas que soit donné l'identité. Très vite après les premiers tirs "il a porté sa main à son aine et me l'a montrée ensanglantée. Malgré tout, je n'ai jamais envisagé qu'il meurt".

Marie : "à mes pieds, un homme avait le crâne explosé avec un énorme trou, il se vidait de son sang. J'ai pu me cacher avec mes longs cheveux, j'avais de très longs cheveux à l'époque, j'ai pu cacher mon visage et envoyer de nombreux messages sur Facebook"

Marie : "même si à découvert, j'ai pu parler avec [mon ami] pour le rassurer, je lui ai fait des blagues, lui ai demandé s'il voulait que je lui chante des comptines. Il m'a certainement répondu :"ta gueule"."

Marie : "il roulait sur lui-même de douleur et je m'en voulais de ne pouvoir rien faire pour l'aider. [Mon ami] commençait à partir. Je me suis redressée, assise, pour le prendre dans mes bras, au milieu de la fosse, sans vraiment réaliser le danger".

Marie : « [Mon ami] m'a dit qu'il allait mourir. Il est mort dans mes bras." Lorsqu'une sortie est possible, "j'ai demandé qu'on m'aide à sortir [mon ami] en prétextant qu'il respirait encore."

Marie : "les conséquences de ma vie sont nombreuses et variées." Elle explique que les proches de son ami, dont "ma conjointe de l'époque" me mettent à distance. "Elle m'a reprochée de ne pas l'avoir prévenue de sa mort."

Marie : "j'ai aussi des troubles de la mémoire et de la concentration. Je n'ai pas pu finir un livre depuis six ans. J'ai perdu deux CDI. Et je suis sans emploi depuis un an et demi. Je suis incapable de me projeter."

Yann est venu "raconter [s]on 13 Novembre , tel que je l'ai vécu moi." "J'avais 37 ans à l'époque, ma sœur m'attendait à l'intérieur. Ma compagne va nous rejoindre plus tard. La semaine se termine de façon agréable et légère par un concert."

Au moment de l'attentat, Yann est "un peu surélevé" : "je comprends très vite la gravité de la situation. "J'entends les revendications de ces personnes. Je ressens vite que ma sœur est blessée, elle ne répond pas quand je l'appelle."

Yann : "ma compagne s'enfuit. Ma sœur ne peut pas marcher. Elle me dit de m'enfuir, mais c'est impossible pour moi à ce moment-là. Je la soulève par le bras. Je vois la mort, du sang. Mais je continue mon chemin. Arrivés dans la rue, un policier nous braque."

Yann : "ma sœur a reçu une balle dans la jambe, au niveau de l'aine. Une vision d'horreur cette blessure. Je décide de faire un point de compression mais je ne suis absolument pas médecin." "Elle a pris deux balles en fait : une dans l'aine, l'autre sous son sein gauche".

Vers 2 heures du matin, un médecin rassure Yann sur l'état de santé de sa sœur. "Mais il va s'empirer dans les heures qui suivent. Son pronostic vital est engagé." "Ma sœur va rester 4 mois à l'hôpital. C'est long, mais elle vit aujourd'hui."

Yann :"ma sœur est incroyable, pleine de vie. Cet événement l'a totalement changée, j'ai une nouvelle sœur depuis 6 ans. Je suis admiratif de la façon dont elle a surmonté ça et dont elle voit la vie aujourd'hui. J'étais très proche de ma sœur avant, je le suis encore plus".

Yann raconte son mariage qui a suivi ces attentats. Mais aussi, "il y a trois mois, la naissance d'un petit garçon" : "je suis debout, j'avance personnellement, professionnellement, je regarde devant moi. La vie s'apprécie en fait maintenant, au moment présent."

Theresa s'avance. "Le soir du 13 Novembre j'étais au Bataclan avec mon ami Stéphane pour célébrer son anniversaire. Mon compagnon était resté à la maison pour garder nos garçons de 4 et 2 ans." Elle raconte le mouvement de foule : "un peu comme un métro qui s'arrête brusquement"

Theresa raconte comment elle se retrouve sous le corps d'un homme, "tué sur le coup. Et au bout d'un moment, j'ai compris que le sang qui coulait sur mon visage, dans mes oreilles, dans ma bouche, était le sien." Theresa va rester plus de deux heures sous le corps de cet homme.

