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Procès des attentats du 13 novembre 2015 Le Live Tweet - Semaine TROIS

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Retrouvez sur cette page tous les tweets du procès issus des Live tweets de @ChPiret Charlotte Piret et @sophparm Sophie Parmentier ; elles suivent ce procès pour France Inter et nous ont donné l'autorisation de compiler leurs tweets dans un objectif de consultation et archivage.

(© Photo "Salle d'audience" Sophie Parmentier |Twitter)



Semaine UNE Semaine DEUX Semaine TROIS Semaine QUATRE Semaine CINQ Semaine SIX Semaine SEPT

Semaine HUIT Semaine NEUF Semaine DIX Semaine ONZE Semaine DOUZE



Semaine TROIS

Jour Neuf - Lundi 20 septembre - Suite des constatations sur les scènes de crimes des terrasses

Au programme aujourd'hui : la suite des constatations sur les scènes de crime des terrasses de la Belle équipe (où le plus grand nombre de victimes a été à déplorer) et au Comptoir voltaire (où l'un des kamikazes s'est fait exploser). Deux enquêteurs sont attendus à la barre.

L'audience reprend (avec près de 45 minutes de retard). "Nous commençons cette audience un peu en retard. On m'a indiqué qu'un des accusés [qui comparaît libre ndlr] était arrivé en retard, pour des problèmes de métro", indique le président. Hamza Attou : "je suis désolé".

Le président indique qu'en raison d'un changement de planning, il n'y aura pas d'audience demain. L'enquêteur qui devait venir déposer sur la revendication des attentats du 13 Novembre sera entendu vendredi (en plus de ceux initialement prévus).

Un enquêteur d'avance à la barre. Il témoigne sous le sceau de l'anonymat, matricule RIO 1039672. Il annonce qu'il fera projeter une quinzaine de photos, des prises de vue "avec une certaine distance" et une vidéo prise par un témoin.

Enquêteur : "avant toute chose, je voudrais transmettre mes pensées à toutes les familles. Je pense aussi aux personnes blessées même si je ne serai pas amené à les évoquer. Je m'excuse par avance si les mots que je suis amené à utiliser peuvent paraître froids ou déplacés. "

Enquêteur : "dans les mois et les années précédentes, la brigade criminelle de Versailles [à laquelle il appartient, ndlr] avait été amenée sur l'attentat de Charlie Hebdo lors de la fuite des frères Kouachi et la brigade ferroviaire de Brétigny."

Enquêteur : "vers 21h, on commence à comprendre que quelque chose de grave était en train de se passer à Paris. D'initiative, on se retrouve tous au siège du service à Versailles vers 23h. Et c'est à ce moment-là, que nous est confiée la charge de se déplacer à la Belle Equipe"

Enquêteur : "en arrivant à proximité, l'ambiance est assez pesante. Il n'y a pas de circulation, pas de bruit hormis les sirènes des services de secours. On décide de laisser nos équipes à 300 - 400 m et on se déplace à trois sur le lieu des faits".

Enquêteur : "on arrive sur place. Il y a cette petite terrasse d'une quarantaine de mètres carrés où se trouvent 13 victimes allongées au sol et recouvertes de draps. L'intérieur du restaurant a été aussi la cible de nombreux impacts."

Enquêteur : "et en face, le restaurant le Petit Baïona a été réquisitionné par les services de secours comme poste médical avancé. Les blessés ont été amenés là. Et là, il y a six victimes n'ont pas pu être réanimées".

Enquêteur : "les constatations criminelles se réalisent toujours en binôme entre un enquêteur classique et un policier spécialisé dans les relevés, ces policiers qu'on appelle les experts dans les séries."

L'enquêteur explique que dès le tout début de leur intervention, il a eu connaissance d'un film pris par un témoin qui permet "de voir deux des terroristes et leur véhicule sur la chaussée". "On ne voit ni la terrasse, ni les victimes mais on entend le bruit des armes".

L'enquêteur indique qu'il va faire projeter le film. Le président "invite les personnes à prendre leurs dispositions, que ce soit dans la salle ou via la webradio. Car on entend les tirs et cela dure 28 secondes".

Sur le film, on aperçoit la voiture Seat Leon arrêtée au milieu de la chaussée, les deux portières ouvertes. On entend distinctement les tirs de kalachnikovs. Au coup par coup puis en rafales. Puis des cris. On voit deux des trois terroristes, dont l'un avec des baskets orange.

On sait depuis que le terroriste aux baskets orange était Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur de ces attentats du 13 Novembre 2015

Une photo est également projetée. Il s'agit "de la scène de crime telle qu'on l’a découverte" explique l'enquêteur. On voit de nombreux corps, recouverts de draps de couleurs. On distingue le haut de la tête de certaines victimes, sans qu'elles ne soient reconnaissables.

Enquêteur : "on a commencé à travailler à peu près à 1 heure du matin. Les derniers effectifs sont partis vers 11 heures du matin. Et on est revenus les jours suivants, notamment pour prendre contact avec les commerces avoisinants etc. "

L'enquêteur fait projeter un schéma sur lequel a été dessiné chaque corps des 13 victimes décédées sur la terrasse. On y voit des corps collés les uns aux autres, enchevêtrés.

L'enquêteur explique que "128 étuis nous ont été remis en arrivant sur les lieux". "On constituera 73 scellés supplémentaires d'éléments balistiques au cours de la soirée."

L'enquêteur : "la première silhouette qui est proche de l'arbre est le corps de Romain Feuillade, qui était blessé au niveau du coup, de l'abdomen et de la poitrine. La seconde silhouette est celle de Marie-Aimée Dalloz, née en 1981, elle était blessée au niveau du cou ..."

Enquêteur : "La silhouette suivante est celle de Thierry Hardouin, retrouvé sur le dos. La suivante est celle de Hyacinthe Koma, né en 1979, blessé au niveau de la poitrine. La suivante est celle de Justine Dupont, née en 1981, blessée de trois orifices ..."

L'enquêteur poursuit la description du schéma qui reprend l'emplacement des corps avec "la silhouette de Ciprian Ionut Calciu". Puis "Lamia Mondeguer, née le 21 juillet 1985, découverte allongée, avec de très nombreuses blessures au niveau du visage, des membres inférieurs ..."

Enquêteur : "la silhouette suivante est celle de Didier Romain, né en 1982, blessé d'au moins quatre plaies. La silhouette suivante est celle de Michelli Gil Jaimez, né en 1986. Elle avait un orifice au niveau du bas du dos."

Enquêteur : "la silhouette à droite est celle de Lacrimioara Pop blessé au bas du dos. La silhouette suivante est celle de Anne-Laure Arruebo, découverte assise sur une chaise, blessée à de nombreux endroits."

Enquêteur : "la silhouette à gauche est celle de Cédric Ginestou, né en 1988, blessé au niveau du cou. La dernière est Cécile Coudon Peccadeau de l'Isle, née en 1988, blessée au niveau du bas du cou." Il s'agit là des 13 victimes retrouvées sur la terrasse de La Belle Equipe.

Enquêteur : "j'en viens maintenant au poste médical avancé, dans le restaurant du Petit Baïonat. Il a permis d'accueillir de nombreuses victimes. Mais six d'entre elles n'ont pas pu être réanimées. " On découvre une photo de six corps alignés, cachés sous des draps."

De la même manière qu'il l'a fait pour les victimes retrouvées sur la terrasse, l'enquêteur nomme chacune des victimes décédées malgré l'intervention des secours. "Djamila Houd, née le 6 août 1974, blessée au niveau de la nuque et des lombaires. Puis, Véronique Geoffroy ..."

L'enquêteur poursuit l'énumération des victimes : "Guillaume Ledramp, né le 24 février 1982, blessé sous l'aisselle droite. La 4e victime est Macathéo Boumbas, né en 1975. La 5e victimes est Halima Saadi, née le 10 octobre 1979, blessée au niveau du bras ..."

L'enquêteur conclut : "la 6e victime est Victor Munoz, né le 5 octobre 1991 blessé au niveau de l'omoplate et des membres inférieurs. »

L'enquêteur évoque le lieu de cet attentat : "La Belle Equipe n'était pas une brasserie impersonnelle comme on peut en voir dans Paris. C'était un lieu de convivialité, la plupart des victimes se connaissaient. Deux anniversaires avaient lieu ce soir-là".

L'enquêteur indique que deux internes en médecine ont croisé le commando terroriste des terrasses avant qu’il n’attaque la Belle Equipe. D'après ces internes, les terroristes leur ont dit : "ce soir l'Etat islamique est venu vous égorger".

L'enquêteur : "aucune trace de lutte n'a été constaté, uniquement des blessures très lourdes, par balles. Le commando était composé de trois individus, chacun armé d'une kalachnikov, composé des ressortissants belges Abdelhamid Abaaoud, Chakib Akrouh et Brahim Abdeslam".

Enquêteur : "je n'ai même pas les termes pour exprimer ce que l'on ressentait, mais on avait une mission. On s'est vraiment astreints à se conditionner pour agir en professionnels. Mais avec une grande humanité pour traiter les victimes qui ont perdu la vie ce soir-là."

L'enquêteur a fini son exposé. Le président indique que deux autres personnes sont décédées de leurs blessures à l'hôpital. "Il s'agit de René Bichon et Hodda Saadi." Il ajoute "il y a vingt blessés en plus des victimes décédées".

L'enquêteur : "j'ai su que le véhicule était arrivé par la rue de Charonne, était passé devant la Belle Equipe, avait ralenti, sans doute pour constater qu'il y avait beaucoup de monde ce soir-là et qu'au niveau du restaurant Le Petit Baïona, il a fait demi-tour."

L'enquêteur précise également qu'"au moment du départ et de la fin de l'attaque" de la terrasse de La Belle Equipe, "on entend un des terroristes crier Allah Aqbar".

Enquêteur : "on peut établir un nombre minimal de tirs à 164 puisque 164 étuis ont été retrouvés. Ces étuis ont été projetés par trois armes différentes, retrouvées dans le coffre du véhicule des auteurs le lendemain des faits."

