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La diversité des Droits à l’aune de la diversité des langues, des cultures et des espèces (fr) : Différence entre versions

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(Nouvelle page : Auteur : Didier Guével, Professeur de Droit privé et Sciences criminelles à l'Université de Paris 13, Sorbonne Paris Cité, Membre de l’IRDA Paris 13 (EA 3970), Interventio...)
 
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Intervention à Odessa lors du 3ème Colloque international francophone en Ukraine (3-4 octobre 2019, Université nationale Ilia Metchnikov, avec le support de l'ambassade de France, de l'Institut français d'Ukraine et de l'Agence universitaire de la francophonie), colloque ayant pour thème "Langues, Sciences, Pratiques".
 
Intervention à Odessa lors du 3ème Colloque international francophone en Ukraine (3-4 octobre 2019, Université nationale Ilia Metchnikov, avec le support de l'ambassade de France, de l'Institut français d'Ukraine et de l'Agence universitaire de la francophonie), colloque ayant pour thème "Langues, Sciences, Pratiques".
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Présentation résumée :
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La biodiversité est en grand danger. Nous sommes nombreux, y compris des juristes et tout particulièrement ceux de l’Institut de recherche pour un Droit attractif de l’Université Paris 13, à avoir, depuis plusieurs années, étudié et dénoncé le phénomène (notamment pour envisager en quoi des règles de Droit privé pourraient servir au maintien de la diversité biologique). L’ONU vient récemment d’en rappeler l’ampleur. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle grande extinction de la multiplicité des formes de vie.
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Or, ces si riches et variées expressions de la vie se sont formées peu à peu, entre hasard et nécessité, à l’issue de milliards d’années et dans une réunion de conditions si exceptionnelle, que l’on pense aujourd’hui (après avoir longtemps envisagé le contraire) que notre planète se trouve dans une situation d’une très grande rareté.
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Les créations humaines peuvent être regardées comme le prolongement des innovations biologiques. Ce que l’on pourrait ainsi qualifier de "civilisation" comporte au moins trois attributs : la culture, la langue et le Droit.
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Les cultures se sont forgées identiquement au fil des rencontres des peuples, des migrations, des nécessités d’insertion dans un environnement plus ou moins propice. Beaucoup ont été définitivement détruites par les humains eux-mêmes. Mais les historiens de toutes disciplines nous ont appris l’importance de la conservation de la trace de ces multiples cultures. Aujourd’hui que l’on a les moyens numériques de conserver les images, les sons, les représentions en trois dimensions de manière quasi illimitée, il faut en profiter pour garder mémoire de toutes les cultures encore vivantes. Bien plus, la question se pose, comme les anthropologues nous le disent, de savoir s’il ne faut pas tenter d’aider au maintien en vie de ces cultures. La difficulté étant alors de concilier la nécessité de préserver et celle de laisser évoluer (en évitant des formes contemporaines de ghettos).
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Expressions d’une culture, les langues sont en danger. Chaque jour une langue disparaît. Certaines ne sont plus pratiquées alors que l’on n’a même pas eu le temps de les étudier. Qu’une seule langue (au demeurant très pauvre) devienne un véhicule international, il n’y a rien là de choquant, sauf à considérer que les progrès de la traduction automatisée et en temps réel, pourraient bien rendre inutile le recours à un langage abâtardi issu de l’anglais. Mais, parallèlement, la pratique d’une langue vernaculaire est indispensable. Dans certains pays d’Amérique latine, on impose aux fonctionnaires de parler non seulement l’espagnol, mais aussi l’une des langues des peuples autochtones. Car si l’on peut conserver trace et richesse d’une langue dans des grammaires et des dictionnaires (voire dans des enregistrements), seul l’usage au quotidien permet une inventivité un jaillissement créatif en fonction de besoins chaque jour nouveaux (on remarque ainsi que certains peuples sont plus inventifs de que d’autres : on pourra ainsi comparer la formidable inventivité de la langue Inuit, par rapport à la faible créativité du français de France qui se contente fréquemment d’américanismes). Le remarquable travail réalisé en Ukraine à cet égard mérite d’être très largement salué.
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Une langue est, à son tour, étroitement liée au Droit. Qui ne comprend, par exemple, qu’avec une langue dépourvue de l’auxiliaire avoir, un peuple aura une conception de la propriété totalement différente de celle du Code civil français ? Or, là encore, l’originalité et la diversité des Droits est en train de disparaître. Il ne s’agit pas de critiquer, au contraire, les formes d’harmonisations internationales de minima humains ou, mieux encore, vitaux. Ils sont souhaitables, justement pour préserver civilisations, cultures et langues. Mais à côté de ce Droit global, il faut protéger la diversité juridique. C’est dans les modes de résolution des litiges que l’on a longtemps qualifiés de "primitifs" que l’on trouve aujourd’hui la source des procédés adaptés au monde dématérialisé de l’Internet.
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On comprendra donc l’unité du combat qu’il faut mener pour la préservation de toutes les diversités.