Theresa évoque les revendications des assaillants et la guerre en Syrie "étendue sur le sol du Bataclan, je faisais donc partie de cette guerre". "Des blessés agonisaient, on chuchotait pour essayer de les apaiser sans attirer l'attention des assaillants".

Theresa voit arriver le commissaire de la Bac et son collègue, puis "l'explosion du terroriste, si violente que j'ai vu un morceau de cage thoracique atterrir devant moi". Puis l'arrivée de la BRI "comme l'armée romaine dans Asterix" et entend l'un d'eux : "oh putain, mon dieu !"

Theresa : "j'ai pu emprunter le téléphone d'une victime, Sophie-Charlotte, qui protégeait un petit garçon qui n'était visiblement pas le sien". Ce petit garçon est Mael.

Theresa : "je vous ai parlé de la peur que j'avais ressentie chez les policiers entrés dans la salle. J'ai ressenti cette peur, ce désespoir, ce chaos à chaque étape, chaque démarche dans la semaine qui a suivi." Elle évoque les larmes et l'effroi des professionnels.

Theresa : "choisissez la religion que vous voulez, mais mon ami et moi avons eu plusieurs anges gardiens ce soir-là".

Theresa évoque sa famille, ses enfants à qui elle a parlé du 13 Novembre "avec des mots choisis. Je leur raconterai complètement un jour. Et ils comprendront que si maman n'aiment pas les pistolets en plastique ce n'est pas seulement parce que c'est mauvais pour l'environnement"

"J'ai changé de côté de lit, j'ai besoin de savoir que je peux partir à tout moment. Je ne supporte plus la proximité, ni la sensation d'une couette trop lourde", raconte encore Theresa. "Comme beaucoup d'autres, je porte en moi un sentiment de culpabilité du survivant".

Theresa : "je n'ai pas de famille en France, mais des amis qui représentent un vrai réseau de soutien, qui nous aident à avancer au rythme que nous impose notre reconstruction".

Theresa évoque d'autres victimes qui ont déjà témoigné à la barre : "Helen que j'ai giflé dans l'ambulance pour ne pas qu'elle s'évanouisse, Gaëlle qui a été blessée au visage et que j'ai essayé de tirer à l'extérieur de la salle."

Fin des auditions de parties civiles pour aujourd'hui. L'audience est suspendue jusqu'à demain 12h30 avec les témoignages d'autres victimes du Bataclan.


Jour Vingt-six - Vendredi 15 Octobre 2021 – Auditions des survivants du Bataclan et familles de victimes : Melissa, Sylvie (sœur de Frédéric), Florence, Nicolas, Sébastien, David & Katie, Marc, Annie, Max, Tony, Michael, Clarisse

Jour 26 au procès des attentats 13 Novembre. Aujourd'hui, la cour va notamment entendre plusieurs victimes étrangères qui étaient au Bataclan.

Mélissa et Sylvie s'avancent ensemble à la barre, main dans la main. Sylvie commence : "Frédéric, mon petit frère a été retrouvé mort" au Bataclan. Elles ne savent rien sur les circonstances de sa mort. Projettent sa photo sur grand écran.

Sylvie espère qu'à travers cette photo, quelqu'un dans la salle d'audience reconnaîtra Frédéric, et pourra donner des indications sur la mort son petit frère au Bataclan le 13 Novembre

Mélissa, la fille de Sylvie, prend la parole à son tour pour parler de son oncle Frédéric, surnommé "Titi". "Ils sont morts fusillés d’avoir été libres" dit Mélissa.

Sylvie raconte que le 13 Novembre, elle était en voyage en Inde. Elle venait de visiter un temple et de voir un rat blanc, porte-bonheur, elle se dit "rien ne peut nous arriver".

Puis Mélissa apprend à Sylvie la mort de Frédéric. Sylvie est rapatriée d'Inde pour l'IML, les obsèques "dans son tee-shirt irlandais".

Mélissa : "L'enterrement de Titi a eu lieu le lendemain de celui de Stéph", l'ami d'enfance de Titi, mort lui aussi de ses blessures par balles au Bataclan le 13 Novembre.

Sylvie : "Nous avons transformé cette épreuve en force. Depuis nous avançons tous les trois, mon mari, ma fille, moi. Chaque moment, nous tenons à le vivre pleinement en mémoire de Titi"

Sylvie raconte le 8 octobre 2016, avant la réouverture du Bataclan, quand elle a pu aller dans la salle de spectacle rénovée, elle s'est agenouillée "pour dire au revoir à mon petit frère". Sa voix s'étrangle à la barre.