Me Soria (PC) cite le témoignage du gérant du restaurant Le Petit Baïona selon lequel deux individus suspects sont venus sur place dans les semaines précédentes et ont déclenché la venue d'une patrouille de police.

L'enquêteur modère en précisant qu'"un événement comme les attentats du 13 Novembre génère un très grand nombre de témoignages". Pas toujours fiables. Certaines personnes ont vu 2 terroristes, d'autres 4. Certains ont vu des personnes suspectes, "mais pas corroboré objectivement".

Me Mouhou (PC) : "je suis avocat des familles des victimes Mondeguer et Didier. Vous savez, ils étaient amoureux dans la vie et vous les avez représentés enlacés. Mais Lamia Mondeguer a été confondue avec une autre victime et pour sa famille c'était terrible".

Enquêteur : "on avait nos yeux et les objets qui étaient autour de nous. Donc on a pu donner des éléments d'identification, mais ce n'était pas formel".

L'enquêteur à la barre évoque les trente impacts dans la vitrine de La Belle Equipe, trente autre à l'intérieur : "le lieu a été mitraillé par les kalachnikov donc il est complètement dégradé".

L'enquêteur répond pour la 4e fois à la question d'un avocat de savoir lequel des trois terroristes a tué l'une des victimes de La Belle Equipe : "c'est une attaque terroriste avec une puissante de feu terrible et violente, d'autant que ce sont des tirs en rafales".

L'avocat de PC poursuit : "14 minutes entre les 1ers tirs à côté de l'hôpital Bichat et les tirs à la Belle Equipe. Est-ce qu'un service de police aurait pu prendre en chasse le véhicule [des terroristes ndlr] ?" Enquêteur : "je ne suis pas la bonne personne pour répondre ».

Me Lashab (PC) : "il ressort de témoignages qu'il y a eu une première série de tirs, une pause et une deuxième série de tirs ..." Enquêteur : "les témoignages sont contradictoires entre eux. Donc on reste prudents. Mais plusieurs personnes ont parlé d'une pause."

Me Reinhart (PC) tient à rectifier deux erreurs dans le témoignage de l'enquêteur : "Victor Munoz est né le 22 juillet 1991. Il a été blessé à la jambe et à la nuque. On peut penser que la blessure à la nuque a été mortelle. Je fais cette précision pour la mémoire de Victor".

Fin de l'audition de l'enquêteur. Salah Abdeslam demande la parole : "bonjour à tous. Tout d'abord, je voudrais faire un commentaire sur les vidéos qui ont été présentées par les enquêteurs. Si on les sort de leur contexte, je suis le premier à les désapprouver."

Salah Abdeslam : "... mais si on les remet dans leur contexte, alors je ne peux que les approuver. Des françaises et des Français de religion musulmane ont émigré. Et la France les a tués, les a assassinés. Si la France compte ses morts, nous, nous avons arrêté de les compter."

Salah Abdeslam : "on peut se faire la guerre, mais la porte du dialogue doit toujours rester ouverte". Président : "il y a de la provocation dans ce que vous faites. Ce n'est pas en tirant sur des personnes à une terrasse qu'on ouvre la porte du dialogue."

Salah Abdeslam : "le 13 Novembre était inévitable. Par contre, vous pouvez éviter des nouveaux 13 novembre et c'est pour cela que je parle du dialogue ..."

Salah Abdeslam : "mais quand les enquêteurs vous présentent leur exposé c'est comme s'il vous lisaient les derniers pages d'un livre. Mais il faut le lire depuis le début. Je terminerai juste en disant : ces terroristes, ce sont mes frères ». Président : "ça, on l'avait compris".

L'audience est suspendue avant l'audition du deuxième enquêteur sur les constatations de la scène de crime du Comptoir Voltaire.

L'audience reprend. Le 2e témoin de la journée s'avance à la barre. Lui aussi témoigne anonymement, sous le matricule RIO 1206362. Aujourd'hui retraité de la police nationale, il était chef de la brigade criminelle de la PJ de Lille et doit témoigner des constatations sur la scène.

Enquêteur : "j'ai été contacté pour aller prêter main forte aux collègues parisiens. J'ai monté une équipe d'une dizaine de collègues et on est partis dans la nuit".

L'enquêteur indique qu'il va faire diffuser une vidéo sur laquelle on voit : "un individu de type nord-africain entre dans l'établissement. Il bouscule un peu la serveuse, lève la main au niveau du col et là, il y a une explosion." Le président prévient que la scène est violente.

La vidéo débute. Elle dure 50 secondes. On voit arriver le terroriste, en l'occurrence Brahim Abdeslam, jean bleu, blouson noir. Il bouscule la serveuse, qui l'interpelle. Puis c'est l'explosion. La serveuse est projetée à terre. Un autre client est aussi grièvement blessé.

L'enquêteur explique que "la scène de crime a été divisée en 5 zones. La zone 5 est celle où se trouve le cadavre de Brahim Abdeslam. La jambe gauche est déchirée, il a une plaie béante au niveau des reins gauche, c'est l'endroit de la détonation".

Enquêteur : "quand on retourne le cadavre, on découvre un patch de réanimation. Il y avait des médecins sur place qui ont tenté de réanimer tout en ignorant qu'il s'agissait du terroriste. Et c'est à la vue des fils électriques oranges, qu'ils ont appelé les démineurs".

Enquêteur : "il y a eu 120 écrous de découverts" qui se trouvaient dans la ceinture explosive du terroriste. Ce sont eux qui ont grièvement blessé la serveuse et un client. "On a retrouvé des impacts d'écrous jusqu'au deuxième étage de l'immeuble situé en face."

Dans le box, Salah Abdeslam n'esquisse pas un mouvement. Il observe la vidéo de l'explosion de son frère aîné, Brahim Abdeslam, les bras croisés, sans émotion visible.

L'enquêteur au sujet de Brahim Abdeslam : "il est entré d'un pas décidé et est allé se loger dans la partie la plus peuplée de la terrasse. Il a été interpellé par la serveuse et c'est là qu'il déclenche sa ceinture explosive".

Avocat général : "on voit l'auteur tenir un objet dans sa main droite. Il s'emblerait que ce soit un bouton poussoir" [pour actionner la ceinture explosive, ndlr] Enquêteur : "on a découvert un bouton poussoir sous le corps de Brahim Abdeslam"

Me Reinhart (PC) : "vous savez si l'analyse de sang [du terroriste ndlr] a révélé la présence de drogue ou autre ?" Enquêteur : "je n'ai eu aucun retour. Nous étions en soutien logistique aux collègues parisiens".

Une avocate indique que son client est le médecin qui a prodigué les premiers soins au terroriste : "il a prodigué le massage cardiaque en pensant que c'était juste un blessé. Et au moment où il a ouvert le T-shirt pour être plus efficace, c'est là qu'il a vu les fils électrique »

Un avocat de partie civile tient à préciser qu'en réalité, il y a eu trois personnes blessées grièvement : "une jeune femme que l'on voit s'enfuir sur la vidéo. Elle s'est effondrée juste après, a été transportée en urgence absolue et a subi 7 opérations en 5 jours."

Fin de l'audition de l'enquêteur. L'audience est suspendue jusqu'à mercredi, puisque pas d'audience demain ainsi que cela a été annoncé. Reprise mercredi "à 12h30 précise, monsieur Attou", lance le président à l'adresse de l'accusé arrivé en retard aujourd'hui.

Jour Dix - Mercredi 22 septembre - Interventions au Bataclan : Témoignages du policier de la BAC et de l’ancien chef de la BRI

Au programme aujourd'hui : le témoignage du policier de la Bac, intervenu spontanément au Bataclan, et qui a tiré sur l'un des terroristes. La cour entendra aussi Christophe Molmy, ancien chef de la BRI qui a mené l'assaut au Bataclan.

BAC 75N : "ce 13 Novembre 2015 c'était un vendredi banal, même si on sait en tant que policiers que les vendredis et samedis sont toujours un peu plus tendus. J'avais pris mes fonctions à 18h avec mon équipier. Nous étions en tenue de la BAC nuit, dans un véhicule banalisé".

Le policier BAC 75 souhaite également rendre hommage aux policiers intervenus ce soir-là, à ses collègues de la BAC nuit, à ceux de police-secours, aux forces de l'ordre qui ont œuvré cette nuit du 13 novembre.

BAC 75N : "ce 13 Novembre 2015 c'était un vendredi banal, même si on sait en tant que policiers que les vendredis et samedis sont toujours un peu plus tendus. J'avais pris mes fonctions à 18h avec mon équipier. Nous étions en tenue de la BAC nuit, dans un véhicule banalisé".

BAC 75N : "vers 21h35, j'ai reçu un premier appel. Le chef de salle m'a informé d'une explosion qui venait de se produire au Stade de France. Quelques instants plus tard, un autre appel m'a informé d'une fusillade rue Bichat. Sans notion d'un attentat."

"j'ai décidé avec mon coéquipier de me rendre au Stade de France. Sur le chemin, nous avons eu l'information d'une seconde explosion au Stade de France. Il y a une confusion sur les ondes avec une saturation des messages radio. Mon téléphone n'arrêtait pas de sonner."

"arrivés à la porte de Clignancourt, nous avons eu l'information d'une nouvelle fusillade. Je n'avais plus aucun discernement sur ce qu'il fallait faire. J'ai pris la décision de reprendre le chemin de Paris car la situation semblait plus complexe".

"en arrivant sur la place de la République, vers 21h47, est apparu sur les ondes le premier appel pour des tirs au Bataclan. J'ai demandé à mon coéquipier d'accélérer encore. A environ 200m des lieux, j'ai retiré le gyrophare pour arriver plus discrètement."

"nous avons perçu les coups de feu, une scène immédiate de chaos. Nous n'avons pas eu le temps de nous organiser et de prendre le matériel dans le coffre. Au niveau du Bataclan café, gisaient déjà des victimes, deux ou trois corps".

"la 1ere pensée que j'ai eue c'est : "ça y est, on y est". Car depuis le mois de janvier, on savait très bien qu'un attentat allait survenir. Donc le premier sentiment c'était la sidération. Et puis immédiatement, notre attention a été attirée vers l'entrée du Bataclan"

"les portes se sont ouvertes d'un coup et une masse compacte d'une vingtaine ou trentaine de personnes nous est tombée dans les bras. Cette masse pour moi, elle a un visage : celui d'une femme terrorisée. Et elle a une voix : celle d'un homme qui crie : vite, vite".

