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Henry de Lesquen condamné pour contestation de crimes contre l’humanité, commentaire sur le jugement du 25 janvier 2017 du Tribunal de grande instance de Paris (fr) : Différence entre versions

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Ainsi, la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, le 25 janvier 2017, vient de condamner le sulfureux Henry de Lesquen à 16.000 euros d’amende pour ''« provocation à la haine et contestation de crime contre l’humanité »'' . Il devra, par ailleurs, verser  22. 000 euros à titre de dommages et intérêts aux associations qui s’étaient portées parties civiles  ainsi que  rembourser leurs frais d’avocats.
 
Ainsi, la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, le 25 janvier 2017, vient de condamner le sulfureux Henry de Lesquen à 16.000 euros d’amende pour ''« provocation à la haine et contestation de crime contre l’humanité »'' . Il devra, par ailleurs, verser  22. 000 euros à titre de dommages et intérêts aux associations qui s’étaient portées parties civiles  ainsi que  rembourser leurs frais d’avocats.
  

Version du 1 juin 2017 à 15:36

France >  Droit pénal >  Négationnisme 


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Auteur : Daniel Kuri
Maître de Conférences de Droit Privé, Université de Limoges (O.M.I.J.)


Ainsi, la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, le 25 janvier 2017, vient de condamner le sulfureux Henry de Lesquen à 16.000 euros d’amende pour « provocation à la haine et contestation de crime contre l’humanité » . Il devra, par ailleurs, verser 22. 000 euros à titre de dommages et intérêts aux associations qui s’étaient portées parties civiles ainsi que rembourser leurs frais d’avocats.

Ce militant de longue date de l'extrême droite radicale, par ailleurs ex-candidat à l'élection présidentielles et président controversé de Radio Courtoisie, avait multiplié ces derniers temps les saillies sur ses thèmes favoris : l’exaltation des races, la haine de certaines musiques et de la « religion de la Shoah ». La juridiction parisienne avait d’ailleurs été saisie par trois citations distinctes regroupées pour une seule audience. H. de Lesquen était tout d’abord poursuivi pour injures publiques pour avoir écrit, dans deux tweets, « Centrée sur le rythme, la musique nègre s'adresse au cerveau reptilien » puis « C’est le racisme des juifs qui les a conduits au monothéisme quand ils ont privé de leurs dieux les ‘‘Goyim’’ qu’ils haïssaient » . Il était ensuite traduit en justice pour contestation de crime contre l’humanité notamment pour des tweets qui concernaient la Shoah.

Il était enfin poursuivi pour provocation à la haine ou à la violence pour une salve de tweets concernant la « mélanisation » du sport en général et du football en particulier, « dramatique pour les identités nationales ». Ou encore « À cause du cosmopolitisme, le coefficient de blancheur de l’équipe de France de balle au pied est en chute libre », et « comment franciser l’équipe de France de balle au pied ? 1-Expulser les Français de papier 2-Réprimer le communautarisme » .

Le Tribunal, après de longs débats, lors de l’audience de plaidoirie du 9 décembre 2016, sur chacune des citations et des explications confuses et toujours choquantes du prévenu – dont on peine à croire qu’elles émanent d'un ancien polytechnicien haut fonctionnaire – est donc entré en voie de condamnation sur l’ensemble des poursuites.

Nous nous contenterons d’envisager la citation où il était reproché à H. de Lesquen une contestation de crime contre l’humanité .

Ce dernier avait en effet écrit dans deux tweets, fin avril 2016, « Je suis émerveillé de la longévité des ‘‘ rescapés de la Shoah’’, morts à plus de 90 ans [Martin Gray]. Ont-ils vécu les horreurs qu’ils ont racontées ? » et avait raillé la « plantureuse Simone Veil qui va bien à 88 ans » . Lors de l’audience de plaidoirie du 9 décembre 2016 le patron de Radio Courtoisie avait estimé qu’il s’était simplement « interrogé sur certains témoignages » et qu’il ne remettait pas en cause l’existence des camps de concentration. Il précisait d’ailleurs, à propos de Martin Gray, « Quand je dis qu’il a inventé, je ne remets pas en cause l’existence de la Shoah mais l'imposture avérée du récit ‘‘autobiographique’’ de Gray dans ‘‘Au nom de tous les miens’’, écrit par Max Gallo, car il n’a jamais mis les pieds dans un camp de concentration. Je dis seulement que c'est un affabulateur et que ce n'est peut-être pas le seul ». À la présidente du Tribunal qui lui avait ensuite demandé « Pourquoi alors avoir utilisé des guillemets pour parler des ‘‘rescapés de la Shoah’’ ? N’est-ce pas une manière de mettre en doute ces événements ? », H. de Lesquen avait répondu « Si j’avais eu plus de 140 signes à ma disposition, je serais rentré dans les détails […] » .