Mélissa dit aux survivants qui se sentent coupables d’avoir survécu, qu'il ne faut pas avoir cette culpabilité. Que tous les témoignages à la barre, c'est comme un "puzzle". "Notre puzzle à nous : à quel moment a-t-il été touché ?"

Mélissa parle de Samuel Paty : "demain cela fera un an qu'il a été tué" à Conflans-Ste-Honorine, "c'est chez moi". 6 ans presque que son oncle Titi a été assassiné au Bataclan le 13 Novembre

Mélissa à l'adresse des accusés : "Vous avez cru être plus forts, plus intelligents que les mécréants. Raté. Je suis là. Vous êtes là derrière cette vitre. Vous avez perdu. Le paradis ne sera pas pour vous".

Florence arrive à la barre. Elle est la maman de Caroline, morte à 24 ans au Bataclan. Le frère de Caroline est aussi à la barre. Florence fait projeter des photos de sa fille, enfant joyeuse, magnifique jeune fille.

Florence parle d'une voix. Et remercie ceux qui "se sont occupés de Caroline". Maud, d'abord, "elles sont mortes enlacées". Puis elle remercie des policiers de la BRI, Gilles, Marc, pour leur aide et leur douceur, dans l'annonce de la mort de Caroline.

Florence précise que Maud et Caroline ne se connaissaient pas. Mais elles sont mortes enlacées.

Florence parle de sa fille Caroline, "minette, ma puce, Carotte"… Ses amis l'appelaient "petit chat, beaux yeux"...

Florence dit de sa fille Caroline : "Caro était toute fine, mais son amour des gens dépassait les monuments".

Florence, à la barre, parle de sa fille Caroline : "La nana la plus gentille du monde. La beauté incarnée. Elle avait l’air d’une petite fée".

A la barre, Florence, la maman de Caroline, a la voix qui tremble : "Je suis une maman désenfantée. On a tué la chair de ma chair, au pif, sans humanité. Je suis une douleur sur pieds. Tu me manques tellement."

Avant le procès, Titi, policier de la BRI s'était confié à France Inter

Parmi les images qui lui restent 6 ans après, celle de ces deux jeunes femmes enlacées. "Elles ont dû se voir mourir" avait dit Titi.

A la barre, Florence, la maman de Caroline, parle comme tant d'autres parents de la douleur insoutenable à l'IML, derrière la vitre froide, ne pouvant toucher le corps de son enfant mort.

Arrive à la barre Sylvie, la maman d'Elodie, "tuée au Bataclan"

Ce 13 Novembre, son fils aîné l'appelle et lui dit : "Maman, allume la télé, Elodie est au Bataclan". Sylvie allume. Voit ce qu'il se passe à l'écran. "Je tremblais de tout mon corps".

A l'IML, on dit à Sylvie que "Elodie avait la joie sur son visage, l'IML assure à la maman éplorée que sa fille Elodie n'a rien vu" de la mort au Bataclan 13 Novembre

Sylvie parle d'Elodie, de ses "magnifiques yeux bleus", son "sourire éclatant", "un grand coeur", "c'était notre rayon de soleil", "je l'aimais profondément, ses frères aussi". Elodie avait 23 ans.

Sylvie précise qu'elle ne s'effondre pas à la barre parce qu'Elodie n'aurait pas voulu.

Sylvie "supplie" les accusés de parler, "comment on peut en arriver à tuer ? A quel moment il y a la bascule ? J'aimerais comprendre. Parfois, je me mets à la place des parents de ces gens-là, je me dis qu'ils doivent être malheureux aussi."

Nicolas arrive à la barre. Il était au Bataclan avec son amoureuse qui vivait à Berlin. Ils se retrouvaient le week-end à Paris. Le concert était complet. Ils ont acheté des places à la dernière seconde, une dame leur a revendu. Il veut la rassurer, elle n'y est pour rien.

Après les premières rafales, Nicolas a entendu "cours" ! Puis "on s'est couchés, l'idée étant de se protéger. Ce qui est horrible c'est qu'on trouve rien pour se protéger d'autre que d'autres personnes".