"les portes se sont refermées et j'ai passé un message radio pour avertir d'une attaque au Bataclan. Puis, il a fallu prendre une décision. Nous ne connaissions pas la configuration des lieux. Mais la certitude qu'il y avait des terroristes avec des armes de guerre".

"nous avons avancé vers ces portes avec l'idée qu'on ne les franchirait peut-être jamais au retour. La première vision est celle des spots. Et puis des corps, des tapis de corps, des corps enchevêtrés, mélangés. Des corps parfois sur plus d'un mètre de hauteur."

"il y avait ce contraste très marqué entre le chaos, les bruits, les tirs et une fois entrés, plus rien. Nous avons progressé sur la gauche de la scène. En arrivant vers le bar, j'ai entendu une voix, avant même de voir le terroriste qui a hurlé : couche-toi au sol".

BAC 75N : "pour nous c'était le seul survivant à ce moment-là et il allait l'abattre. J'ai indiqué à mon coéquipier : "kalach" et je me suis avancé jusqu'à une rambarde pour ajuster mon tir. J'ai pris ma visée comme à un stand de tir. Nous étions suffisamment entraînés pour ça".

"à cette distance, j'ai préféré tirer dans son corps plutôt que ça tête qui était trop petite. J'ai tiré quatre fois et mon coéquipier deux fois. On a touché l'auteur puisqu'il a poussé un gémissement et s'est affaissé sur le dos."

"quelques secondes après qu'il soit tombé au sol, une grosse explosion a retenti avec une sorte de crépitement et une pluie de confettis, qui s'avèrera être de la chair humaine. Nous pensions que ses comparses avaient jeté une grenade depuis le plafond."

BAC 75N : "immédiatement, il y a eu des tirs nourris dans notre direction. Nous nous sommes abrités comme on pouvait derrière les pylônes. Et puis on a pris quelques secondes pour dire au revoir à nos proches. Car pour nous, nous allions mourir, c'était écrit".

BAC 75N : "notre action était limitée puisque nous étions deux avec des armes de poing et en face plusieurs terroristes avec des armes de guerre. Donc j'ai décidé de sortir pour voir si des renforts étaient arrivés. Je leur ai fait un rapide point de situation."

BAC 75N : "et à ce moment-là est apparue une ombre rasante avec des bruits de pas, un chargeur qui est tombé au sol et un bruit de culasse qui a claqué. Donc on pensait qu'un des auteurs allait sortir sur nous. Mais cette ombre a disparu et est repartie sur la gauche."

BAC 75N : "quelques secondes après, une seconde ombre est apparue et une main. C'était un des otages qui rampait et essayait de s'enfuir. On a décidé d'aller le chercher. Il m'a dit : "je ne peux plus marcher". On l'a tiré dans le verre brisé. Il était commissaire de police."

BAC 75N : "puis une seconde ombre est apparue. On est aussi allé la chercher. C'était une femme cette fois. Puis on a entendu des coups de feu assez éloignés qui faisait penser que les terroristes étaient en train de tuer les gens au coup par coup."

BAC 75N : "les collègues m'ont dit "patron, il faut attendre la BRI". J'ai dit "non, il faut y retourner". Cette fois, je savais ce qui nous attendait. C'était encore plus terrible. Mais mes collègues m'ont tous suivi avec un courage admirable."

"nous n'avions plus assez de munition et nous n'avions que notre courage à opposer aux terroristes. Et notre courage n'était pas suffisant. On entendait les gens gémir. Et on pensait que des gens mourraient devant nous, à quelques mètres, et on ne pouvait rien faire".

"la fosse était totalement à découvert. Des victimes nous demandaient : "qu'est-ce que vous attendez ?" On les rassurait comme on pouvait. Et puis un otage est sorti et a donné un numéro de téléphone. Je n'avais rien pour noter donc je l'ai fait répéter plusieurs fois".

BAC 75N : "je suis tombé sur la BAC 75N qui était équipée d'armement lourd, des fusils à pompe, des fusils mitrailleurs etc. Donc je leur ai dit : "on va rentrer et quoi qu'il arrive, on ne recule pas." On est rentrés et je les ai placés en protection des victimes de la fosse".

"les gens commençaient à sortir mais il fallait aussi qu'on mette en place un dispositif de palpation pour s'assurer qu'aucun terroriste ne se glissait parmi les victimes et qu'il y ait un surattentat".

"à un moment donné c'est devenu insoutenable pour moi et j'ai décidé d'aller dans la fosse pour secourir les victimes. Je me souviens du visage du premier jeune homme. Mais les victimes étaient extrêmement lourdes car leurs vêtements étaient imbibés de sang."

BAC 75N : "j'ai cette image de ce policier qui est allé chercher un petit garçon de 5 ans qui était sous un corps avec son casque anti-bruit et qui était venu avec sa maman. Je sais que ses grands-parents nous écoutent via la webradio et je leur adresse toute mon amitié".

BAC 75N : "je me souviens aussi de cet homme qui nous a dit : "merci, grâce à vous, je vais revoir mes enfants". Quand on est policier, ça marque."

BAC 75N : "ensuite, l'assaut a été donné. Et on a été libéré de notre service. J'ai regroupé mes effectifs sur la voie public, on est rentrés au service tous ensemble. Et puis on s'est réconforté et on est rentrés. Et puis, on a essayé de revivre comme avant."

BAC 75N : "on a eu le dispositif de soutien psychologique qu'il fallait. Mais on reste marqués à vie par un tel événement." Président : « c'est un exposé très complet et impressionnant. Votre intervention a permis de réduire le nombre de victimes".

Le commissaire BAC 75N explique qu'il est donc entré trois fois dans le Bataclan. La première seul avec son coéquipier, puis avec d'autres effectifs de la BAC nuit, puis avec la BAC 75 plus lourdement armée. "Quand la BRI arrive, il n'y a plus de tirs depuis plusieurs minutes."

BAC 75N : "pour moi la soirée a été très longue et chaque moment a été très long. Mais après, dire si l'assaut est intervenu trop tôt ou trop tard, je ne peux pas répondre à cette question."

Le président rappelle "vous avez été entendu dans le cas de cette enquête et dans le cadre de la commission d'enquête parlementaire sur le rôle des primo-intervenant".

BAC 75N : "le dispositif tel qu'on l'apprenait en école de police c'est "on fige les lieux, on sécurise et puis on attend les forces d'intervention type BRI etc. Puis, suite à notre intervention le 13 Novembre des niveaux d'intervention ont été établis"

Président : "donc actuellement une intervention telle que vous l'avez pratiquée ne serait pas encouragée ?" BAC 75N : "psychologiquement, on serait plus préparés. Il y a certaines barrières qui ont sauté. Et puis on sait exactement ce qu'on doit faire".

Président : "si vous ne prenez pas cette décision, il n'y aurait pas eu d'indication pour que vous rentriez. Vous auriez dû attendre ?" BAC 75N : "ma conception du métier de commissaire c'est que c'est celui qui est sur le terrain qui décide. Pas un opérateur derrière sa radio."

BAC 75N : "avec mon coéquipier, on était quand même suffisamment spécialisés. Ce n'était pas de la bravoure déplacée. Même s'il y avait un risque." Président : "je vous remercie. Encore une fois, je pense que votre intervention a pu sauver de nombreuses vies".

BAC 75N : "Pour moi quand j'entendais les coups de feu c'est qu'ils étaient en train d'achever des gens. Il fallait donc retourner sécuriser au moins de rez-de-chaussée. Une des missions de la police c'est d'attirer le feu sur soit pour éviter que des civils soient touchés."

BAC 75N : "à chaque fois que j'entrais dans le Bataclan, je coupais ma radio pour ne pas me faire repérer mais aussi pour garder une acuité auditive maximale." Ce n'est donc qu'une fois à l'extérieur qu'il peut transmettre les informations sur les ondes radio de la police.

Assesseure : "vous avez personnellement vécu ces faits-là. Est-ce que vous avez des regrets sur certaines choses ?" BAC 75N : "je me dis que peut-être qu'on aurait pu extraire des personnes qui étaient à quelques mètres de nous, les tirer. Mais on ne pouvait pas aller trop loin"

BAC 75N : "en moins de 5 minutes, des forces de l'ordre étaient présentes. J'imagine que les terroristes ne s'attendaient peut-être pas à une intervention aussi rapide puisqu'ils avaient organisé leur plan pour que les forces de l'ordre soient mobilisés sur les terrasses."

BAC 75N : "en termes d'équipement, on a notre arme de poing avec 30 cartouches chacun. Plus notre gilet pare-balle léger. Ensuite, on a du matériel dans le coffre mais on n'a pas eu le temps de s'équiper. De toute façon, un casque contre une kalachnikov ..."

Avocate générale : "vous avez eu des nouvelles de cet otage que le terroriste tenait en joue quand vous êtes intervenus ?" BAC 75N : "ce jeune homme, on a eu la chance de le retrouver quelques semaines après, comme d'autres victimes qui nous ont contactés"

Me Jérôme Andréï, avocat du commissaire : "vous avez contacté vos proches parce que vous pensiez que vous alliez mourir ?" BAC 75N : "oui, très rapidement, pendant 5 ou 6 secondes. Sans même attendre la réponse de l'interlocuteur. J'étais persuadé que j'allais mourir".

BAC 75N : "la législation a évolué et nous sommes désormais autorisés à porter notre arme 7/7 jours. Depuis, il n'y a pas un jour où je ne porte pas mon arme de service. Il est inenvisageable pour moi d'aller dans une salle de spectacle ou un lieu fermé sans porter mon arme."

Me Chemla (PC) : "est-ce que vous avez rencontré, pendant votre temps de présence, des militaires des forces Sentinelles ?" BAC 75N : "non, je n'ai eu aucun contact. Et je n'ai pas entendu cette information sur les ondes."

