Bienvenue sur la Grande Bibliothèque du Droit ! Ceci est une bibliothèque contributive. Vous pouvez nous proposer des articles.


La Grande Bibliothèque du Droit est une bibliothèque juridique en ligne, en accès libre et gratuit, créée par le Barreau de Paris.

Les lecteurs et contributeurs ne doivent pas oublier de consulter les Avertissements juridiques.

Welcome to the Grand Law Library ! This is a participatory e-library. You can send us your publications


Modifications

Aller à : navigation, Rechercher
aucun résumé de modification
[[France]] > [[:Catégorie: Avocat (fr)| Avocat]]
[[Image:fr_flag.png|framed|]]
 
[[Catégorie:France]] [[Catégorie: Avocat (fr)]] [[Catégorie: Article juridique]]
 
[[Fichier:Basile Ader decembre 2019 v2.jpg |left|400px]]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
''Photo: Basile Ader, le 29 novembre 2019, Palais de Justice de Paris (©Twitter @Avocats_Paris)''
 
 
 
Voici ce qu’il disait :
''« Le premier des impératifs que la République française a malheureusement et délibérément perdu de vue depuis un demi-siècle, c’est la fonction prééminente de l’Etat de rendre la Justice. Les premiers hommes qui se sont groupés en clans, en tribus, en royaumes, en républiques enfin, ont d’abord confié à ce clan, ce roi, cette république, le soin de rendre la justice entre eux. Ils se sont dépouillés du recours brutal à la justice individuelle, à la vengeance. Ils ont librement et sagement décidé de s’en remettre à l’Etat qu’ils venaient de constituer.''
''Mais en échange, ils attendent de lui qu’il remplisse cette fonction avant toute autre, avant même celle de les protéger contre l’ennemi extérieur. Quelle République que celle où le premier souci n’est pas d’organiser la Justice, de la rendre accessible à tous, d’y consacrer par priorité son budget, ses efforts et ses soins, d’en assurer l’indépendance et le prestige, de veiller à ce que ses décisions soient exécutées sans retard ?''
''Que notre République rompant avec ses errements passés, entende enfin son devoir, et voit la grande misère où elle laisse aujourd’hui sa Justice. Ce devoir rempli, il sera bien temps pour elle, alors, de faire commerce de banque, d’assurances, de transport ou de fabricant d’automobiles ».''
Malheureusement, rien n’a vraiment changé depuis 29 ans.
Oui, il est encore un phare à la pointe de cette Europe qui reste aujourd’hui le plus bel espace de droit, sous les ors de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
Nous avons accueilli, la semaine dernière, [https://www.liberation.fr/planete/2019/02/27/au-cameroun-l-avocate-michele-ndoki-victime-d-une-spirale-de-repression_1711966 Michèle Ndoki], qui est une avocate camerounaise, d’une exceptionnelle qualité et d’un grand courage. Elle a passé plus de 7 mois en prison dans son pays, dans des conditions épouvantables, simplement parce qu’elle était l’avocate d’un des opposants politiques, qu’elle avait tenté d’aller voir à l’hôpital, avant que les policiers ne lui tirent dessus.
Nous nous sommes mobilisés. J’ai tenté moi-même avec Stéphane de Navacelle, membre du Conseil de l’Ordre, et Félicité Zaifman, notre consœur et son amie, d’aller lui rendre visite en prison ainsi qu’à notre confrère du barreau de Paris, Maurice Kamto. On nous en a refusé l’accès, alors même que nous avions tous les permis de communiquer en bonne et due forme.
Elle vient finalement d’être libérée. Le Président de la République camerounaise, magnanime, a ordonné au parquet militaire d’abandonner toutes les poursuites et, du jour au lendemain, sans autre explication elle a retrouvé la liberté.
Elle est venue témoigner devant notre Conseil de l’Ordre, sa gratitude de nous être mobilisés. Elle nous dit que c’était ''« l’intérêt que nous avions porté à son histoire » '' qui aurait ''« fait la différence »''. C’est élégant et exagéré. Mais on prend. Et ce fut pour nous le plus beau message de réconfort et d’encouragement à continuer de porter secours aux avocats, si nombreux aujourd’hui, qui sont inquiétés, menacés, emprisonnés, torturés et quelquefois même tués juste à raison de l’exercice de cette profession, qui indispose.
Nous l’avons redit, il y a quelques jours aussi à Cihan Aydin, bâtonnier de Diyarbakir, cette ville à 90 % kurde, de l’Est de la Turquie, qui a déjà vu un de ses récents bâtonniers, Tahir Eltchi, assassiné il y a exactement quatre ans. Son successeur sait ce qu’il risque. Il fait face. Nous lui avons redit qu’il est sous notre protection…