Nicolas raconte les "pluies de balles" des terroristes. Puis l'explosion du premier terroriste sur scène, visé par les policiers de la BAC75N. "On était prostrés, très immobiles".

Puis, Nicolas sent "un changement d'atmosphère". La BRI arrive, sécurise le rez-de-chaussée. Nicolas sort avec la police.

Sébastien arrive à la barre. Tee-shirt noir, avec ces mots en blanc : "quand tu es boubou, tu sors boubou sur la photo"

Sébastien est ému à la barre. Parle de son ami Chris. Et des terroristes qu'il voit. "Le nuage de poudre, le sang". Ce 13 Novembre, il se dit :"je vais mourir ce soir, je voulais faire un enfant"

Sébastien pense appeler sa femme pour lui dire qu'il l'aime, et "d'être forte" : "je me dis c'est con, je vais me faire remarquer".

Sébastien se dit qu'il va se tourner, pour se prendre une balle dans le dos, "je me dis ça fera moins mal, mais je me dis c'est con, si je bouge je vais me faire remarquer"

Sébastien voit un terroriste, ne veut plus voir, ferme les yeux, se dit qu'il va mourir, se prépare à mourir.

Puis Sébastien se dit qu'il n' a rien à perdre à essayer de courir, "je tente un truc", il se lève, se dit que s'il se prend une balle autant la prendre debout, il court, il n'a plus de son, et "ma vue est rétrécie"

En se levant, Sébastien doit enjamber des corps, s'excuse. Sébastien, barbe grise, a des larmes dans la voix à la barre.

Sébastien raconte sa sortie, appelle Chris, espère qu'il est sorti, Chris ne répond pas. Sébastien trouve refuge dans une famille qu'il remercie à la barre, cite tous les prénoms, un à un, famille musulmane.

Sébastien raconte un jeune garçon qu'il croise, "pas blessé mais traumatisé, sa soeur vient de mourir dans ses bras, il veut retrouver sa mère, je ne sais pas quoi faire, je lui donne mon pull"

Sébastien : "En rentrant à la maison, j'appelle Chris mais il répond pas"

Sébastien : "En fin d'après-midi, ma sœur qui habite Bordeaux m'appelle au téléphone pour m'annoncer le décès de Chris, et je n'ai pas de mots..." Sébastien pleure à la barre.

Sébastien : "Une partie de moi est morte ce soir-là". Depuis le 13 Novembre au Bataclan, Sébastien a des crises d'angoisse, angoisses de mort permanente.

Sébastien a dû quitter la radio musicale dans laquelle il travaillait. Trop dur après le Bataclan. Il n'a jamais pu retourner à un concert. Il s'en veut d'être encore "englué" dans tout ça.

Sébastien remercie @lifeforparis, "Cécile, Olivier, Arthur". @Arthur_Dvx

Sébastien : et "j'ai une pensée pour Hélène, et son papa Honoré".

Sébastien : "Je t’aime Chris, Christophe Lellouche, 33 ans, fou de musique".

Sébastien lit la lettre d'une amie, survivante, qui veut rendre hommage à Chris. Pleurs dans la salle. Dans la lettre, cette amie explique qu'elle va se faire tatouer sur un bras, six ans après le 13 Novembre en hommage à Chris qui lui "a sauvé la vie" à elle, au Bataclan

Quand ils ont compris qu'ils se faisaient tirer dessus, Chris s'est allongé sur elle, l'a protégée. Elle a survécu. Lui en veut parfois qu'il soit mort. Chris est "un héros", écrit-elle dans sa lettre lue par Sébastien. Puis Sébastien quitte la barre.

Arrive à la barre une jeune fille, queue de cheval, elle veut qu'on ne dévoile ni son nom ni son prénom. Elle précise qu'elle porte le pantalon qu'elle portait le 13 Novembre. Une autre survivante cette semaine avait précisé qu'elle avait la même tenue qu'au Bataclan

L'audience reprend avec à la barre, Katie & David, un couple de Britanniques. Une interprète à leurs côtés.

David barbe rousse, costume gris clair carreaux Prince de Galles. Katie, élégante tenue noire, dentelles et volants. David parle à la barre de leur 13 Novembre au Bataclan

David raconte les tirs et quand les lumières du Bataclan se rallument, il voit un homme touché, "j'ai vu du sang s'écouler de lui".