Me Chemla (PC) : "est-ce que vous auriez été capable, vous, de vous servir d'une arme de type Famas?" BAC 75N : "je connais les Famas de mon service national. Je pense que tout policier qui a l'habitude de se servir d'une arme peut utiliser un Famas."

Me Chemla (PC) : "qu'est-ce que ça peut changer dans la vie d'un homme aguerri comme vous ?" BAC 75N : "il y a des impacts post-traumatiques manifestes chez la plupart des policiers. On voit la vie autrement. Chacun réagit différemment."

Le commissaire BAC 75N en réponse à une question de Me Reinhart (PC) sur ses relations avec son coéquipier ce soir-là : "on se revoit évidemment, on échange régulièrement, mais on ne parle pas spécialement du sujet. Je crois qu'on a tous les deux envie de passer à autre chose."

BAC 75N : "j'ai une casquette de commissaire qui consiste à prendre des décisions. Et une casquette d'homme. Il m'est apparu inconcevable de rester à l'extérieur en étant armé alors qu'on était les seuls à pouvoir faire quelque chose pour essayer de sauver des gens".

Me Morice (PC) : "vous savez que vous êtes sous-armés, qu'est-ce qui vous pousse à y aller quand même?" BAC 75N : "c'est dans les tripes, on ressent ce qu'on doit faire".

Fin de l'audition du commissaire BAC 75N. L'audience est suspendue avant que la cour entende l'ancien chef de la BRI, Christophe Molmy.

L'audience reprend. Christophe Molmy, à l'époque chef de la BRI s'est avancé à la barre. Lui aussi témoigne en qualité de partie civile. Outre son rôle professionnel, il a aussi perdu un ami au Bataclan.

Christophe Molmy, ancien chef de la BRI a choisi de débuter son audition par un retour sur l'histoire de la BRI et sa composition. Il fait projeter plusieurs graphiques qui reprennent les différents groupes : maîtres-chiens formés à l'assaut, les médecins etc.

Christophe Molmy poursuit son exposé sur la BRI et ses missions. Il insiste sur "la forte expérience de la BRI en matière de contre-terrorisme", souligne son rôle également "dans la négociation tactique" lors de prise d'otages avec "des négociateurs formés à l'islam radical".

Christophe Molmy (BRI) : "ce soir-là, on a accusé le coup de huit attentats en 33 minutes. C'est terrible. Ça pèse sur le moral des intervenants, ça embouteille les salles de commandement, ça désorganise. C'est d'ailleurs le but de ces attaques."

Christophe Molmy : "nous sommes arrivés vers 22h20. J'ai été prévenu des tirs sur les terrasses par un SMS de journaliste. Je prends la décision d'aller au 36 quai des orfèvres". De là, ils prennent le chemin de la rue de Charonne. Sur la route, ils sont réorientés au Bataclan.

Christophe Molmy : "nous sommes rentrés vers 22h25. On a découvert une scène à laquelle personne n'était préparé. Sur le sol, on avait des centaines de corps. Il y avait tous les morts, les blessés, les valides. Tout le monde était couché. On a cette image saisissante".

Christophe Molmy (BRI) : "on a cette odeur de sang qui prend à la gorge, l'odeur de poudre très entêtante. Il n'y avait aucun coup de feu et aucun mouvement. Donc rien qui nous permettait de savoir où étaient les terroristes".

Christophe Molmy (BRI) : "on a commencé à évacuer. Evacuer ça implique de fouiller les personnes, les tenir debout parfois, les rassurer aussi." A 22h40, "on a quasiment terminé l'évacuation du rez-de-chaussée".

Christophe Molmy (BRI) : "à 23h, on a constitué deux colonnes et on a commencé l'exploration des étages. On a vu des otages sortir des faux plafonds, sortir des placards électriques. Je me souviens avoir ouvert une porte des toilettes et être tombé sur 5 ou 6 personnes entassées"

Christophe Molmy : "à 23h15, le chef de colonne tombe sur une porte derrière laquelle on entend hurler. Ils hurlent qu'ils sont sous le joug de deux terroristes qui menacent de tout faire exploser." "Il faut négocier", explique l'ancien chef de la BRI.

En tous, il y aura 5 contacts téléphoniques avec les terroristes (entre 23h15 et 00h18). Christophe Molmy (BRI) : "je laisse les négociateurs travailler. Il y avait une femme enceinte dans le couloir, on pouvait peut-être négocier la sortie de quelqu'un".

Christophe Molmy (BRI) : "le négociateur me dit qu'à son avis, on n'arrivera pas à négocier. Qu'il n'en tirera rien." Il sort alors du Bataclan pour aller discuter directement avec discuter avec le procureur François Molins et le préfet de police Michel Cadot à l'extérieur.

Christophe Molmy (BRI) : "on a donné l'autorisation [de l'assaut, ndlr] immédiatement. Un couloir c'est compliqué, il n'y a pas beaucoup d'endroit pour se cacher. Mais ce soir-là, tout le monde était volontaire pour être dans la colonne."

Christophe Molmy (BRI) fait projeter un schéma du couloir sur lequel il a représenté les deux terroristes, les otages agenouillés, ceux que les terroristes avaient placés devant les fenêtres, les spectateurs réfugiés dans la loge juste en dessous.

Christophe Molmy (BRI) : "dès que nous sommes entrés, le premier terroriste a vidé un chargeur dans le bouclier. On avait pour objectif d'encaisser un maximum, de ne pas tirer pour ne pas provoquer de feux croisés. Donc ils ont très peu tiré, une dizaine de tirs je crois".

Christophe Molmy (BRI) : "on a réussi à sortir les otages du couloir, fait replier les terroristes au fond du couloir avec l'usage de grenades aveuglantes et incapacitantes. Les collègues ont continué à avancer dans des conditions très dégradées car on n’y voyait plus rien».

Christophe Molmy (BRI) : "le premier terroriste s'est fait sauter. C'est extrêmement impressionnant. Heureusement aucun de nous n'a été blessé. Tout est parti vers le haut. Le deuxième terroriste est abattu."

Christophe Molmy (BRI) : "dans la loge, on a fait sortir les otages. Ils sont sortis en enjambant le corps du terroriste qui avait toujours son gilet, protégés par le démineur qui était couché sur le terroriste, faisant une sorte de pont alors que ça aurait pu exploser."

Christophe Molmy (BRI) : "on a fini vers 1h15. Je les ai réunis brièvement. Je leur ai dit la fierté que j'avais de les avoir commandés. Car c'était une intervention quasi impossible. Ensuite on rentre au service et ensuite tout le monde rentre à la maison, voir nos familles."

Christophe Molmy (BRI) fait projeter deux photos du couloir, un étroite coursive. On découvre aussi en photo les impacts de balles sur le bouclier. Il rappelle encore qu'un des hommes de la BRI a été blessé à la main, qu'"il a failli perdre". "Il a dû quitter la BRI".

Christophe Molmy (BRI) explique que les policiers qui ont mené l'assaut ont pu débriefer avec des psychologues "par groupe", "puis individuellement". Les familles aussi ont pu bénéficier d'un soutien psychologique, "car ça a été compliqué, notamment pour les enfants".

Christophe Molmy (BRI) : "lorsque le préfet de police me donne l'autorisation de l'assaut, après, il m'attrape et me dit : "Christophe, est-ce que ça va bien se passer ?" Je lui dis : "non". Il fallait accepter l'idée de pertes et dans les otages et dans les opérateurs".

Christophe Molmy : "quand on est arrivés, les gens sont extrêmement tendus, blêmes. On nous a dit qu'il n'y avait probablement plus de terroristes". Président : "l'information s'est perdue ?" "C'est tellement difficile à gérer. C'est possible qu'une info soit passée au travers".

Le président tente de recadrer le débat : "on comprend que c'est une situation de chaos inédite. Ce n'est pas de moi que vont venir les critiques sur les dysfonctionnements éventuels. Et je ne pense pas que ce soit l'objet de ce procès qui est de juger les accusés."

Le président : "il va falloir quand même une heure pour se rendre compte qu'il y a des otages avec des terroristes à l'étage". Christophe Molmy (BRI) : "ça peut paraître très long, mais il a fallu sécuriser le rez-de-chaussée, il y avait des centaines de personnes."

Christophe Molmy (BRI) : "Bien sûr qu'il fallait aller vite. On le savait. On était au milieu des corps qui nous tiraient le pantalon pour qu'on les aide. Mais aller vite ce n'est pas se précipiter. On piétinait au milieu des corps, dans le sang."

Christophe Molmy (BRI) : "bien sûr que froidement, on nous a dit : "vous avez mis une heure pour vous rendre compte qu'il y avait des terroristes à l'étage avec des otages. Mais c'est un vieux bâtiment, 10 000 mètres carrés. C'est très complexe. Il a fallu se coordonner".

Christophe Molmy (BRI) : "je comprends les blessés qui ont eu le sentiment d'attendre deux heures. Je m'excuse auprès d'eux. Je souffre avec eux. J'ai d'ailleurs perdu quelqu'un au Bataclan. Mais il y avait des risques de surattentat."

Christophe Molmy (BRI) :"si on s'arrête à chaque personne qui nous tire le pantalon et nous dit "aidez-moi", rapidement on perd pied. Donc les gars sont assez formés à ça. Ils font ce qu'ils ont à faire. Et ils avancent."

Président : "vous avez cité un de vos hommes qui s'est couché sur un des terroristes dont le gilet n'avait pas explosé [pour protéger les otages, ndlr]. C'est un protocole ?" Christophe Molmy (BRI) : "Non, c'est de son propre chef. Mais ils ont tous été héroïques ce soir-là» :

Assesseure : "qu'elle étaient les revendications des terroristes ?" Christophe Molmy (BRI) : "ils voulaient qu’on parte. Ils ont revendiqué. Mais on n'a pas eu vraiment d'échange. Dès qu'on a demandé qu'ils lâchent des otages, comme la femme enceinte, ils se sont braqués".

Assesseure : "comment étaient les terroristes ?" Christophe Molmy (BRI) : "ils étaient plus jeunes, plus instables que Coulibaly [terroriste de l'Hyper Cacher, ndlr] puisqu'il avait cette référence. C'est d'ailleurs ce qui l'a conduit à me suggérer de lancer l'assaut."