On ne peut qu’approuver les juges parisiens d’avoir vu dans ces affirmations plus qu’ambigües sur la réalité de l’Holocauste – et des explications aussi sidérantes – une contestation de crime contre l’humanité, d’autant plus que ces propos émanaient d’une personne défendant le négationnisme .

Avec cette condamnation, H. de Lesquen rejoint le triste tableau du déshonneur des personnes condamnées pour cette infraction dont on ne souligne pas assez l’insigne gravité. Il y figure au côté de J.-M. Le Pen , R. Faurisson , P. Marais , R. Garaudy , V. Reynouard et Dieudonné qui furent également poursuivis et condamnés en application de cette incrimination. Outre ce premier constat, on observera également qu’en condamnant H. de Lesquen à 16.000 euros d’amende le Tribunal s’est prononcé en deçà des réquisitions du parquet qui avait demandé six mois de prison avec sursis et 15.000 euros d’amende contre le prévenu .

Nous avouons notre insatisfaction devant le prononcé de cette seule peine d’amende eu égard à l’importance des valeurs sociales transgressées. Il nous semble en effet nécessaire de renforcer la répression de la contestation de crimes contre l’humanité par le prononcé de peines de prison ferme ou au moins assorties d’un sursis.

Comme pouvait, de plus, le souligner récemment un haut magistrat « Un juge n’est pas là pour faire la morale, pas plus à un homme politique qu’à un autre justiciable. En revanche, dans son, appréciation de la sanction, le juge peut prendre en compte l’exemplarité de la peine » .

De ce point de vue, aussi, le Tribunal aurait pu se montrer plus sévère à l’encontre d’ H. de Lesquen.

On peut cependant observer, pour nuancer cette critique, que le Tribunal a octroyé 22.000 euros de dommages et intérêts aux associations qui s’étaient constituées parties ainsi que le remboursement de leurs frais d’avocats.

Au-delà du cas d’H. de Lesquen, on notera que la fréquentation des prétoires ne réussit guère à ceux qui ont été condamnés pour des faits et actes consistant à créer la polémique autour de la Seconde Guerre mondiale ou de l’Holocauste.

Ainsi, la Cour d’appel de Paris a débouté, le 19 janvier 2017, J.-M. Le Pen qui poursuivait en diffamation A. Montebourg pour avoir affirmé que le président d’honneur du FN avait « fait l’éloge de la Gestapo » . La Cour a ainsi confirmé le jugement de première instance , qui avait estimé, chose rarissime, que ceci était vrai. Autrement dit, la Cour a admis l’application de l’exception de vérité .

La même Cour d’appel de Paris, le 1er mars 2017 , vient également de confirmer le jugement du Tribunal de grande instance de Paris du 6 avril 2016 qui avait une nouvelle fois condamné J.-M. Le Pen pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de « détail » de la Seconde Guerre mondiale .

Par ailleurs, Dieudonné a été à nouveau condamné par le Tribunal correctionnel de Paris, le 10 mai 2016, à deux mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende, pour des paroles antisémites tenus dans son « spectacle » La Bête immonde. Le Tribunal l’a déclaré coupable d’injure raciale et provocation à la haine. Dans ce pseudo-spectacle, l’ancien humoriste, déguisé en détenu de Guantanamo, discourait sur le rôle qu’il attribue aux juifs dans la traite négrière et ironisait sur la Shoah .

Ainsi, malgré l’écoulement du temps, ces questions restent d’une brûlante actualité ; certains profitant manifestement du temps qui passe pour réécrire l’Histoire, l’inventer ou la faire oublier. En tout cas, le stage de citoyenneté effectué par H de Lesquen, en mars 2016, au mémorial de la Shoah de Paris, en raison de propos sur l’inégalité des races, ne semble avoir eu aucun effet sur ce dernier .