David a entendu les rafales se transformer en coup par coup. Il entendait les gens qui gémissaient. Il a commencé à ressentir une douleur au niveau du pied gauche. Il s'est tourné vers Katie. "On s'est dit qu'on s'aimait, on s'est dit qu'on allait mourir".

David : "j'ai senti les pas du tueur s'approchait, mais il s'est détourné". Puis David voit beaucoup de personnes se diriger vers une sortie de secours. "J'ai compris que c'était le moment où jamais de nous échapper, on s'est levés, on s'est dit qu'on allait courir"

"Il y avait du sang partout, on titubait, on a réussi à se hisser vers la sortie"

Ils voient en sortant un homme en bleu avec une arme, se disent que c'est un policier, "quelqu'un de sûr". Ils ne savent pas où ils sont. Entrent dans un immeuble. Une dame "essaye de faire un bandage" à David qui perd beaucoup de sang.

Comme David et Katie ne parlent pas bien français, difficile de se faire comprendre, mais dans l'immeuble où ils sont, il y a un médecin, qui aide David et l'emmène à l'hôpital.

David devra se faire opérer plusieurs fois, puis passera deux mois sur une chaise roulante.

David : "ça c'est le côté physique, pour le côté psychologique, je n'arrive pas à enlever les images dans ma tête, c'est très difficile"

David : "Quand nous sommes arrivés à Paris, nous étions très heureux, et passer de ça à ce que nous avons vu, nous avons vu le pire de l'humain cette nuit-là"

David parle en anglais. Ce gaillard aux épaules carrées est au bord des larmes. Pendant qu'il parle, Katie lui tient la main gauche et lui caresse les doigts.

David : "Nous avons vu le meilleur et le pire ce jour-là. Nous sommes ici dans l'espoir que justice soit faite". Et David conclut : "L'amour vaincra. Thank you".

Katie, la femme de David ne voulait pas venir à ce procès : "Je suis bouleversée, apeurée". Elle est surtout là pour soutenir David, son mari.

David explique qu'il a dû changer de métier, n'arrive plus à jouer au foot, et a même du mal à faire des activités avec ses trois jeunes enfants.

Et David et Katie, qui sont en fait Irlandais, quittent la barre. David marche appuyé sur une canne.

Marc, anglophone, arrive à la barre à son tour, avec un interprète. Problèmes de micro. Le président Jean-Louis Périès parle lui aussi anglais : "follow"

Mais l'interprète a à peine repris que le président demande ce qu'il se passe dans le box. L'accusé Amri se lève, explique : "y a une personne qui me fixait au loin", et son regard se tourne vers un banc des parties civiles où un homme se lève.

L'homme qui se lève a perdu l'amour de sa vie à La Belle Equipe. "Je regarde qui je veux !" répond-t-il à l'accusé Amri. "Espèce de guignol, narvalo !" lance-t-il à Amri. Et il sort calmement avec son avocat et un gendarme.

Cet homme vient chaque jour au Procès du 13 Novembre. Portant un t-shirt de la femme de sa vie, Justine, assassinée à 34 ans. On le sent profondément désespéré. Il avait crié ce désespoir à la barre, il y a dix jours, disant que lui aussi avait connu dans le passé le box des accusés.

Marc reprend son récit à la barre, en anglais, cheveux châtains, longue barbe blanche. Il raconte un jeune homme, mort au Bataclan, qui lui tombe dessus. Puis, une deuxième balle, qu'il reçoit dans le bras.

Marc réussit à sortir, mais il doit être opéré, a aussi des amis blessés.

Et aussi vite qu'il a pu, Marc est rentré à Londres et dix jours après le 13 Novembre au Bataclan a voulu retourner à un concert.

Marc dit à la barre qu'il est même retourné à un concert au Bataclan depuis le 13 novembre

Il conclut qu'il est chanceux d'être sorti en vie du Bataclan avec son groupe d'amis : "I am lucky".

Arrive à la barre Annie, petite robe à carreaux noirs et blancs, tatouages sur les bras et les jambes. "I am lucky", commence-t-elle et veut parler pour ceux qui ne peuvent plus.

Avec son mari, ils ont pris l'Eurostar spécialement pour ce concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Ils laissent leurs six enfants à la maison. Postent un selfie sur Facebook en arrivant. Tous leurs amis les savent donc au Bataclan ce 13 Novembre

Deux semaines avant, ils avaient déjà assisté à un concert du groupe de @jesseEODM en Angleterre.