Christophe Molmy (BRI) : "en effet je suis partie civile et en tant que partie civile, on n'est pas obligé de témoigner. Mais je pensais qu'il était utile d'expliquer. Je ne ressens pas le besoin de me justifier, mais il me semble qu'il y avait devoir d'explications".

Christophe Molmy (BRI) en réponse à une question de l'avocate générale : "la BRI est naturellement l'unité d'intervention du contre-terrorisme à Paris. On est dans un délai contraint d'intervention de 20 minutes. Il n'y avait de mon point de vue pas de discussion".

Christophe Molmy au sujet des otages : "On les a rencontrés après. J'ai été très touché par ces hommes et ses femmes, par leur dignité. Ils ont passé 2h sous la menace des terroristes et ils ne sont pas policiers, ils passent d'un concert à une prise d'otages. C'est abominable".

Me Topalov (PC) : "est-ce qu'on ne perd pas de temps à essayer de négocier avec ce type de personnes ?" Christophe Molmy (BRI) : "imaginez qu'on intervienne tout de suite et que ce soit un massacre. Vous ne trouveriez pas qu'il aurait fallu essayer de négocier ?"

Christophe Molmy (BRI) : "si le négociateur avait eu le sentiment qu'on aurait pu arriver à quelque chose, je l'aurais laissé travailler. Ça aurait pu durer trois heures. Moi j'ai confiance en lui. En l'occurrence, très vite, il se rend compte qu’on n’arrivera à rien».

Me Morice (PC) : "vous trouvez normal que vous qui coordonnez l'action pour la BRI ne soyez pas en mesure d'avoir les informations qu'il y a des otages alors que d'autres l'ont ?" Christophe Molmy (BRI) : "il faut avoir un peu d'indulgence. C'est une situation de chaos."

Me Morice (PC) : "il y a des membres de la BI ont fait part de leur regret de ne pas avoir eu l'autorisation d'intervenir plus tôt alors qu'ils étaient en capacité de le faire. Vous en pensez quoi ?"

Christophe Molmy (BRI) : "dans le reportage indigne auquel vous faites référence, les membres de la BRI disent qu'ils auraient pu intervenir à 21h30 alors qu'il n'y avait pas encore eu les 1ers coups de feu au Bataclan".

Me Morice (PC) : "les membres de la BI sont pourtant entraînés et ils étaient équipés puisqu'ils revenaient d'un entraînement." Christophe Molmy (BRI) :"ils revenaient d'un entraînement de varappe, à la tour Eiffel. Ce n'est pas tout à fait le même équipement."

Me Morice (PC) : "donc tout s'est passé au mieux ?" Christophe Molmy (BRI) : "si j'en crois le résultat, cela ne s'est pas si mal passé, maître."

Me De Montrbial (PC) : "entre le moment où vous êtes chez vous en famille et le moment où vous êtes devant le Bataclan après être repassés par le 36 quai des orfèvres vous équiper, il se passe 32 minutes ?" Christophe Molmy (BRI) : "tout à fait".

Me de Montbrial (PC) : "comme vous n'avez pas d'avocat, je vais vous poser une question comme si j'étais votre avocat. Vous avez expliqué que vous avez tenu à être dans la colonne. Pourquoi ?" Christophe Molmy (BRI) : "on ne commande pas de l'arrière."

Christophe Molmy (BRI) : "la décision de proposer l'assaut est très lourde. Et une fois que j'ai eu l'autorisation, je ne me voyais pas dire aux gars "allez-y" et puis ressortir attendre que ce soit fini. Ce n'était pas concevable pour moi. Donc je suis resté".

Les avocats de parties civiles sont nombreux, au nom de leurs clients à présenter leurs remerciements pour le travail effectué ce soir-là par les policiers de la BRI. Fin de l'audition de Christophe Molmy. L'audience est suspendue jusqu'à demain 12h30.


Jour Onze - Jeudi 23 septembre – Témoignage du Directeur de l'Institut médico-légal

11e jour au procès des attentats du 13 Novembre 2015. Aujourd'hui, la cour d'assises va entendre le témoignage du directeur de l'IML, où ont été amenés les corps des victimes. La question des erreurs d'identification sera probablement abordée à la barre.

Comme souvent, en début d'audience, le président enregistre le serment d'un nouvel interprète à la barre. Il y a plusieurs interprètes à ce procès 13 Novembre à la fois pour certains des 20 accusés mais aussi pour les nombreuses parties civiles étrangères.

Le président appelle à la barre Bertrand Ludes, expert, 62 ans, professeur de médecine légale, dirige l'Institut Médico-Légal de Paris, l'IML où les corps des 130 victimes ont été autopsiés après le 13 Novembre.

A la barre, M. Ludes rappelle les missions qui lui ont été fixées par le procureur Molins après le 13 Novembre : "pratiquer l'autopsie complète des corps et des fragments humains enregistrés sur les différents numéros pour établir les circonstances et causes de décès".

M. Ludes explique que sa deuxième mission était la description détaillée des corps. "Et remettre aux enquêteurs tout projectile que nous aurions pu trouver".

Bertrand Ludes précise "l’identification des victimes relève des forces de police". Il ne l'abordera pas dans son exposé à la barre.

B. Ludes : "Le corps de la première victime est arrivée à l’IML le 14 novembre à 6h du matin et la deuxième à 10h50".

Bertrand Ludes parle des "123 corps entiers et 17 fragments de corps admis le 14 novembre. D’autres fragments de corps ont été admis après le 14 novembre".

Bertrand Ludes : "Il a été réalisé 49 scanners, et nos collègues chirurgiens-dentistes ont effectué 30 examens odontologiques".

"Puis le 15 novembre ont débuté les constatations thanatologiques", explique Bertrand Ludes.

Il dit les cellules psychologiques qui étaient à l'entrée pour les familles qui se sont présentées à l'IML. Et parle de la "baie vitrée qui nous permet de présenter les corps sous scellés judiciaires".

Cette vitre, empêchant les familles endeuillées de toucher l'être aimé a été une épreuve terrible, pour les proches des victimes du 13 Novembre.

Jean Reinhart, avocat de l'association 13onze15 et oncle d'une victime du Bataclan avait raconté cette épreuve de la vitre de l'IML, "ces corps froids qu'on ne pouvait toucher".

Bertrand Ludes explique que "dans une salle d'autopsie, il y a à peu près dix personnes. Deux médecins, deux enquêteurs, le photographe, le technicien qui nous assiste est expert balistique..."

Bertrand Ludes annonce qu'il va passer "à une approche plus lésionnelle si vous me le permettez, monsieur le président".

Bertrand Ludes explique que lors des autopsies, ils ont trouvé des "projectiles intacts, complets, dans un tiers des corps". Pour les autres, projectiles fragmentés, émanant des kalachnikov.

Bertrand Ludes énonce les principales causes de décès : "lésions cérébrales et hémorragies massives".

B. Ludes : "Les caractéristiques des plaies ont été difficiles, nous avions de très multiples orifices cutanés. De 1 à 32 par corps. Beaucoup s’étaient fragmentés. Impossible de faire la distinction entre l’orifice d’entrée, de sortie, et nous avions des orifices de ré-entrée".

Bertrand Ludes que les autopsies ont été longues. Souvent huit heures par corps.

Bertrand Ludes détaille à la barre, les lésions. Décompte et précisions macabres. "Nous avions 9 victimes avec des lésions cérébrales majeures (7 au Bataclan / 2 sur les terrasses), 21 trauma thoraciques majeurs (15 au Bataclan/ 6 sur les terrasses)...

Bertrand Ludes poursuit : "9 victimes avec des trauma abdominaux (8 Bataclan / 1 terrasse). 3 victimes ne présentaient que des lésions inférieures (toutes du Bataclan)" et il évoque les victimes avec "plusieurs régions touchées".

B. Ludes dit que 31 victimes avaient "trois régions touchées, crâne, thorax, membres" : 20 au Bataclan, 3 sur les terrasses. Et quelques victimes avec encore plus de régions touchées, note-t-il.

Le président pose délicatement, une question délicate, celle du délai du décès des victimes. Bertrand Ludes : "Monsieur le président, la question est difficile".

B. Ludes : "Pour un grand nombre de victimes, nous avons un décès immédiat. Avec une hémorragie, le décès va jusqu’à trois quatre minutes. Mais il y avait un polycriblage. Lorsque vous avez plusieurs impacts, souvent les victimes avaient déjà perdu connaissance".

B. Ludes ajoute : "ça dépend des zones touchées, si vous avez une plaie thoracique, vous avez tout de suite une absence de pouvoir respirer".

Le président lui demande s'il n'a constaté que des blessures par balles ? "Oui, monsieur le président". Le président : "Est-ce que vous avez constaté des blessures par d’autres objets, comme un couteau ?" Bertrand Ludes : "Non, monsieur le président". Il est formel.

Une des assesseurs demande si des victimes ont été tuées avec des tirs à bout touchant ? Le médecin légiste ne peut pas répondre. Elle demande si les secours auraient pu sauver des victimes en arrivant plus vite ? Il ne sait pas.

A l'IML, B. Ludes a aussi autopsié les corps des terroristes. Le dernier corps d'un kamikaze du Bataclan est arrivé à l'IML le 19 novembre 2015.

Une magistrate demande au médecin légiste si le terroriste Samy Amimour, visé par deux policiers de la BAC75N sur scène au Bataclan est mort à cause des tirs ou avec l'explosion de son gilet bourré de TATP ?

Le médecin légiste qu'il a constaté sur Samy Amimour une "fragmentation du corps". Il n'a pas retrouvé de projectiles. "Les orifices sont masqués par l'explosion du blast ensuite", note-t-il.

L'avocate générale Camille Hennetier lui demande quels enseignements ont été tirés du 13 Novembre à l'IML de Paris ? B. Ludes répond : "nous avons acquis des chambres froides pour augmenter la capacité d'accueil de 100 corps".

L'avocate générale l'interroge sur l'autopsie d'un autre terroriste, Omar Mostefaï, mort dans l'assaut final de la BRI avec l'autre terroriste, Foued Mohamed-Aggad. Ces deux terroristes ont retenu des otages dans un couloir pendant deux heures, au balcon du Bataclan.