Version du 11 octobre 2019 à 15:39

Auteur : Didier Guével, Professeur de Droit privé et Sciences criminelles à l'Université de Paris 13, Sorbonne Paris Cité, Membre de l’IRDA Paris 13 (EA 3970),

Intervention à Odessa lors du 3ème Colloque international francophone en Ukraine (3-4 octobre 2019, Université nationale Ilia Metchnikov, avec le support de l'ambassade de France, de l'Institut français d'Ukraine et de l'Agence universitaire de la francophonie), colloque ayant pour thème "Langues, Sciences, Pratiques".


Présentation résumée :

La biodiversité est en grand danger. Nous sommes nombreux, y compris des juristes et tout particulièrement ceux de l’Institut de recherche pour un Droit attractif de l’Université Paris 13, à avoir, depuis plusieurs années, étudié et dénoncé le phénomène (notamment pour envisager en quoi des règles de Droit privé pourraient servir au maintien de la diversité biologique). L’ONU vient récemment d’en rappeler l’ampleur. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle grande extinction de la multiplicité des formes de vie.

Or, ces si riches et variées expressions de la vie se sont formées peu à peu, entre hasard et nécessité, à l’issue de milliards d’années et dans une réunion de conditions si exceptionnelle, que l’on pense aujourd’hui (après avoir longtemps envisagé le contraire) que notre planète se trouve dans une situation d’une très grande rareté. Les créations humaines peuvent être regardées comme le prolongement des innovations biologiques. Ce que l’on pourrait ainsi qualifier de "civilisation" comporte au moins trois attributs : la culture, la langue et le Droit.

Les cultures se sont forgées identiquement au fil des rencontres des peuples, des migrations, des nécessités d’insertion dans un environnement plus ou moins propice. Beaucoup ont été définitivement détruites par les humains eux-mêmes. Mais les historiens de toutes disciplines nous ont appris l’importance de la conservation de la trace de ces multiples cultures. Aujourd’hui que l’on a les moyens numériques de conserver les images, les sons, les représentions en trois dimensions de manière quasi illimitée, il faut en profiter pour garder mémoire de toutes les cultures encore vivantes. Bien plus, la question se pose, comme les anthropologues nous le disent, de savoir s’il ne faut pas tenter d’aider au maintien en vie de ces cultures. La difficulté étant alors de concilier la nécessité de préserver et celle de laisser évoluer (en évitant des formes contemporaines de ghettos).

Expressions d’une culture, les langues sont en danger. Chaque jour une langue disparaît. Certaines ne sont plus pratiquées alors que l’on n’a même pas eu le temps de les étudier. Qu’une seule langue (au demeurant très pauvre) devienne un véhicule international, il n’y a rien là de choquant, sauf à considérer que les progrès de la traduction automatisée et en temps réel, pourraient bien rendre inutile le recours à un langage abâtardi issu de l’anglais. Mais, parallèlement, la pratique d’une langue vernaculaire est indispensable. Dans certains pays d’Amérique latine, on impose aux fonctionnaires de parler non seulement l’espagnol, mais aussi l’une des langues des peuples autochtones. Car si l’on peut conserver trace et richesse d’une langue dans des grammaires et des dictionnaires (voire dans des enregistrements), seul l’usage au quotidien permet une inventivité un jaillissement créatif en fonction de besoins chaque jour nouveaux (on remarque ainsi que certains peuples sont plus inventifs de que d’autres : on pourra ainsi comparer la formidable inventivité de la langue Inuit, par rapport à la faible créativité du français de France qui se contente fréquemment d’américanismes). Le remarquable travail réalisé en Ukraine à cet égard mérite d’être très largement salué.

Une langue est, à son tour, étroitement liée au Droit. Qui ne comprend, par exemple, qu’avec une langue dépourvue de l’auxiliaire avoir, un peuple aura une conception de la propriété totalement différente de celle du Code civil français ? Or, là encore, l’originalité et la diversité des Droits est en train de disparaître. Il ne s’agit pas de critiquer, au contraire, les formes d’harmonisations internationales de minima humains ou, mieux encore, vitaux. Ils sont souhaitables, justement pour préserver civilisations, cultures et langues. Mais à côté de ce Droit global, il faut protéger la diversité juridique. C’est dans les modes de résolution des litiges que l’on a longtemps qualifiés de "primitifs" que l’on trouve aujourd’hui la source des procédés adaptés au monde dématérialisé de l’Internet.

On comprendra donc l’unité du combat qu’il faut mener pour la préservation de toutes les diversités.