Annie va chercher une bière au bar du Bataclan puis rejoint son mari dans la fosse. Elle entend ce qu'elle croit être des pétards et se dit : "wow, qui amène des pétards à un concert ? C'est fou !" Puis elle voit la peur dans les yeux de membres du groupe, comprend.

Son mari lui dit de se mettre au sol, qu'il va la protéger, elle lui dit qu'il ne peut pas, que ce sont des coups de feu.

Ils se cachent dans un box : "je me suis réfugiée dans une armoire" dit Annie. Elle réussit à envoyer un sms à sa fille aînée alors âgée de 22 ans qui gardent les cinq frères et soeurs. Annie pleure à la barre.

Annie écrit ce sms à sa fille aînée, pour lui dire que quelque chose de terrible est arrivé : "s'il te plaît, n'appelle pas, please don't call, we love you".

Ils passent deux heures enfermés dans cette sorte "d'armoire", avec son mari, et Annie réconforte une jeune fille qui est avec eux, "elle perdait connaissance, je lui caressais les cheveux"

Quand la police arrive, derrière la porte, Annie croit qu'il s'agit des terroristes, pense que c'est la fin, puis comprend que c'est la police, ils sont délivrés.

Son mari sort le premier et lui dit : "Ne regarde pas !" Annie : "Mais j'ai fait une chose stupide, mon sac à main était accroché à la balustrade". On comprend qu'elle a regardé la fosse du Bataclan Dehors, son mari pleure, dit : "ceci ne doit jamais nous changer"

Annie lui répond alors : "Bien sûr que ça va nous changer !" Et elle raconte le changement, depuis le 13 Novembre, sur eux et leurs six enfants. A l'époque, les enfants avaient entre 10 et 22 ans. Pendant plusieurs heures, ils ont eu peur de perdre leurs parents au Bataclan

Annie explique que son enfant de 10 ans est toujours suivie et ne veut plus qu'on parte. Annie dit qu'elle-même ne peut plus dormir dans le noir, "il me faut toujours une lumière allumée"

Annie dit qu'elle n'a pas de haine mais de "la pitié" pour les terroristes.

Annie remercie @lifeforparis et ses avocats.

Et avant de quitter la barre, Annie veut dire un dernier mot, demande si elle peut dire un "gros mot" : "Fuck you". A l'adresse des accusés.

Le mari d'Annie arrive à la barre. Un accusé se lève dans le box. Le président : "Qu'est-ce qu'il se passe encore dans le box ?" L'accusé Abrini se lève furieux : "avec cette équipe de handicapés, on a que des problèmes !" Il parle des gendarmes dans le box.

L'accusé Bakkali enchaîne, très énervé aussi : "C'est pas qu'on veut se plaindre, mais on doit encaisser 7 fouilles par jour !" Le président est étonné par le nombre de fouilles. Le président écoute les accusés, ton autoritaire de son côté.

Le président fait remarquer aux accusés que c'est normal de se taire pendant que les parties civiles racontent leur 13 Novembre à la barre. L'accusé Bakkali assure : "s'il y a bien une chose qu'on écoute et qu'on respecte, c'est les parties civiles"

Abrini, hors de lui : "Monsieur le président, on a eu affaire à des gendarmes pendant un mois, pas un seul problème, et là, c'est des chut, taisez-vous ! Moi j’ai envie de parler, je parle avec mon pote ça fait 6 ans que je l’ai pas vu !" Son "pote" : Abdeslam

Le président à l'accusé Abrini : "Normalement, il y a interdiction de communiquer entre vous, c'est au niveau procédural, c’est comme ça"

Abrini renchérit : "Monsieur le président, moi ça fait six ans que je l’ai pas vu, je parle avec lui !" Abrini veut parler à Abdeslam, son ami d'enfance.

Le président, ferme : "Non, c’est pas vous qui décidez c’est moi !" Et il ordonne à tous les accusés du box : "maintenant, vous vous calmez !"  A la barre, Max, le mari d'Annie tente de reprendre son récit.

Salah Abdeslam se lève à son tour. Veut quitter le box. Le président : "Vous vous asseyez. C’est pas vous qui décidez !" Abdeslam répond, surenchère. Le président : "on se calme, c’est vendredi, on va suspendre"

Suspension, courte. Et le président reprend l'audience. Et il rappelle : interdiction de communiquer entre accusés pendant l'audience. Il estime que les contraintes de service d'ordre sont normales.