Le médecin légiste répond que O.Mostefaï touché par un tir thoracique et "atteint au niveau thoracique par le gilet d'un autre auteur", le gilet explosif de F. Mohamed-Aggad. "Et par le blast", précise-t-il. Et il évoque un "polycriblage des membres inférieurs".

Me Bibal, avocat de nombreuses victimes l'interroge sur la présentation des corps aux familles des victimes. Beaucoup de familles ont été doublement meurtries, après le deuil, l'épreuve d'un accueil difficile à l'IML ont dit beaucoup de familles.

Me Bibal : "Comment ça se passe 43 présentations de corps dans une journée avec une seule salle ?" B. Ludes répond : "les familles étaient reçues du matin jusqu'au soir".

Me Bibal rétorque que le temps était hélas très limité. Et s'en désole.

Me Bibal : "vous avez eu des remontées des familles. Quelle est votre position cinq ans après ?"

Bertrand Ludes : "je suis désolé".

Bertrand Ludes dit qu'aujourd'hui, une nouvelle organisation, avec des rendez-vous. Et qu'en 2015, les familles arrivaient sans rendez-vous... Sur le banc des parties civiles, des familles protestent : "Bien sûr que si, on avait des rendez-vous !"

Me Reinhart prend la parole. Il est avocat de 13onze15

Il a entendu 26 familles qui se sont rendues à l'IML. Qui avaient des reproches sur ce qu'elles ont vécu au moment de l'identification des corps de leurs proches à l'institut médico-légal de Paris.

Me Reinhart interroge B. Ludes sur l'identification des corps. Il cherche à comprendre pourquoi des familles qui cherchaient leurs proches se sont dans plusieurs cas entendu répondre que le corps n'était pas à l'IML alors qu'il y était.

B. Ludes : "Des corps étaient sous X, donc à l’accueil les personnes ne pouvaient pas dire si le corps n’était pas là".

Me Reinhart :"Il y a un traumatisme sur le traumatisme, une douleur sur la douleur. Les familles avaient droit à 5 minutes" pour voir le corps. "Ça vous paraît supportable pour les familles ?" B. Ludes : "Si ça s’est passé comme ça je suis vraiment désolé et confus"

B. Ludes : "On peut donner le temps pour se recueillir face à un corps. Si quelqu’un leur a demandé de partir au bout de trois minutes, c’est ma collègue clinicienne et je ne la vois pas dans cette démarche".

Bertrand Ludes ajoute que "devant le traumatisme, le rapport au temps doit être variable", sous-entendant que les familles se sont trompées et seraient restées plus de trois minutes.

Me Reinhart : "Vous nous avez expliqué qu’il y avait une glace pour des raisons de sécurité. La famille arrive dans la salle. On tire un rideau. On voit le visage derrière une vitre". Pour 100% des familles, ne pas pouvoir toucher leurs proches était terrible.

B. Ludes, ton froid : "C’est exact qu’à ce niveau-là les familles ne peuvent pas toucher leurs proches. Il n’y a pas de miroir. Il n’y a pas de rideau non plus. Le corps est présenté derrière cette baie vitrée avec un linceul".

Me Reinhart ne comprend pourquoi les familles ont dû attendre si longtemps pour les rapports d'autopsie. "Il y a une soif des familles de savoir si la balle était létale ou agonisante. Le délai de réponse vous paraît respectable pour les familles ?"

Me Reinhart, très posé, sans animosité, fait remarquer à l'expert médecin légiste : "Entre le monde qui est le vôtre et celui des familles, il y un écart extrêmement lourd". Ecart qui transparaît clairement dans le ton et les mots choisis par l'expert à la barre.

Me Mouhou, avocat de la famille de Lamia Mondeguer prend la parole. Raconte le drame de cette famille quand elle arrive à l'IML. On leur dit : "Préparez-vous à ne pas reconnaître votre Lamia !"

Me Mouhou : "La famille et les amis sont là. Il y a des cris, et en fait, ce n’est pas le corps. Vous imaginez le choc pour la famille !" Le corps de Lamia Mondeguer avait été confondu avec celui de Michelli Gil Jaimez. Toutes deux assassinées à la Belle Equipe le 13 Novembre

Me Mouhou se désole que dans le rapport d'autopsie il soit écrit le nom de Lamia avec des mensurations qui ne sont pas les siennes mais celles de Michelli. "On se dit que cette erreur va être rectifiée"...

Me Mouhou : "Et puis six ans plus tard, à l’audience de lundi, le 20 septembre 2021, un enquêteur qui vient et qui va confirmer une nouvelle fois cette erreur, une confusion entre le corps de Lamia et de Michelli !"

Bertrand Ludes explique que c'est après cette erreur qu'ils ont demandé que les corps soient sous X.

Me Mouhou : "L’erreur, elle vient d’où ?" B. Ludes : "Parce que le corps est arrivé avec une fausse identité".

A la barre, plusieurs enquêteurs ayant fait les constatations sur les lieux d'attentats du 13 Novembre ont expliqué à quel point il avait été difficile d'identifier les victimes, corps enchevêtrés souvent, papiers d'identité souvent mélangés dans les sacs épars.

Me Mouhou : "Y avait-il une possibilité de rectifier l’erreur au niveau médico-légal ?"

B. Ludes répond que l'erreur venait des PV de police, réalisés dans le chaos de cette nuit-là.

Une avocate de parties civiles fait remarquer à B. Ludes qu'en novembre 2015, des familles ont attendu des heures avant de voir le corps de leur proche. Dans la salle d'attente, elles voyaient d'autres familles rentrer/sortir après la vue du corps de leur proche. Eprouvant.

B. Ludes dit que depuis le 13 Novembre, les choses ont changé, on n'entre pas et on ne sort plus par la même porte à l'IML de Paris.

L'avocate qui représente la famille d'une victime du Bataclan demande à l'expert si ce jeune homme, Alban, a été torturé ? Ce que pense son père. "Non", répond du tac-au-tac devant la cour d'assises.

Et pour preuve, il montre sur grand écran des images de scanner et du corps de cette victime. Précisant qu'il n'y a pas fracture sur le crâne. Montrant le cadavre. L'image reste figée plusieurs secondes dans la salle. Photos dures.

Me Aurélie Coviaux, autre avocate de parties civiles, s'étonne comme d'autres avant elle, qu'il ait fallu attendre une dizaine de jours avant un certificat de décès et que le corps d'une victime quitte l'IML de Paris pour pouvoir être inhumé.

Bertrand Ludes bafouille. Me Aurélie Coviaux, exaspérée : "Je peux vous dire que l'erreur commise à l'IML a été telle que son père a eu l'espoir fou que sa fille était encore vivante".

L'audience a été suspendue. A la suspension, des proches de victimes décédées et avocats ont dit au micro leur douleur face à la froideur de l'IML.

Arrive à la barre une commissaire qui était en charge de "l'atelier victimes" à la SDAT, sous-direction antiterroriste. Elle était en charge de la gestion des victimes.

Elle parle d'une "mobilisation exceptionnelle, hors-normes", dit que ce 13 Novembre, la police a travaillé dans une "confusion généralisée".

Elle prévient les parties civiles : "mon propos risque de raviver des souvenirs traumatiques douloureux".

Elle parle de "pressions" pour l'identification des victimes du 13 Novembre. Pressions médiatiques via les réseaux sociaux. Or il fallait "identifier les victimes de manière certaine et scientifique".

Elle raconte les identifications au poste médical avancé. "Identifications parfois difficiles".

Elle parle des bracelets qui auraient pu aider pour des identifications, bracelets qui parfois avaient été enlevés par les secouristes ou qui étaient masqués par les blessures ou le sang. La commissaire parle encore de "grande confusion".

Elle décrit la commission d'identification. Elle note "onze erreurs recensées, parfois même après reconnaissance de la famille".

Elle parle à la barre de "sinus et de logiciels victimes", et égrène en montrant des schémas, des tas de sigles qui évoquent une grande complexité dans ces identifications faites par la police.

Elle dit que "la pièce d'identité est un élément d'identification parmi d'autres et ne doit suffire à l'identification", mais dans "la panique", des erreurs.

Et elle évoque les cas d'erreurs qui ont eu lieu, en donnant des noms de victimes.

La commissaire fond en larmes à la barre en évoquant le cas de Lola, la plus jeune victime du Bataclan, qui a été confondue avec une autre victime, Justine. Elle respire. Se reprend devant la cour.

La commissaire SDAT à la barre : "J’ai essayé de vous décrire objectivement les forces et les faiblesses du dispositif après les attentats. Je reste persuadée que le maximum a été fait".

L'avocate générale lui demande à quel moment la police a pu identifier formellement chaque victime. La liste a été complète le 23 novembre 2015, répond-elle.

Fin de ce 11e jour d'audience au procès des attentats du 13 novembre.

Jour Douze - Vendredi 24 septembre – Analyses : ADN, gilets explosifs et revendications par l’EI

Au programme aujourd'hui : les questions d'analyses ADN avec les témoignages de deux enquêteurs. Mais aussi celle de la revendication des attentats du 13 Novembre avec un enquêteur de la SDAT (dont l'audition était initialement prévue mardi).

Une avocate de parties civiles souhaite prendre la parole. Me Dorothée Bisaccia-Bernstein demande à ce que les parties civiles ne soient pas obligées de décliner leur nom dans le micro au moment où elles viendront témoigner à la barre.

Me Dorothée Bisaccia-Bernstein : "cette semaine une personne partie civile s'est vue dispenser de décliner son identité à la barre. Je crois qu'il n'apparaît pas complètement disproportionné de le permettre. "

Président : "ici, il y a plusieurs centaines de parties civiles. Le problème est qu'on puisse savoir de qui il est question à la barre. On va avoir de dizaines d'auditions sur certaines scènes de crime. Comment va-t-on savoir qui parle ? Et les personnes de la webradio ?"

"je comprends ce souci. Mais nous devons tenir le procès-verbal des débats ..."

Me Bisaccia-Bernstein : "on ne demande pas que les parties civiles soient anonymes. Mais qu'elles ne donnent pas leur nom à la barre."