Lorsqu’elle a appris notre mobilisation, après sa condamnation, à 38 ans de prison et 148 coups de fouets, par le tribunal religieux iranien, pour avoir plaidé pour des femmes refusant de porter le voile, elle a aussitôt fait passer une lettre à notre Conseil de l’Ordre, pour nous dire :
''« Je vous remercie pour votre sincère et précieux soutien que je considère comme un soutien pour le mouvement des droits des femmes en Iran. L’histoire n’oubliera jamais que les femmes iraniennes, avec toutes les difficultés qu’elles affrontent, avaient comme soutien des personnes sages, courageuses et sincères, telles que vous, pour leur donner des forces ».''
Si notre action est parfois utile, c’est parce que nous sommes, nous aussi, la France.
Oui, il faut que la France reprenne le chemin de la liberté, comme l’écrit notre confrère François Sureau : ''« Nous avons perdu le sens de la dynamique de la liberté, de l’amour de la liberté ! »''.
Alors, heureusement, il y a la Cour Européenne de Strasbourg, -qui fête cette année ses 60 ans-, à qui nos libertés publiques doivent tant depuis qu’elle siège au sommet de notre système juridictionnel.
Il a rappelé aussi qu’un procès, c’est un homme devant ses juges, qui comparaît physiquement, et qu’on ne peut pas lui imposer une visio-audience ; comme la Commission Européenne a dit aussi, qu’un homme qui est jugé, ne peut comparaître enfermé, fut-ce dans une cage en verre.
Et puis … le Conseil Constitutionnel encore a écarté cette année le ''« délit de solidarité »'', en décrétant qu’« qu’''« une aide désintéressée au séjour irrégulier » '' ne saurait être passible de poursuites, au nom du principe de ''« fraternité »''.
Ce faisant, il a érigé le troisième principe de notre maxime républicaine au rang d’un droit constitutionnellement garanti.
Vous savez ''« cet idéal » '' qui fonde notre République : la liberté, l’égalité et la fraternité.
Il était temps qu’on la proclame comme un principe juridique, cette fraternité !
''« Si le juge qui punit est le gardien de la liberté, et le procureur qui poursuit celui de l’égalité, l’avocat, dit-il, veille, lui, à la fraternité ».''
La fraternité, ce lien universel entre les hommes, ce lien transcendantal qui fait qu’on aime l’autre comme soi-même, ce lien que Victor Hugo, dans les Contemplations résume par cette exclamation : ''« Ah ! Insensé qui croit que je ne suis pas toi !»''.
Eh bien, ce métier fait d’attentes, de courses, d’attentes, d’angoisses, d’attentes, de rebuffades, d’espérances déçues, ce métier où il faut s’armer de courage, de patience et même de résilience, lorsqu’il faut affronter quotidiennement confrères, magistrats, policiers, clients et autres bailleurs et administrations, ce métier où –contrairement à une idée reçue - on ne compte pas ses heures.
Ce métier où il faut avoir une santé de fer et un moral d’acier, ou, comme le dit encore Churchill : ''« Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme »''.Ce métier est le plus ingrat, mais il est aussi le plus beau, parce qu’il est le dépositaire de la fraternité.
Nous avons organisé cette année, une semaine de la philosophie. Lors de la soirée consacrée à la question de la « vérité », les philosophes et avocats qui échangeaient, ont rappelé que l’avocat ne pouvait emporter la conviction du juge que s’il exprimait, avec celle de son client, sa propre vérité, qu’il n’y a pas d’éloquence si l’avocat se ment à lui-même, que lorsqu’il plaide, l’avocat unit son destin à celui de son client, dans une même fraternité.
Cette phrase, c’est l’exclamation suprême dans les postes de police, dans les dépôts, aux postes frontières, dans les geôles de tous les pays et de toutes les époques.
Cette phrase, on l’entend lorsqu’on vient au secours d’une victime, on l’entend tous les jours aussi, à la porte de notre [https://www.barreausolidarite.org/nos-actions/bus-solidarite.html Bus de la Solidarité].
Cette phrase, c’est le dernier cri de celui qui n’a plus rien à opposer que le secours de la loi, celle qui résume ses derniers espoirs.
Cette phrase, Madame la Ministre, Monsieur le Président, c’est : '''''« Je veux voir un avocat ! »'''''.
 
{{#seo:
|title= « Je veux voir un avocat ! », discours de Me Basile Ader, Vice-Bâtonnier, à l’occasion de la Rentrée solennelle du Barreau de Paris
|description= « Je veux voir un avocat ! », discours de Me Basile Ader, Vice-Bâtonnier, à l’occasion de la Rentrée solennelle du Barreau de Paris
}}
7 122
modifications

Menu de navigation