Le président ajoute qu'il estime avoir "fait preuve de considération" à l'égard du box, et attend qu'il en soit de même de la part des accusés.

Un avocat de la défense dit que le respect sera maintenu. Abrini se relève. Le président : "Non, M. Abrini, vous vous rasseyez". Incident clos. Le président redonne la parole à Max, à la barre.

Max parle d'un français "rigolo" avec lequel il venait de plaisanter autour d'une bière au Bataclan, quand il revoit ce jeune homme l'instant d'après, "il est mort"

Il raconte "les morceaux de chair" qu'il a dû enlever sur le sac de son épouse Katie. Max dit sa gratitude au commissaire de la BAC entré au Bataclan à 21h56 avec un brigadier.

Max s'est fait tatouer le 13 Novembre 2015 sur son torse, et il dit que chaque matin, il se souvient des victimes et vis sa vie pour elles. Et il a tatoué trois mots sur son corps : liberté-égalité-fraternité au nom de cette France qu'il aime depuis son enfance.

Max qui a précisé à la barre qu'une balle de kalachnikov était passée à côté de sa tête.

L'accusé Amri se lève, petite voix : "M. le président, avec tout le respect que je vous dois. Tout à l'heure, c'était pas ma façon de parler. Cette personne ça fait 3 jours qu'elle me regarde. Je m'excuse". Président : "D'accord, d'accord, je suis au courant"

Amri fait référence à l'incident qui a eu lieu plus tôt dans l'après-midi, quand il a interpellé une partie civile qu'il accusait de le fixer. L'homme, sur le banc des parties civiles, est sorti de ses gonds. Puis de la salle.

Tony arrive à la barre. Lui aussi est Anglais.

Et à la barre, Tony résume six ans après le 13 Novembre : "Ceux qui ont voulu nous tuer ont raté leur coup"

Tony dit aussi qu'il a depuis le 13 Novembre, "des amis pour la vie", le groupe d'Anglais qui a survécu au Bataclan. Sur les bancs des parties civiles, ils se réconfortent, très proches les uns des autres.

Michael est à son tour à la barre, raconte comment il a "fait le mort" au Bataclan avec sa femme Sarah pour tenter de survivre.

Michael a dit à Sarah qu'il l'aimait et a essayé de se préparer "au mieux, à mourir".

Il entendait les terroristes parler. Mais "vu mon niveau de français, je ne comprenais pas ce qu'ils disaient".

Michael se souvient de l'arrivée des tirs entendus sur scène. Juste avant 22h, les deux policiers de la BAC75N. Il dit que c'est "grâce à leur courage qu'il est en vie".

Puis Michael raconte la sortie du Bataclan, les corps qu'il a dû enjamber, "six ans et je vis toujours avec la culpabilité"

Michael : "Quelque part, je serai toujours sur le sol de cette nuit-là au Bataclan"

Michael : "Les personnes qui ont attaqué ce soir-là visaient la France", mais ils ont ciblé beaucoup plus qu'un pays dit-il.

Michael : "Je rejette complètement les déclarations de nos attaquants quand ils disent qu'ils défendaient la Syrie ou l'Irak" 13 Novembre

Et le groupe d'Anglais quitte la salle d'audience, Clarisse arrive à la barre. Blonde, cheveux au carré. Parle de "la victime victimaire" et "la victime héroïque" : "ça m'a posé beaucoup de questions de savoir comment me positionner".

Clarisse a refusé d'être une victime.

Clarisse projette une photo d'elle et de son fils qui avait 7 ans le 13 Novembre2015 et qu'elle avait emmené avec elle au Bataclan

Clarisse explique que ce soir-là, "ça va être très important pour moi de ne rien montrer à mon fils"

Clarisse explique que son fils n'a jamais aimé les pétards, "quand il a mis les doigts dans ses oreilles", elle se dit que c'est normal qu'il ait peur. Puis elle voit un homme qui tire sur scène. Elle et son fils sont au balcon.