"pour les parties civiles, c'est bien plus important que d'avoir une psychologue en chasuble dans la salle d'audience que de ne pas avoir à donner leur nom. Surtout qu'elles savent qu'elles sont filmées de face et retransmises dans toutes les salles".

Me Constance Dewavrin (PC) : "nous dans le travail de préparation que nous avons fait avec nos parties civiles nous leur avons dit qu'a priori cela ne poserait pas de difficulté. Et maintenant cela pose un problème pour les parties civiles dont les auditions commencent mardi".

"quand on est victimes du 13 Novembre on a une étiquette dans la vie. Et certaines parties civiles n'ont pas forcément envie d'être reconnues par leur employeur, étant donné la surmédiatisation de ce procès".

Les avocats généraux ne s'opposent pas à ce que les parties civiles ne donnent pas leur nom au micro.

Me Lea Dordilly (défense) : "c'est encore une dérogation à nos règles habituelles, encore un précédent. Si une partie civile ne veut pas s'exprimer, personne ne l'y contraint".

Président : "je vais réfléchir à tout cela calmement ce week-end. Je n'ai pas encore pris ma décision. Je vous ai tous entendus. Avec la précision que cela concernerait une dizaine de personnes."

Fin du débat sur le nom des parties civiles. L'expert Olivier Pascal, expert en génétique, s'avance à la barre.

Président : "ce qu'on va examiner avec vous aujourd'hui c'est ce qui s'est passé sur notre territoire. Les recherches en Belgique feront l'objet d'autres interventions"

L'expert Olivier Pascal prévient qu'il a effectué 17 expertises, principalement dans la Clio conduite par Salah Abdeslam et à l'intérieur des armes utilisées par les terroristes.

Pour expliquer le principe des empreintes génétiques, l'expert fait la comparaison avec des trains : "chaque individu a 2 trains avec un certain nombre de wagons. Une personne peut avoir 2 wagons et 5 wagons, une autre 20 et 30 wagons. Notre travail c'est de compter les wagons".

L'expert en génétique explique également que s'il peut être affirmatif dans l'exclusion ("cette trace de sang n'appartient pas à cet individu"), il ne peut pas l'être dans le cas contraire ("cette trace de sang présente les mêmes caractéristiques génétiques que cet individu")

Le travail a d'abord consisté dans l'identification de deux kamikazes et l'artificier présumé des attentats du 13 Novembre , grâce à des vêtements, à des relevés dactyloscopiques ou à des prélèvements sur leurs proches.

L'expert en génétique explique aussi qu'il a travaillé sur la Clio conduite par Salah Abdeslam. "7 empreintes génétiques ont été retrouvées", explique Olivier Pascal, dont celle du kamikaze du Stade de France, Bilal Hadfi.

L'expert en génétique énumère les éléments sur lesquels ont été retrouvés les différents ADN dans la voiture Clio examinée : "un paquet de cigarette, un emballage de Mentos, une batterie Samsung, un papier de bonbon et l'appuie-tête avant gauche …"

Olivier Pascal (expert) : "lorsqu'on trouve une empreinte génétique, on l'envoie au FNAEG (fichier national automatisé des empreintes génétiques) pour essayer d'identifier des individus définitivement".

L'expert en génétique explique "qu'un certain nombre de traces n'ont rencontré aucune comparaison" et sont donc restées anonymes. "Elles ont été envoyées au fichier national automatisé des empreintes génétiques".

Olivier Pascal (expert) explique qu'il n'a pas rencontré de difficultés particulières dans le travail d'analyses génétiques : "nous sommes habitués à analyser l'intérieur des armes, nous avons des techniques particulières pour récupérer les cellules qui s'y trouvent".

Olivier Pascal (expert) : "les conditions dans lesquelles vont être conservées les traces ADN font qu'elles vont disparaître rapidement ou perdurer pendant des années. Un briquet garder au fond d'une poche peut permettre d'extraire de l'ADN plusieurs dizaines d'années après."

Me Martin Vettes, avocat de Salah Abdeslam, interroge l'expert quant à savoir si son ADN a été retrouvé sur des armes ou chargeurs. Olivier Pascal (expert) : "non, je ne l'identifie pas." - "C'est bien ce qu'il m'avait semblé, merci."

Un deuxième expert, Bruno Vanlerbergue, s'avance à la barre. Le président indique : "votre intervention va concerner les constatations au niveau des gilets explosifs "[des kamikazes du 13 Novembre ndlr].

Bruno Vanlerbergue (expert) : "je vous propose de vous donner les grands principes d'un gilet explosif car tout le monde n'est peut-être pas expert. Il comporte 5 éléments : un déclencheur, un système électrique, l'initiateur, une charge explosive, et une enveloppe."

Bruno Vanlerbergue (expert) : "un gilet explosif est constitué de deux plaques d'explosif maintenues le long du corps par un gilet en tissus." Il fait projeter des photos des gilets non explosés des terroristes du 13 Novembre 2015.

Bruno Vanlerbergue (expert) : "nous avons retrouvé un bouton-poussoir similaire pour chaque gilet, des fils double brins caractéristiques d'inflammateur, des piles de 9 volts". "La charge explosive était du TATP. Cet explosif est artisanal."

Bruno Vanlerbergue (expert) : "le TATP est obtenu à partir de trois éléments : eau oxygénée, acétone et un acide qui peut être de l'acide chlorhydrique, sulfurique voire fabriqué avec du jus de citron, de l'acide citrique." "Au-dessus du TATP, on a retrouvé une couche d'écrous".

Alors que l'expert à la barre détaille la fabrication des gilets explosifs du 13 Novembre 2015, le président intervient : "si les accusés dans le box pouvaient écouter. Je vois que ça discute. Il n'est pas question de vous interdire de communiquer, mais si vous pouviez écouter".

Bruno Vanlerbergue (expert) explique que chaque plaque des gilets explosifs était bourrée d'écrous : "sur la charge ventrale 450 écrous environ, sur la charge dorsale 250 écrous environ soit 700 écrous pour un poids d'environ 3,6 kg par gilet"

Bruno Vanlerbergue (expert) explique que les gilets explosifs utilisés le 13 Novembre 2015 sont très similaires mais "je ne suis pas en mesure de vous dire s'ils ont été confectionnés par des personnes différentes" ou pas.

Président : "est-ce que ces produits explosifs ont pu être amenés avant et non pas la veille des attentats ?" Bruno Vanlerbergue (expert) : "on ne connaît pas le temps qui s'est déroulé entre leur fabrication et leur utilisation. C'est très compliqué de vous donner une réponse."

Bruno Vanlerbergue (expert) : "Le TATP est un explosif extrêmement instable, qui est assez mal connu. Il est extrêmement complexe à manipuler et on a peu de recul sur cet explosif, notamment en termes de dangerosité".

Assesseure : "on parle du transport de 8 à 9 gilets explosifs dans une voiture depuis la Belgique. Est-ce que c'est un risque ?"

Bruno Vanlerbergue (expert) : "c'est très dangereux de transporter du TATP. Après, est-ce que ce risque est acceptable ? Professionnellement non"

Président : "est-ce qu'on peut évaluer le temps de confection d'un gilet explosif, tout compris ? "

Bruno Vanlerbergue (expert) : "ça ne se fait pas en une heure. Le TATP c'est une réaction qui se fait toute seule. Et après le montage, c'est de l'ordre de plusieurs heures."

Assesseure : "fabriquer un gilet explosif est-il à la portée de tout le monde ?"

Bruno Vanlerbergue (expert) : "Hélas, il y a beaucoup de manuels disponibles sur Internet, des ouvrages dont je ne citerai pas les noms ici."

Président : "non, non, non".

Assesseure : "tous les produits de conception d'un gilet explosifs sont en vente libre ?"

L'expert Bruno Vanlerbergue explique que seule l'eau oxygénée fait désormais l'objet de contrôle à la vente.

Assesseure : "est-ce que vous pouvez-dire si ces gilets explosifs étaient sophistiqués ou plutôt du bricolage ?"

Bruno Vanlerbergue (expert) : "ils ont suivi le mode-opératoire pour fabriquer des gilets explosifs, tel qu'on le trouve dans les manuels."

Avocat général : "est-ce que fabriquer du TATP nécessite des locaux particuliers, notamment en termes d'aération ? Est-ce qu'il y a des odeurs par exemple ?"

Expert : "oui, il y a des émanations d'acétone pendant la fabrication. Mais le TATP n'a pas d'odeur particulière."

Me Seban (PC) : "j'ai cru comprendre que l'onde de choc n'avait pas été aussi importante que celle qu'on pouvait craindre".

Expert : "l'onde de choc était plus faible parce que le TATP était relativement humide. Mais parce qu'il était humide, il était plus transportable".

Ce moment où l'expert lâche, "il y a quand même des gens qui n'ont rien d'autre à faire que de fabriquer du TATP le mercredi dans leur cuisine. Ça arrive, on a vu un certain nombre d'affaires ces dernières années."

Bruno Vanlerbergue (expert) : "le TATP existe depuis des années. Les magiciens en utilisaient pour faire des claque-doigts, cela impressionnait la salle. C'est un procédé très ancien."

Me Olivia Ronen, avocate de Salah Abdeslam souligne qu'il n'y a pas d'études sur le TATP.

Expert : "la réglementation nous interdit de fabriquer du TATP. On en fabrique des micros-quantité."

Manier un tel produit pourrait exposer les vies de vos agents ? - Tout à fait.

Fin de l'audition de l'expert en explosifs. L'audience est suspendue avant l'audition du témoin chargé d'évoquer les revendications des attentats du 13 Novembre

"Il y aura une vidéo et du son susceptibles de choquer", avertit le président.

L'audience reprend. L'enquêteur qui témoigne sous le matricule SDAT 99 s'avance à la barre pour évoquer les revendications audio et vidéo des attentats du 13 Novembre 2015 par l'Etat islamique.

SDAT 99 : "il y a eu des revendications sous plusieurs formes, plusieurs supports, pendant plusieurs mois. Ces attentats demeurent encore à ce jour l'action projetée la plus aboutie de l'Etat islamique. L'organisation état islamique prête un souci fondamental à sa propagande".