Elle se dit : "ils tirent" mais au début ne se sent pas concernée. Son cerveau déconnecte. "Je ne vois qu'une petite tache de sang". Elle dit calmement à son fils : "On va y aller". Ils se retrouvent dans une loge avec des gens en train de casser le faux-plafond" Bataclan

Clarisse n'ose pas appeler son mari, "bébé dort", son mari qui a vu les infos l'appelle et elle lui parle calmement : "on te tient au courant"

Ils se retrouvent sur une dalle, au grenier. Elle entend des gémissements. Son fils s'endort contre elle. Clarisse explique qu'elle fait tout son possible pour garder son calme. Elle raconte à la barre d'une voix extraordinairement calme.

Clarisse raconte ensuite l'assaut, l'arrivée de la BRI. Le policier de la BRI "très touché" quand il voit un enfant, et "de pouvoir sauver un enfant".

Clarisse : "Après, il reste à traverser toute la salle. On descend, sur l'échelle, je vois de la chair humaine". Son fils a été emmené juste avant par un policier de la BRI.

Clarisse descend, voit "la géométrie de la salle" du Bataclan, des carrés, des piliers, et puis "des tas". Elle s'excuse pour ce mot, "mais c'est comme ça que je l'ai vu : des tas de corps".

Sur le trottoir, devant le Bataclan, elle retrouve son fils, "dans les bras d'un policier de la BRI, ils lui ont mis une cagoule et un casque de pompier", pour le divertir.

Ce policier de la BRI avait mis sa cagoule à l'envers sur les yeux de ce petit garçon de 7 ans pour pas qu'il ne voie le massacre au Bataclan ce 13 Novembre

Clarisse raconte l'après 13 Novembre : "la culpabilité d'avoir emmené mon fils là-bas, ne pas lui avoir fait de câlins", mais elle ne voulait pas faire quelque chose de différent de d'habitude pour ne pas apeurer son enfant.

Clarisse a essayé de minimiser, dire qu'ils n'étaient pas les plus à plaindre, a voulu retourner à Paris avec son fils. Ils y étaient en week-end ce

Clarisse : "Il y a une partie de nous qui est morte ce soir-là. Si je suis venue aujourd'hui, c'est pour admettre enfin mon statut de victime"

Clarisse dit son admiration pour les policiers de la BRI "qui prennent des nouvelles de mon fils". Son fils va fêter ses 13 ans en novembre. "On va partir en Angleterre voir un concert, on s'arrêtera pas, ils n'ont pas gagné".

Mini-suspension pour un accusé qui a demandé très très poliment au président "je suis désolé monsieur le président, mais j'ai vraiment un problème depuis une heure, je ne tiens plus, je vous promets j'en ai pour deux minutes"... Il veut aller aux toilettes.

L'accusé revient dans son box. Le président : "On reprend". Un survivant du Bataclan arrive à la barre.

Max à la barre, raconte le Bataclan, sa sortie, marchant sur des corps.

Puis Max dit sa colère, six ans après le 13 Novembre. Max dit qu'il sait le "choc des images". ll précise qu'il a perdu son père jeune, qu'il l'a vu mourir, 20 ans avant le 13 novembre 2015.

Et Max quitte la barre. Une dernière jeune fille arrive à la barre. Elle souhaite qu'on ne dise ni son prénom ni son nom.

Cette jeune fille, toute de noir vêtue, dit qu'elle avait 21 ans ce 13 Novembre. Elle était avec une amie au Bataclan. L'attaque a commencé, elle n'a pas compris, a vu "un peu de sang" sur le visage de son amie, "lui a fait un massage cardiaque", a attendu à son tour la mort.

Son amie est morte, dit-elle. Elle, dit qu'elle a été dans le déni. Puis "les premières prises de médicaments, avec beaucoup d'alcool, j'ai pas réussi à reprendre ma scolarité, mon amie étant dans ma classe, j'ai pas réussi"...

Elle dit : "J'ai un sentiment de solitude horrible. Je suis rentrée à deux dans cette salle et je suis ressortie toute seule".

Elle dit : "Je ne suis plus du tout la même personne". Elle a dû arrêter le dessin, ne peut plus rester dans une pièce fermée. "Et voilà", conclut-elle au bord des larmes. Le président a un mot très gentil pour elle : "Votre amie, c'était Elodie ?" "Oui".

Le président prend de ses nouvelles, gentiment. Elle va commencer une formation de fleuriste, "parce que les fleurs c'est plein de couleurs et ça sent bon". Le président l'encourage : "merci d'être venue témoigner, continuez comme ça"

Fin du 26e jour d'audience, fin de cette 6e semaine d'audience.