SDAT 99 : "l'Etat islamique a créé une agence de presse qui a publié des communiqués, dans une vingtaine de langues, à chaque fois qu'un attentat a été commis. L'état islamique entend délivrer sur les masses un message d'adhésion chez ses adhérents et d'effroi chez ses ennemis."

SDAT 99 : "à l'été 2014, l'état islamique va mettre en scène un bourreau, surnommé Djihadi John, qui médiatise des vidéos particulièrement macabres d'exécution d'otages. Ce sont ainsi huit otages qui sont exécutés de la sorte."

"le caractère macabre va s'amplifier avec le temps, l'état islamique n'hésitant pas à mettre en scène des enfants. Un djihadiste français, Sabri Essid, apparaît dans une vidéo avec un enfant qui exécute un otage présenté comme un prisonnier israélien"

L'enquêteur SDAT 99 évoque également les "anasheed, mode de propagande particulièrement prisé de l'Etat islamique", ces chants guerriers djihadistes vont "pour leur version française être produits par les frères Clain, figures historiques du djihadisme français"

SDAT 99 : "il en est fini avec l'état islamique le temps des cassettes VHS et des vidéos filmées rapidement dans les montagnes de Tora Bora. L'Etat islamique utilise des logiciels professionnels de montage vidéo, de retouche d'images pour produire des contenus de grande qualité".

SDAT 99 : "l'Etat islamique reprend les codes de la culture occidentale : film, jeux vidéos etc.

" A partir de 2017, poursuit l'enquêteur, l'Etat islamique va se mettre à revendiquer tous azimuts des attaques à posteriori, parfois à tort pour certaines.

L'enquêteur fait diffuser la première revendication de l'Etat islamique des attentats du 13 Novembre 2015. Il s'agit d'une revendication audio, diffusée dès le 14 novembre.

Résonne la voix de Jean-Michel Clain, qui chante "Avance, avance, sans jamais capituler ..."

Puis, Fabien Clain : "au nom d'Allah (...) dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyant a pris pour cible la capitale de la perversion : Paris"

Dans cette revendication audio, il est question du Stade de France, du Bataclan, du 10e, 11e et 18e arrondissement. "Le bilan de ces attaques est la mort d'au moins 200 croisés. (...) La France doit savoir qu'ils restent les principales cibles de l'Etat islamique".

A la fin de la revendication, on entend de nouveau le chant guerrier de Jean-Michel Clain : "avance, avance, sans jamais reculer, jamais capituler, Avance, guerrier invaincu …"

La salle est figée alors que l'anasheed résonne longuement dans la salle d'audience.

SDAT 99 : "nous reconnaissons immédiatement les voix des frères Fabien et Jean-Michel Clain, alors âgés de 37 et 35 ans. Ils sont originaires de la Réunion. Ils se sont installés dans le quartier du Mirail à Toulouse où ils vont avoir une forte activité de radicalisation"

SDAT 99 : "cette fonction propagandiste, les frères Clain vont continuer à l'exercer tout au long de leur parcours en Syrie. Au-delà de cette fonction, les frères Clain avaient un rôle dans la conception et la préparation d'attentats."

SDAT 99 : "à 11h54 le 14 novembre 2015, nous savons que seuls 7 terroristes sont morts dans les attentats. Il en est mentionné 8 dans la revendication. Quelque chose ne s'est donc pas passé comme prévu".

SDAT 99 : "autre élément qui nous interpelle : les cibles citées. Certains sont citées avec précisions : le Stade de France, le Bataclan. Mais d'autres de façon plus évasive : les 10, 11, et 18 arrondissement. Or rien ne s'est passé dans le 18 arrondissement."

SDAT 99 : "quelques jours plus tard, de nouvelles revendications vont être publiées par voie écrite, dans le magazine [de l'état islamique ndlr]. L'éditorial du magazine va reprendre les termes du communiqué des frères Clain du 14 novembre."

SDAT 99 : "le 30 novembre 2015, une nouvelle revendication est publiée dans le magazine [nom supprimé]." A l'audience est projetée la couverture du magazine de l'état islamique avec une photo de policiers et un titre : "la France à genoux"

SDAT 99 : "sera publiée dans ce magazine la photo prise par un individu indélicat dans l'enceinte du Bataclan".

Cette photo de la fosse de la salle de concert, emplie de nombreuses victimes "va être reprise par l'Etat islamique pour sa propagande"

SDAT 99 qu'il va diffuser la vidéo de revendication de l'Etat islamique "expurgée des scènes les plus insoutenables", en l'occurrence des scènes de décapitation. "Elle reste choquante", prévient l'enquêteur.

La vidéo démarre. On y voit des extraits de journaux télévisés, extraits du match de foot France-Allemagne, des images des terrasses, de l'explosion de Brahim Abdeslam, du passage Saint-Pierre Amelot près du Bataclan. Là encore, le chant guerre de Jean-Michel Clain.

On découvre les membres des commandos sur le point de décapiter ou d'assassiner par balles des otages [ces scènes là ont été expurgées de la vidéo par l'enquêteur]. Puis, de nouveau, la justification par l'Etat islamique de ces attaques, alors que des images défilent.

La vidéo se poursuit encore. A l'image : Manuel Valls, François Hollande.

Ont été ajoutées sur les images des cibles rouges comme celles d'armes de visée. Et toujours le commentaire : "attendez-vous à ce qu'un moudjahidin surgisse et vous tue".

Le commentaire de la vidéo se poursuit encore : "au plus vous combattez l'islam, au plus l'Etat islamique vous combattra." Le coordonnateur des attentats du 13 Novembre 2015 Abdelhamid Abaaoud apparait à l'écran. Même expurgée de certaines scènes, la vidéo est très longue.

Puis c'est l'appel des membres des commandos du Bataclan et du Stade de France de tuer "tous les kouffars" : "de leur écraser la tête avec une pierre, de les écraser avec votre voiture". Et régulièrement apparait un message écrit : "tuez-les où que vous les rencontriez"

La vidéo est toujours en cours. Des minutes et des minutes de revendications et de messages djihadistes prononcés par les futurs membres des commandos du 13 Novembre.

A leurs pieds, des otages en tenue orange sur le point d'être décapités par des couteaux brandis fièrement.

La projection de la vidéo s'achève. La salle lâche un long soupire.

L'enquêteur SDAT 99 lui poursuit avec "le décryptage de cette vidéo" et "les séquences qui introduisent les neuf membres des commandos, puis la voix d'Abdelhamid Abaaoud pendant 3 minutes 46"

SDAT 99 : "nous sommes face à une vidéo qui a nécessité plusieurs dizaines voire centaines d'heures de travail avec des logiciels professionnels. Les personnes filmées sont bien cadrées, la lumière est bonne, le son aussi grâce à des micro-cravate".

SDAT 99 : "cette vidéo [de revendication des attentats du 13Novembre ndlr] reprend des codes occidentaux, par exemple le logo présent car c'est une obligation légale, sur les albums de rap américains. Elle reprend aussi les codes des jeux vidéos, du cinéma, des séries."

SDAT 99 : "L'état islamique a pris le soin de ne diffuser cette vidéo qu'après l'identification du dernier des djihadistes pour ne pas aider les enquêteurs. Mais de manière involontaire, l'état islamique va trahir la présence de dix djihadistes dans le chant de Jean-Michel Clain".

SDAT 99 : "Abdelhamid Abaaoud [coordonnateur du 13 Novembre ndlr] on ne comprend pratiquement pas ce qu'il dit mais il parle pendant près de 4 minutes sur cette vidéo. L'Etat islamique choisit de le mettre en avant car il est la figure médiatique de ces attentats"

SDAT 99 : "ces revendications entendent délivrer un message précis : l'état islamique est un état doté d'une armée de combattants, capable de frapper l'ennemi quand il le décide, au nez et à la barbe des services de renseignements (...) avec des scènes filmées des mois avant".

Le président souligne que l'entraînement de Brahim Abdeslam, kamikaze du Comptoir Voltaire, qui apparaît sur la vidéo de revendication en disant "ça c'est pour François Hollande" a lieu "sept mois avant les premiers bombardements qui vont impliquer la France en Syrie".

SDAT 99 : "L'Etat islamique utilise des BOT qui envoient de manière automatique ce type de vidéos [de revendication ndlr] sur des dizaines de comptes Telegram, de comptes Facebook etc. ce à quoi il faut ajouter les partisans de l'Etat islamique qui les partagent manuellement".

Avocat général : "aujourd'hui dans le box, il y a cinq accusés qui ont également séjourné en Syrie. Quelle est la probabilité qu'ils aient également tourné une vidéo de revendication avant d'être projetés en Belgique ?"

Cela dépend des accusés, répond en substance l'enquêteur.

SDAT 99 : "pour Adel Haddadi et Muhamad Usman [tous deux accusés de ce procès ndlr] si l'Etat islamique ne leur avait pas fait tourner une vidéo en amont, il aurait fait preuve d'une légèreté dont il est peu coutumier. Mais je n'en ai pas la preuve".

SDAT 99 : "Osama Krayem et Sofien Ayari, ce sont 2 individus dans lesquels l'Etat islamique a placé une grande confiance. De la même manière, si l'Etat islamique ne leur avait pas fait tourner de vidéo en amont, il aurait fait preuve d'une légèreté dont il n'a pas été coutumier"

Avocat général : "de toute façon, pour l'Etat islamique, tant qu'ils ne sont pas morts, il n'en parle pas ?"

SDAT 99 : "absolument. On le voit pour les frères El-Bakraoui " [kamikazes des attentats de Bruxelles et Zaventem le 22 mars 2016, ndlr].

A noter que l'enquêteur de la SDAT connaît le dossier sur le bout des doigts. Il cite de mémoire les heures des appels téléphoniques, les numéros de téléphones, les destinataires. Puis enchaîne sur le parcours des frères Clain, la date de leur première production médiatique etc.

L'audition de l'enquêteur de la SDAT est terminée. L'audience est suspendue. Elle reprendra mardi (pas d'audience lundi) à 12h30. Débuteront alors, et pour cinq semaines, les auditions des parties civiles.